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Parents et adolescents, des interactions au fil du temps |
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Colloque organisé par la Fondation de France et Enfance &Psy, Paris, 10 décembre 1999. Lobjectif de cette journée nétait pas tant de travailler sur le processus adolescent en lui-même que de comprendre et de replacer les interactions adolescents-parents dans un contexte élargi. Cest-à-dire, associer les dimensions clinique et dynamique à lenvironnement social, au contre-transfert, au développement de la petite enfance et aux problématiques archaïques. Cest aussi aborder les questions que se posent les adolescents et les parents sur cette période, la transmission pédagogique et, bien sûr, les moments de crise. Et enfin, évoquer les nouveaux liens entre générations, que ce processus sachève ou senraye. Les enjeux de ce thème étant multiples, les différents intervenants les ont abordés chacun de leur point de vue en fonction de leur discipline, quils soient sociologues, psychiatres, psychanalystes ou psychologues. Cette pluridisciplinarité a prouvé son attrait en instituant des débats entre différentes approches et, au sein de la position psychanalytique, entre différentes écoles. Lintérêt dune telle rencontre nest pas de déterminer ou de clore la journée sur une vérité ou un consensus concernant les interactions adolescentsparents. Il sagit douvrir un espace de discussions et de réflexions, entre et au service de professionnels, où chacun pourra puiser ce qui lui convient : selon ladolescent quil a été (point primordial que rappelle Didier Lauru) et selon sa pratique clinique tissée avec les adolescents quil rencontre. La parole est dabord allée aux sociologues. Claude Martin observe les tensions que vit actuellement la famille. Il considère celle-ci comme une composante du monde social, qui subit donc ses évolutions. Il fustige les thuriféraires de la famille traditionnelle qui jugent et culpabilisent les familles, comme si celles-ci vivaient en autarcie vis-à-vis de la société actuelle. Il pointe notamment les accusations en vogue de démobilisation et dirresponsabilité parentale. Observant que la famille na plus un rôle primordial de filiation mais de production des identités et de ses propres normes, il repère aussi les contradictions auxquelles elle se heurte fortement aujourdhui. En effet, la démocratisation, la formation de contrat tendent à réguler de plus en plus la vie familiale. Cette nouvelle forme de régulation suppose une égalité qui nexiste pas toujours. Notre société repose encore, pour certains aspects, sur une logique hiérarchique à laquelle correspond la forme de la famille traditionnelle. De là, des pôles de tensions se dessinent au sein de la famille et se répercutent sur les interactions adolescent-parents quant à lémancipation, les institutions et la protection contre linégalité. Gérard Mauger souligne le rôle déterminant de la scolarisation. Cest par cet abord quil propose détudier la famille et, plus particulièrement, la transmission du capital culturel. Sappuyant sur des concepts sociologiques rigoureux et parfois un vocabulaire un peu abrupt pour les non-initiés, il explique les écarts de capital scolaire par le capital économique et par le capital culturel. Il développe principalement les stratégies des familles à capital culturel, mettant en exergue les prophéties auto-vérifiantes. Il décrit lélection dun enfant par les parents comme pouvant réussir scolairement et, de fait, réussissant. En dautres termes, il sagit de leffet Pygmalion dans les familles qui ne peuvent que transmettre un capital culturel. Lhéritage doit aussi hériter lhéritier peut-il conclure. Didier Lauru, premier psychiste de cette journée, va insister sur la position délicate de tout adulte, parent ou professionnel, face à un adolescent. Il interroge en effet ladolescent dans ladulte à trois niveaux: premièrement, ce qui vient constituer le sujet à ladolescence quant au narcissisme, à la sexuation, aux identifications et au choix dobjet. Deuxièmement ce qui vient de la problématique adolescente : bousculer, se confronter, réveiller chez ladulte sa propre adolescence. Dune part, parce que trouver sa place pour un adolescent passe par tuer le père symboliquement