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Colloque WAIMH-France, (World Association for Infant Mental Health), Paris, 8 décembre 1995.
Pour introduire la journée, Bernard Golse évoque la force d'impact considérable du bébé sur son entourage à travers le bébé enfoui en chacun de nous, et Serge Lebovici rappelle que c'est l'enfant qui parentalise ses parents en réactivant leurs conflits infantiles.
Michel Soulé, nous entraînant dans le rêve d'une soignante, s'interroge sur les composantes de la vocation. Celle-ci se constitue au cours de l'enfance, s'enracine au coeur de nos pulsions instinctuelles et prend sa source dans le pré-génital. Le réaménagement de nos pulsions et leur sublimation permettront l'expression de la vocation, mais des formations réactionnelles, aménagement de nos pulsions destructrices ont aussi leur part dans la vocation et il s'agit d'en reconnaître l'origine.
Michel Soulé rappelle que des éléments transgénérationnels sont également présents dans la vocation : il n'est pas rare de retrouver sur des branches de notre arbre de vie, des ancêtres soignants ou malades.
La vocation du soignant a des racines profondément inscrites dans nos conflits les plus profonds : s'occuper du seul bébé, c'est parfois une manière de ne plus entendre parler de la dépression maternelle.
Parlant de la vocation, Michel Soulé nous invite à réfléchir à la formation, à la sélection avant l'accès à des études longues et difficiles.
Reprenant les termes du Petit Robert, selon lequel toute vocation est un appel- appel de Dieu et mouvement intérieur d'appel vers Dieu-, Michel Soulé parle de notre vocation comme d'un appel du bébé irrésistible, du bébé que nous avons été, et appel du Dieu-bébé mégalomane que nous restons.
Anne Aubert-Bouchart et Françoise Jardin, au travers de leur expérience en crèche , en consultation familiale et en supervision, étudient les interactions à l'oeuvre entre le bébé, ses parents et les personnels. En fonction de la qualité de la relation établie entre le bébé et sa mère, les interactions entre le bébé et les professionnels seront de qualité variable. Si l'interaction est de qualité suffisante, riche et stable, le bébé pourra établir des relations d'objet avec les substituts et ses relations viendront enrichir le noyau central. Si la relation d'objet est carencée ou perturbée, les interactions se trouvent défaillantes. Une réflexion à visée préventive et thérapeutique doit se mettre en place, afin d'analyser les éléments transférentiels apparus.
Anne Aubert-Bouchart a mis en lumière les dynamiques actives et les cheminements différents suivant les interactions entre les différents acteurs : père, mère, personnel féminin, personnel masculin, bébé fille ou bébé garçon. Elle souligne la possibilité d'effets pervers que constitue la fréquentation permanente des bébés, surtout dans un milieu essentiellement féminin, à savoir la menace régressive.
Françoise Jardin met en relief les acquis d'un travail visant à se désengager des répétitions transgénérationnelles destructrices, au cours des nombreuses consultations familiales, d'observation directe, de supervision, avec les personnels de crèche. Petit à petit, les éléments archaïques se transforment en éléments mentalisés, les membres du personnel peuvent se dégager des mouvements identificatoires ou oppositionnels à la mère.
Martine Lamour nous a parlé du bébé en souffrance et de ses représentations chez le personnel soignant. La multiplicité des intervenants autour d'un bébé en souffrance conduit à une multiplicité des représentations du bébé. Pour chacun d'entre eux, il s'agit de penser bébé, c'est à dire de ressentir au plus proche de ce qu'il vit, par empathie, mais c'est aussi penser au bébé et par là donner sens à ses comportements. Le bébé est pris dans un réseau complexe d'identifications et de projections. Lorsque le bébé appartient à un milieu carencé, nous en avons une représentation que l'on pourrait nommer celle de " l'enfant vide", sous-alimenté narcissiquement.
Martine Lamour étudie ensuite l'incidence de la folie maternelle sur les représentations des soignants à l'égard du bébé de mère psychotique. Le bébé peut avoir la dimension d'un bébé réparateur pouvant guérir la mère. Ainsi, le bébé de l'interaction avec les différents partenaires confronté au bébé de l'interaction avec la mère éclaire nos ressentis et nos représentations.
Il est primordial alors de prêter attention aux infimes signes que nous lance l'enfant au travers du dialogue sensoriel, voisin de la préoccupation maternelle, au plus proche des ressentis du bébé, dans un mouvement empathique avec lui. La résonance avec le corps d'autrui nous conduit au coeur du vécu de ces bébés. Alors la représentation que nous nous faisons de ces bébés devient une véritable construction utilisant les différents aspects de l'enfant. Cette construction est la condition de notre action thérapeutique et permet de maintenir stable l'entourage de vie du bébé.
En conclusion, Bernard Golse et Bernard Durand résument les principales actions du bébé sur les intervenants : le bébé induit inlassablement un risque de clivage entre corps et psyché, il empêche d'être disponible et réceptif à ce qu'il envoie.
La fonction d'empathie apparaît comme l'indispensable préalable au travail de réflexion sur nos émotions et à tout travail thérapeutique.
Sylvie Gosme-Séguret
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