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22-23 juin 1996, Avignon.
La salle était petite, peu accueillante, la climatisation encore en panne. Dans cet univers très hospitalier, retrouvailles, à la fin Juillet, d'une partie de l'équipe de néonatalogie. Au programme de cette conviviale soirée d'été, le projet d'échanger autour du récent colloque international de Périnatalité, des 22 et 23 Juin 96, à Avignon, sur le thème du monde relationnel du bébé.
"Les filles", qui s'y étaient rendues à plusieurs, étaient revenues emballées. Les journées avaient été belles, le vent soufflait léger et le lieu était propice au rêve. Il y avait un vieux bus tout rouillé dans la cour centrale du palais des papes, décor déjà installé d'un futur festival de théâtre; et des centaines de gradins vides qui l'observaient, muets. Dans la salle du conclave, et dans une étrange scénographie, des visages, si nombreux, se tournaient, de profil, vers une longue estrade.
Il ne manquait au sacre du bébé que les mots magiques, forcément magiques, qui furent prononcés en ces lieux.
Brazelton recueillit bien sûr tous les suffrages. "Les filles" l'adoraient, ses mimiques, ses gestes furent repris; toute parole émise à son propos se faisait souriante et éclairait les visages. Elles étaient séduites par ce que Antoine Guedeney nomma dans une intervention qui les marqua tout particulièrement, à la table ronde du samedi matin sa "positivité non naïve". Il y avait véritablement dans leurs souvenirs un vrai plaisir à entendre parler ainsi d'un bébé compétent, des "chances" données à ses parents de le découvrir et de l'adopter, de cette façon si personnelle de le porter et de se sentir porté, en tant que soignants, habituellement confrontés à un réel souvent dramatique et violent.
Que Brazelton évoque son échelle, publiée en 1973, ou qu'il développe son élaboration autour des "touch points", ces étapes importantes du développement du bébé, moments de vulnérabilité s'il en est pour l'enfant mais aussi pour sa famille et qui peuvent être des temps forts pour des interventions précoces, c'est d'abord et toujours ce caractère charmeur, jovial, effectif et positif qui est retenu.
Nadia Bruschweiler-Stern les enjoua tout autant. En une ouverture à ce colloque, dans une langue accessible à tous - d'autres ici n'eurent guère ce talent - elle parla des mères, "psychiquement ouvertes" pendant leur grossesse et en période néonatale. De ces véritables "porcelaines psychiques", confrontées parfois à des situations aussi dramatiques que la séparation d'avec leur enfant hospitalisé ou le handicap, si sensibles aux mots dits autour d'elles. De la "maternité imaginée" à la "mère prématurée", elle couvrit le champ entier de la périnatalité et ses avatars, avec une délicatesse, un vrai sens de la clinique et une musicalité propre qui les toucha.
Le colloque entier leur sembla ainsi placé sous ces auspices si favorables et les interventions des uns et des autres de Soulé, Lebovici, Tardos, Golse à Montagner, Fabre-Grenet, Nugent, ... apparaissaient comme colorées d'une note d'optimisme et de bonne humeur indéfectible. La plume alerte et les dessins rétroprojetés sur le vif de Sadoul mais aussi l'intervention de clôture du samedi par Cyrulnik, emportée, spirituelle et brillante y contribuèrent.
"Les filles" se souvenaient aussi de Soulé et de la bouche du foetus, de ces interactions biologiques qu'il évoque ; d'Anna Tardos, debout, qui commentait de merveilleuses images de bébés hongrois; de Marie Fabre-Grenet qui sut dire si clairement l'intérêt de l'échelle de Brazelton en néonatalogie, après Kévin Nugent dans un cadre plus général.
"L'intrigue" enfin que développa Daniel Stern les captiva, cette trame narrative des éprouvés du bébé, inscrite dans une unité temporelle et interactive. Le grand art de Dan Stern de décrire, en une langue si compréhensible par tous, ce paysage subjectif qu'habite le nourrisson.
Enthousiastes, elles l'étaient, revenues pleines d'élans et de projets. Avignon resterait dans un coin de leur mémoire, de douces journées d'espoir et de vie. Elles ne s'étaient pas mêlées, à l'ombre de quelques galeries intérieures du palais des papes, à la foule, vacancière ou cultivée, qui contemplait de massifs bustes et de délicates gravures de Rodin ... dont une mère à l'enfant, confondante de beauté.
L'esprit du beau soufflait sur Avignon cet été.
Patrick Ben Soussan
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