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Ce symposium , organisé conjointement par l'Institut Emmi Pikler à Loczy et par l'Association française Loczy, a eu lieu à Budapest à la fin du mois de février 1996.
Les matinées furent occupées par des séances plénières consacrées à l'étude du soin donné au jeune enfant placé en institution : il peut y devenir "l'auteur de son propre développement", s'il est soigné méthodiquement, en dépit des abandons, des mauvais traitements, des négligences graves dont il a pu être la victime.
Un exposé d'Anna Tardos appuyé par Myriam David, a démontré l'importance du soin dans le développement de l'enfant : vidéos à l'appui, nos deux collègues ont clairement indiqué que de tels soins ne présupposaient pas les démonstrations bruyantes d'une affection pseudo-maternelle, mais une méthodologie stricte et éclairée. Les bébés de Loczy sont l'objet de ces soins méthodiques et individualisés, voire ritualisés, en tout cas commentés.
L'enfant, qui en bénéficie, doit comprendre que chacun a son tour. Laissé alors seul, du moins en apparence, il assume son propre développement qui est sans doute plus rapide que chez le bébé élevé en famille.
L'exposé de Didier Houzel a montré que l'attention, portée à l'enfant pouvait constituer une véritable interprétation; celui de Bernard Golse fut un commentaire savant de "la création" par le bébé de la personne qui lui donne des soins.
La dernière matinée sous la présidence remarquablement efficiente de Michel Soulé, fut d'abord consacrée à un exposé de Yvon Gauthier qui, après avoir invité les participants à se retrouver au VIe Congrès de la WAIHM en juillet à Tempere en Finlande, s'exerça à montrer l'existence de l'enfant dès sa conception. Puis les réflexions du signataire de ce résumé sur la nécessité d'un soin empathique fut suivi par un vibrant hommage de Michel Soulé à Geneviève Appell et à Myriam David, des pionnières dans ce domaine. Myriam David, émue jusqu'aux larmes, put révéler ce qu'elle avait compris par sa propre expérience : arrêtée et "interrogée", c'est-à-dire torturée par la Gestapo, elle avait compris que ceux qui avaient subi de telles épreuves avaient besoin de soins élémentaires. C'est de cela qu'ils avaient besoin avant tout.
D'autres exposés contribuèrent à mieux comprendre l'expérience de Loczy, en particulier ceux qui traitèrent des méthodes pédagogiques indispensables, utilisée en Suisse et en Belgique pour la formation des nurses qui doit être continue.
Les après-midi furent consacrées aux travaux de sept groupes multiprofessionnels qui discutèrent de documents vidéoscopiques déjà examinés par des experts et préparés pour le Symposium :
- l'évolution des soins donnés à l'occasion du bain à deux mois, puis à neuf mois,
- l'évolution de ces enfants dont l'autonomie est discrètement contrôlée par les nurses.
Les débats reconnurent la qualité des soins qui étaient donnés aux enfants e Loczy et leur remarquable capacité à se développer seuls du moins en apparence. Les participants ont certainement bien compris que les enfants qui sont placés à la pouponnière de Loczy, enfants maltraités, voire abandonnés, ne seront pas aidés par les aspects bruyants des pseudo-soins maternels donnés par des auxiliaires. Les nurses formées à Loczy, dans une intensité silencieuse au cours des soins, font participer à tous les instants l'enfant qu'elles soignent, ce qui permet, à ce dernier, lorsqu'elles les laissent pour se tourner vers d'autres enfants dont elles ont la charge, de "se développer seuls". L'avenir de ces enfants semble bon bien qu'on puisse se poser des questions à ce sujet, en particulier sur leur capacité à s'allier à d'autres enfants : c'est ce type de questions qu'évoqua Yves Lemay dans son exposé conclusif.
Ce bref compte rendu montre qu'il s'agissait bien d'un symposium et non d'un colloque car l'empathie qui a marqué ce débat pour les français qui se connaissaient bien, qui ont pu s'examiner avec le bénéfice d'une traduction simultanée vers le Hongrois, de se reconnaître, de s'entendre à partir d'expériences concrètes présentées en particulier par Nathalie Kuckucka-Pizols et Martine Moralès-Huet.
Ce symposium a été un authentique événement européen : c'est ce que montra Geneviève Appell qui a beaucoup contribué à son organisation. Les débats en français ont permis aux représentants de douze nations d'Europe Occidentale ou Centrale de s'exprimer sur les thèmes des soins à donner aux très jeunes enfants condamnés à vivre en institution.
Pr Serge Lebovici
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