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Colloque européen sur l'observation du nourrisson

Des violettes pour Mrs Bick.

À Toulouse, du 30 Septembre au 2 Octobre s’est tenu le deuxième Colloque européen sur l’observation du nourrisson.

En 1948, Mrs Bick, élève de M Klein, propose d’intégrer dans le cursus de la formation des psychothérapeutes d’enfant à la Tavistock Clinic de Londres une expérience d’observation du devenir du bébé dans son environnement : une fois par semaine, l’apprenti clinicien se rend dans une famille ayant consenti à l’accueillir, pendant environ une heure de la naissance à la fin de la première année de l’enfant. Il cherche à adopter, en s’inspirant de la position du psychanalyste, une attitude d’abstinence (ne jamais demander un changement) et de respect de la situation (être “receveur”, ne jamais s’impliquer) ; il tente de réduire l’interférence de sa présence et se concentre sur sa tâche de réceptacle affectif en se “laissant ajuster” par ses hôtes.

La promesse didactique primitive d’une telle ascèse de l’observateur, dans la mesure où elle est pour lui synonyme de libération progressive de l’emprise réductrice d’hypothèses et de concepts à priori, s’accompagne aujourd’hui du constat d’un bénéfice potentiel, pour les observés, de cette présence d’un “récepteur sensible”. Pour atteindre le but pédagogique initial et explorer son éventuelle portée dynamique, l’analyse, lors d’un séminaire, des notes détaillées prises après la période d’observation par le clinicien est indissociable de ce cadre. Les échanges induits par le témoignage en profondeur de l’observateur aux membres du groupe permettent d’engager une réflexion après-coup sur l’alchimie identificatoire et transférentielle/contre transférentielle en présence : à partir de ce sien à son port d’attache collectif, le clinicien peut partager et tenter d’appréhender le développement du bébé dans son milieu familial multiface. C’est probablement dans l’interrelation des pôles de cette triangulation complexe entre les observés, l’observateur et le groupe qu’une espérance dialectique de tous les participants semble s’affirmer.

A Toulouse, la majorité des conférenciers et les animateurs d’ateliers rencontrés illustraient par une présence inhabituelle dans les colloques scientifiques la vertu d’un tel apprentissage : simplicité, chaleur et restitution authentique de l’émotion évoquée. Cette expérience initiatique semble bien, à travers la multiplicité des champs d’application des différentes interventions, favoriser avant tout l’émergence d’une théorisation vraie, c’est-à-dire enracinée dans la pratique de l’observation directe et signature de sa métabolisation féconde après coup. Or, comme le font remarquer Geneviève et Michel Haag à une époque où la recherche est démesurément préorientée – à l’instar de l’exploration des «performances» du bébé – «une méthode qui ne se met pas d’œillères prédéterminées est précieuse». Elle permet sans doute aux professionnels de l’enfance de se distancier de la chasse sémiologique où l’observateur se focalise sur des signaux correspondant à son attente et à contrario de s’ouvrir “pour se laisser simplement emplir”.

Mrs Bick a aussi peu écrit(2), que sa méthode est actuellement en France source de vives polémiques qui condensent mille et une questions sur l’approche du bébé réel en regard du nourrisson reconstruit dans la cure psychanalytique. On renverra le lecteur au Journal de la psychanalyse de l’enfant N° 12(3) pour un état des lieux de la controverse. Au delà des positions dont la passion n’est sans doute pas sans rapport avec la profondeur des angoisses mobilisées chez chacun de nous par un débat sur le bébé, l’observation selon Mrs Bick représente assurément un support de formation, de prévention et de recherche clinique prometteur pour penser notre clinique.

Pour se dégager épistémologiquement, pédagogiquement et thérapeutiquement des voies classiques en psychanalyse en psychiatrie et en psychologie, la méthode de Mrs Bick doit toutefois éclaircir plus encore sa spécificité par rapport aux autres types d’observation en cours dans ces diverses branches. Forte de cette identité assurément singulière, elle devrait à terme pouvoir faire face sereinement aux accusations d’évitement des processus psychiques internes, du rêve et au fond de l’inconscient en relevant le défi d’un examen de la dynamique de l’observation directe chez tous les acteurs de ce scénario original. Le glissement sémantique opéré par Didier Houzel, promoteur d’applications cliniques prometteuses de cette méthode, ouvre la voie : il préconise de substituer au terme d’“observation” celui d’“attention”. En quittant la sphère de l’observance à la loi tutélaire (premier sens du mot observation dans Le Robert) distance est prise à l’égard de l’aliénation de la conformité au profit de la rêverie rebelle et créatrice de l’attention flottante.

Sylvain Missonnier


[1] Les actes du premier colloque, qui a eu lieu à Bruxelles en 1991, sont publiés sous le titre «L’observation du nourrisson selon E. Bick et ses applications» sous la direction de R.Sandri, Césura Lyon Édition.

[2] Michel et Geneviève Haag coordonnent actuellement la réalisation d’un livre qui réunira les articles de E. Bick. Dans ce premier ouvrage en français, consacré à cette psychanalyste, seront réunis ses quatre articles (en anglais et en français), des commentaires, d’importants extraits de son enseignement oral, une évocation de sa personnalité, ainsi qu’un aperçu sur les diverses applications de sa méthode spécifique d’observation des nourrissons. Une vingtaine de contributions compléteront ce recueil et notamment celles de J. Gammill et F. Tustin. Ce livre ne sera pas vendu en librairie. Pour se renseigner, écrire avec enveloppe de retour, au Dr M. Haag, 18 rue Émile Duclaux, 75015 Paris.

[3] Bayard Édition, 1992.

 

 

 

 

 

 

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