dans ses relations avec ladulte. Dautre part, parce que la symbolisation, le fait de trouver sa place dans les générations, questionne le sujet adolescent et vient interroger tout adulte par rapport à sa propre symbolisation et à ses relations avec ses parents. Troisièmement, certains adultes renouent avec leur problématique adolescente par le biais délans amoureux. Cest toujours à des moments particuliers, des scansions de la vie : ladolescence dun de ses enfants, la mort dun de ses parents, le ralentissement de la vie sexuelle, la potentialité dêtre grand-parent. Bref, tout événement susceptible de réaménager la place du sujet par rapport à la succession des générations, la mort, la castration et deffectuer ou non un travail de symbolisation. Les trois temps de voir, de comprendre et de conclure décrits par Lacan permettent dillustrer ce cheminement parallèle au temps de ladolescence pour un adolescent et un adulte. Au bout de ce chemin, il y a lacceptation de sa place dans la temporalité, la symbolisation. Les conduites ordaliques ou à risque, la morosité, la résignation signent son échec. Didier Lauru compare la troisième issue au trou noir qui est capable daltérer la vitesse de la lumière, le temps. Dans ce dernier cas, les tentatives de suicide tentent de résoudre cette impossibilité à accepter la temporalité et la mort. Franck Zigante présente les facteurs de continuité et de discontinuité entre première enfance et adolescence. La séparation et lautonomie sont des enjeux importants de ces périodes. Il reprend les quatre schémas dattachement pour en discuter la valeur prédictive. Il montre que ce nest pas tant la vérité historique réelle des premières relations qui compte, mais les représentations qui nous en restent et leur reconstruction subjective. La perspective dun modèle étiopathogénique est exclue de fait. Cependant, travailler sur ces théories daprès cette lecture montre tout lintérêt et la nécessité pour ladolescent de pouvoir reconstruire son histoire. En effet, la narration linéaire permet de reconstituer un soi et une continuité cohérente que les changements pubertaires pourraient mettre à mal. Rendre compte du narcissisme dans les relations parents-adolescents est lobjectif de Philippe Jeammet. Il pointe demblée la paradoxalité du narcissisme qui nous pousse à être comme les autres mais exige den être différencié. Il peut se révéler créateur mais aussi destructeur. Il y aurait ainsi deux narcissismes : lun dit secure qui accepte la différence et la séparation sans sen sentir diminué, effracté ; lautre insecure qui signe une identité sans cesse menacée dans ses frontières. Les pulsions sont notamment très fragilisantes pour ces organisations au narcissisme défaillant. Lemprise narcissique implique soit la destruction de soi, soit la destruction de lobjet. Elle apparaît comme la tentative de maîtrise ultime, désespérée, pour garder lobjet tout en maintenant lintégrité de son identité. Le narcissisme des parents est nécessaire, constructeur pour leur enfant. Passé un certain degré, il signe un manque de différenciation psychique, une proximité intrusive et marque un climat incestuel. Les adolescents y répondent fréquemment par une inertie de la pensée et de laction. Lanalyse du Grand Bleu et de Titanic, films plébiscités par les adolescents, est venue appuyer ces thèses. Le titre de lintervention de Martine Gruère sintitule Parents-Adolescents, ce quils en disent. En effet, forte de son expérience de directrice de lEcole des Parents et, plus particulièrement, de lécoute téléphonique, elle propose un panorama de questions des parents et des adolescents. Du côté des parents reviennent le plus souvent : le problème de lautorité, la peur de la conflictualité, la désidéalisation de lenfant, sur un fond latent de dépression. Du côté des adolescents sont exprimés surtout des préoccupations autour de la puberté, du besoin dadulte et de sens. En effet, souvent les parents et les adolescents ne sont pas à leur place respective. Lenfant peut être parentifié, thérapeute ce qui pose la question de ladultération des adolescents. Claude Pigott traite de la reprise de la conflictualité dipienne à ladolescence qui ramène ladolescent et sa famille à des relations prégénitales. Elle propose deux types de prise