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Maladies somatiques transmissibles et santé psychique |
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Rouen, 28 janvier 2000. En mars 1999, le jeune laboratoire de Psychopathologie et de Psychologie de la Santé de lUFR de Psychologie, Sociologie, Sciences de lEducation de lUniversité de Rouen, animé par Anne Aubert-Godart, psychanalyste, Professeur à lUniversité de Rouen, avait organisé un colloque remarqué autour des dynamiques de la parentalité. Cette équipe pluridisciplinaire récidivait cette année avec une journée de réflexion autour de la double transmission dans un certain nombre de cas, par les parents, lors de la conception ou de la naissance de leur enfant, dune pathologie organique en même temps que la vie. Ces situations, outre quelles sont à lorigine de souffrance psychique et peuvent appeler par conséquent lintervention des psy, sont aussi loccasion dune approche originale de lorganisation somato-psychique, au cur des pratiques auprès des jeunes enfants. Sétait rassemblé un public nombreux, composé de psy de toutes obédiences, mais aussi de pédiatres, de généticiens ou autres professionnels de santé de Haute-Normandie Demblée, le doyen J-L. Nahel, en guise dintroduction, élargissait le sujet à sa dimension humaniste, en rappelant que les nouvelles possibilités scientifiques, en matière de médecine prédictive ou encore avec les procréations médicalement assistées, sont à lorigine de responsabilités nouvelles des professionnels de santé. Cela ne va pas sans conflit dintérêt, notamment entre éthique de la science et éthique de lindividu ou du groupe social. Finalement, plus que de contester le progrès, ce qui est en question, cest la nature de celui-ci et des articulations, dans lavenir, entre les champs médical, juridique, psychologique qui permettront de le réguler. Alexandra Durr, neurogénéticienne à lhôpital de la Salpêtrière et sa collègue Marcella Gargiulio, psychologue, ont très bien illustré ces réflexions en présentant leur travail dans le domaine de la médecine pré-symptomatique, auprès de patients à risque de chorée de Huntington. Il est depuis quelques années possible de leur proposer un test dont la prédictivité est absolue, mais qui ne permet, actuellement, aucun traitement préventif ni curatif. Toutes deux introduisaient parfaitement la question, déclinée au long de la journée, de savoir ou ne pas savoir, comme celle, posée aux médecins, de dire ou de ne pas dire. Elles rapportaient notamment la multiplicité des motivations à faire ou ne pas faire le test, les conséquences importantes, en particulier les remaniements intrapsychiques, à lannonce du résultat De cet exemple clinique tout à fait spécifique émergeait finalement, en leitmotiv, la part subjective du patient, tout particulièrement dans ses références à la filiation, avec la nécessité, pour laccompagner dans son choix de faire ou non le test, dun cadre avec une équipe multidisciplinaire, dune temporalité incompressible. Le lien se trouvait ainsi établi entre cette médecine de pointe et la pratique psychothérapeutique. Ce qua amplifié lintervention dAgnès Moreau, psychothérapeute à lUnité de Soins de la Fondation Rothschild, évoquant de manière très clinique un travail de prise en charge précoce conjointe dune mère et de son jeune enfant atteint dune glycogénose de type III Dans une présentation très érudite de cette pathologie, son collègue Bruno Rebillaud, pédopsychiatre-psychanalyste dans une même unité, rendait sensible larrière-plan de haute technicité médicale duquel cherche à émerger le sujet. Comment se penser ou être pensé vivant face à la violence des soins ou des représentations de la maladie ? La collaboration effective entre spécialistes du soma et professionnels de la psyché pourrait bien agir comme une triangulation, offrant une place à la vie psychique. Toute la complexité de la position subjective était ensuite illustrée par Annick Rossi, généticienne au CHU de Rouen : elle témoignait, avec beaucoup de sensibilité, de son expérience de médecin en position dexpert, confrontée à lhumain du patient lors des annonces danomalies génétiques inhérentes à sa pratique. Quelles annonces, jusquoù, comment, quand, à qui, avec quelles conséquences cliniques ? Si lannonce se veut toujours la plus objective possible, la réception de celle-ci est toujours subjective. Mais aussi, entre désir de prévention et devoir de prévention, se trouvait remarquablement introduite la subjectivité du médecin. Ouvrant laprès-midi, Jean-Pierre Kamieniak, psychanalyste, Maître de Conférences à lUniversité de Rouen, replaçait la réflexion dans la dualité réalité/vie psychique, constatant quil y a toujours suffisamment de fantasmes pour infiltrer la réalité, comme toujours assez de réalité pour alimenter les fantasmes. Christine Voyenne, psychanalyste à lUnité de Soins et dobservation du CMPP Sévigné, à Rouen pouvait dès lors, très subtilement, développer lhistoire clinique dun enfant pris en charge dans cette structure, dans les deux lectures combinées de lexistence dune anomalie génétique dune part, de la prise en compte dun conflit oedipien inconscient des parents dautre part. Fort à propos, elle rappelait que, pour tous, la naissance dun enfant sain vient confirmer que linterdit de linceste na pas été transgressé. Quen est-il dans les cas contraires ? Claudine Chazot, pédopsychiatre et Françoise Pesquet-Victor, psychothérapeute, travaillant toutes deux à Rouen dans un secteur de pédopsychiatrie, revenaient quant à elles sur la prise en charge, individuelle et en groupe de soins, dun enfant victime de transmission materno-ftale dune hépatite C. Elles introduisaient à partir de là lhypothèse dun conflit de développement à lintérieur de lenfant lui-même, entre ce qui pourrait se résumer à des avatars de pulsion de vie dun côté, de pulsion de mort de lautre. La vigueur même de la présentation de cette situation éminemment clinique, montrait à quel point, contre-transférentiellement, elles sétaient gonflées délan vital pour pouvoir être thérapeutiques avec cet enfant. Alors que lui-même semblait être le miroir dans son corps de ce quil pouvait deviner de létat psychique de sa mère, évoquant la description dA. Green dans la mère morte. Dans une ultime ouverture du débat, François Aballea, Professeur de Sociologie à lUniversité de Rouen, montrait que la question de dire ou ne pas dire, à propos des pathologies organiques comme des fonctionnements psychiques, renvoyait à la Société et aux modalités de régulation du secret du ne pas dire que celle-ci avait adoptée. Le secret naurait-il pas, en même temps quune expression variable selon des déterminismes sociaux, une fonction sociale ? Anne Aubert-Godard et François Marty, tous deux psychanalystes et Professeurs à lUniversité de Rouen, pouvaient alors conclure cette riche journée qui se révélait, par cette approche transdisciplinaire à travers des situations de maladie, dune grande complémentarité avec la rencontre précédente. Loïc Dupont
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