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Histoires de bouches, XIIe journée annuelle de psychiatrie infantile

Paris, Hôpital Saint-Vincent-de-Paul, le 23 juin 1995.

La XIIe journée annuelle de psychiatrie infantile de l'Hôpital Saint-Vincent de Paul s'est déroulée le 23 juin 1995, sous la présidence de Monsieur le Professeur Michel Soulé. Cette journée clôturait le cycle de conférence annuel organisé par l'Association Universitaire de Psychiatrie et de Psychanalyse de l'Enfant dont le thème cette année portait sur la bouche.

Ces "Histoires de bouche" s'ouvrirent donc sur les "Réflexions sur le baiser" de B. Golse : baiser sur la bouche si investi par les adolescents, substitut symbolique de l'acte sexuel mais où les renversements passif / actif, masculin / féminin, permettent encore un déni de la différence des sexes; baiser des amants, ou fantasme de dévoration amoureuse réciproque; baiser du nourrisson enfin, d'abord solitaire et pré-objectal, où l'on peut voir dans les deux temps du mouvement des lèvres -protusion puis relâchement, repoussement du dehors puis acceptation au dedans, temps actif puis passif- un premier prototype de l'intrication des pulsions de vie et des pulsions de mort.

"D'une mise en bouche entravée", document audiovisuel présenté par l'équipe de l'Unité de Jour de Pédopsychiatrie, montra comment chez un petit garçon de deux ans, le refus de la mise en bouche des aliments (phobie de déglutition ou phobie du contact du dos de la langue?) renvoyait à une défense contre les projections maternelles extrêmement angoissantes, défense cristallisée sur la maîtrise de la bouche, carrefour entre le dehors et le dedans, l'Autre et le Soi. Bouche-carrefour donc où C. Olievenstein voit, dans son récent ouvrage "Écrit sur la bouche", le lieu où se côtoient dans l'espèce humaine les signes de l'animalité la plus brutale et de l'homitude la plus raffinée.

De Pascal à Bunuel, en passant par les idéologies alimentaires du Dr Kellog, J-M. Dupeu a reposé le problème de la théorie de l'étayage, à la lumière des modes actuelles de l'alimentation dite naturelle, ou du "Vivre physiologique". L'anorexique mentale, qui maîtrise le pulsionnel (l'appétit) tout en restant soumise au besoin physiologique (la faim), ne serait-elle pas un exemple de refus de la condition humaine, refus incarné dans une recherche forcenée d'une désintrication besoin/plaisir?

L'allaitement au sein des nourrissons fut lui aussi longtemps prôné comme une idéologie, condamnant les mères à une lourde culpabilité en cas d'allaitement artificiel. P. de Rancourt, pédiatre, a fait le point sur les changements intervenus ces dernières années dans la pratique de l'allaitement, pratique finalement résumée dans la seule question du plaisir de la mère et de son bébé, quel que soit le type d'allaitement choisi. Que ce soit au sein ou au biberon, certains nouveau-nés atteints de troubles neurologiques graves ne peuvent téter avant que de nombreuses interventions médicales et chirurgicales ne le leur permettent : N. Van de Casteele, psychologue dans le service du Pr Ginisty, stomatologue, a posé le problème du réétayage de l'investissement oral chez ces nourrissons, lorsque la fonction physiologique est initialement entravée.

De la bouche torturée du bègue, filmée par M. Legros, aux bruits de bouche musicaux de Gainsbourg dansant sur les bouches d'égout parisiennes photographiées par S. Gosme-Seguret, en passant par la bouche avide du foetus buvant le liquide amniotique et "La bonne bouche" de A. Passard — cuisinier amoureux, cuisinier d'amour ? — (restaurant Arpège, rue de Bourgogne, Paris 7e), tous les sens et toutes les émotions nés en bouche furent mis en vers par F. Peille, clôturant ainsi cette journée des plus ... savoureuse.

Frédérique Jacquemain

 

 

 

 

 

 

 

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