![]() |
||
|
|
![]() |
Comprendre la psychose : implications institutionnelles |
|
|
Angers, 16-17 octobre 1999. A Angers, organisées par lassociation de Santé Mentale Angevine, deux journées intitulées Comprendre la psychose : implications institutionnelles. Une gageure, ce titre, et pourtant, à la table des conférenciers, pas un spécialiste du cognitivisme, aucun matador des neuromédiateurs, nul gros bonnet de la psychiatrie universitaire ou mondiale, mais des acteurs du terrain depuis longtemps, des affuteurs de concepts, des théoriciens inventifs réunis par Pierre Delion : Hélène Chaigneau, Salomon Resnik, Jean Oury, Henri Maldiney. Salomon Resnik nous introduit dans un univers où nous entrons dans les domaines du corps de loriginaire et de larchaïque. Là, glaciations et réchauffements sont des analogies physiques fortes pour traduire dans lexpérience psychotique les phases dimmobilisation lisse ou dexplosion brûlante des affects et des pensées emprisonnées. Cette conception donne aussi des harmoniques qui résonnent dans lexpérience de la présence à la personne psychotique, de lexpérience de soin. Henri Maldiney, citant Husserl, allez à la chose elle-même, nous fraie un chemin daltitude dans la philosophie classique et dans la phénoménologie donnant accès à des paysages vastes et nous menant pas à pas dans les idées, les attitudes, la présence de lautre. Parler à partir et en direction de lautre. Cest la question de la rencontre, préalable nécessaire pour aborder la personne en prise avec la psychose. La rencontre, que très singulièrement dans la psychose, lêtre avec lautre interroge de façon complexe. Mais voilà la véritable gageure : rendre compte de ce discours riche, aux articulations souples, aux échappées lumineuses. Les propos de H. Maldiney sollicitent une écoute attentive mais suscitent tellement de réflexions fructueuses Des propos riches comme ses écrits. Si la phénoménologie vous paraît tautologique, la philosophie trop distante, la peinture inutile, où que vous soyez, allez à la chose elle-même et lisez ou relisez H. Maldiney. Jean Oury remarque demblée quil ny a pas de compréhension sans rencontre, il cite Machado : le chemin se fait en marchant et insisite sur le fait que ce quon fait demande un exercice sur le temps, une mise en acte de la patience. Jean Oury parle de cette sorte doracle où sont convoqués Kierkegaard, G. Gadamer, Pierce, Lacan, Freud le transpassible de Maldiney. Il livre un tour de main en rupture avec la pensée humaniste ambiante : le diagnostic fait partie de la rencontre. Il bougonne aussi contre le médico-social, la réduction du temps de travail, linflation dune communication sans rencontre, comme pour chasser des mouches agaçantes. Hélène Chaigneau témoigne de lhumilité dune expérience combative dans le quotidien dun service public, dune équipe de secteur psychiatrique. Comprendre la psychose mobilise toute une existence Elle donne la parole à la salle. Ces assemblées étaient par deux fois ponctuées dateliers, cinq différents. Dans chaque atelier, des équipes déliées présentaient un travail clinique précis ; dans chaque atelier du grain à moudre, de la pâte à pétrir, à partager avec les éclairages des conférenciers. Comprendre la psychose, ce nest pas se faire expliquer la psychose, ni se faire enseigner une conduite à tenir, ce nest pas démontrer un supposé mécanisme ni apprendre des statistiques la forme de cette étrangeté. Cest comprendre un peu mieux les diverses formes de transfert, contre-transfert, ce qui dans la psychose se passe, est passible (transpassible ?), ce quest cet autre, autre pris dans cette expérience humaine, la psychose. Didier Petit et Jean Pallone
© Carnet Psy. Tous droits réservés. |