en charge pour les adolescents : familiale ou bien individuelle si les limites intergénérationnelles sont respectées au sein de la famille. Travailler larchaïque peut être une défense contre le libidinal, ldipien. Un clinicien peut être mené à voir de larchaïque là où il ny en a pas. Le deuil bloqué se signale par la fixation, la compulsion de répétition, la réaction thérapeutique négative et la formation réactionnelle. Cette problématique survient quand les relations orales incestueuses se fixent sans renoncement possible. Le concept dimago développé à partir des travaux sur loriginaire de Paul-Claude Racamier permet dillustrer ces relations archaïques qui perdurent. Christine Pradel-Pavesi expose son expérience de pédagogue auprès des adolescents. Plus quune fonction de transmission, la pédagogie a pour objet daccompagner chaque adolescent dans un questionnement sur soi et ses origines. A travers le dialogue pédagogique, il sagit de déterminer les stratégies dapprentissage pour réparer la disqualification cognitive. En effet, les problèmes scolaires sont souvent la marque de problèmes familiaux, dune disqualification du moi, de ladolescent seul porteur du traumatisme, du deuil non accompli par la génération précédente. La pédagogie permet un passage des questionnements individuels à dautres plus vastes, en permettant une réflexivité de la pensée. Dans cette optique, on sadresse à des adultes en devenir. En conclusion, souligne-t-elle : Lorigine, quand on est pris dedans ne fait pas origine, mais piège et provoque la répétition. Alain Braconnier évoque les changements de relation entre générations que provoque la post-adolescence. Il va esquisser progressivement une comparaison entre le processus thérapeutique et les changements des relations parents-adolescents. Il remarque ainsi une phase dattente (de mieux, dapaisement), puis dimprévisibilisme et de réélaboration du conflit pulsionnel, outre la problématique de séparation avec lobjet primaire propre à ladolescence. Cinq figures de retrouvailles sont ainsi proposées. La première se passe sans retrouvailles par manque de séparation réelle. La seconde se caractérise aussi par labsence de retrouvailles, non plus en raison dimmobilisme mais en raison de rupture matérielle, physique ou psychologique. Les fausses retrouvailles au sens de faux-self offrent le troisième cas de figure. Il y a bien eu changement de relation mais pas délaboration associée. Le quatrième cas est celui des retrouvailles dans un contexte de réparation. Les relations sont désormais infiltrées par la culpabilité de ce qui sest mal passé. Ladolescence reste donc très présente à tous. Les retrouvailles dans un cadre didentification réciproque, dinventivité constituent lissue majoritaire des retrouvailles à la post-adolescence. Maja Perret-Catipovic sappuie sur son expérience de clinicienne dans un centre de prévention du suicide à Genève. Constatant le peu de demande de la part des adolescents suicidants concernant une prise en charge, laccompagnement des familles a été décidé. Loption prise pour penser ladolescence se réfère aux problématiques de la séparation et de lappropriation du corps de ladolescent. Celui-ci apparaît comme un enjeu réel à la puberté. Du côté des adolescents, il permet la réalisation des vux dipiens. Pour les parents, le corps de leur adolescent peut éveiller en écho les mêmes fantasmes et le respect de lintimité peut faire sens comme perte. Il y a ainsi un travail de négociation à entreprendre pour éviter la rupture, la solution perverse ou les tentatives de suicide. Il sagit de sapproprier son corps pour savoir quoi en faire. Lappropriation de son histoire est un autre volet de ce travail : savoir donner sens à sa vie en tant quadulte avec ses propres buts. Que ladolescence soit tumultueuse ou silencieuse ne préjuge en rien de lélaboration accomplie et du processus sous-jacent de négociation. Daniel Marcelli conclut cette journée en saluant la qualité des interventions. Il pointe, en substance, le besoin de rupture dans une continuité transgénérationnelle des adolescents, le renoncement à une emprise réciproque dans les interactions, la nécessité de travailler avec les familles telles quelles sont. Bettina Prudhon
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