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Ve congrès de l'Association mondiale pour la santé mentale du jeune enfant (Waimh)

Tampere, Finlande. 25-28 juillet 1996.

Depuis le dernier congrès de l'association qui était encore la WAIPAD, et qui s'est tenu à Chicago en 1992, on se demandait quels progrès et quelles avancées ce nouveau congrès allait nous apporter. S'il a permis de mesurer le chemin parcouru par l'association et ses membres depuis 4 ans, la préoccupation principale des intervenants a été celle de la thérapeutique, des théories, de la pertinence et de la justification des interventions précoces par l'évaluation de leurs effets.

Pour D. Stern, on est passé de la compétence du bébé à la découverte de l'interaction et maintenant à la théorie de l'intervention précoce. Mais quel est le bon moment de l'intervention précoce et du bon "timing" s'est demandé P. du Chateau. Pourquoi ne pas proposer des interventions encore plus précoces? Quels sont nos critères pour la précocité de nos interventions? En théorie, il n'y a pas de réponses, sauf s'il existe une période critique pour le traitement, car les besoins développementaux sont différents à chaque moment de la vie. Le comité du programme a organisé le congrès autour de

3 thèmes centraux, représentés respectivement par D. Stern sur les théories de l'intervention, par B.Cramer sur la question de la technique dans la psychothérapie Parents/Bébé et par P. Fonagy sur l'évaluation des effets de l'intervention précoce. R.Emde s'est situé à la fois sur un plan clinique en présidant avec M.Cordeiro une séance sur la classification diagnostique des troubles précoces et sur un plan théorique en développant sa conception de l'unité intentionnelle dans l'activité mentale du bébé.

La discussion sur la classification diagnostique américaine 0-3 ans a démontré la nécessité pour les cliniciens de se référer à un outil commun permettant de mieux identifier, à travers les divers aspects cliniques, la complexité des phénomènes en jeu et d'adapter ainsi les programmes et orientations thérapeutiques.

Le lendemain, D. Stern par sa capacité créative de forger de nouveaux concepts, évoque la nouvelle organisation psychique de base de la mère à la naissance du bébé, qu'il nomme constellation maternelle. Toute mère dans sa tâche d'élever son enfant, exprime sa sensibilité, ses fantaisies, peurs et souhaits concernant le bébé. Mais aussi les besoins de la mère de sa propre mère pour s'occuper de son nourrisson, réunis dans une nouvelle triade psychique : le complexe grand-mère/mère/bébé. Ce complexe devient prédominant, reléguant à l'arrière-plan la psychodynamique centrée sur l'Oedipe. Pour l'auteur, cette reconceptualisation autour de la constellation maternelle est nécessaire pour tenir compte des nouvelles responsabilités et du déplacement des intérêts de la mère. Ainsi l'objet de la thérapie va concerner le système mère/bébé dans lequel le monde des représentations construit la relation interpersonnelle à travers l'interaction qui est en premier lieu non verbale. Mais la question restera entière sur le rôle et la place du père dans cette nouvelle configuration triadique.

Si, à juste titre la présence du bébé réactive la mémoire parentale, on voit l'importance de sa présence avec la mère dans le cadre des thérapies. Une modalité d'interaction s'est développée, véritable psychothérapie de l'interaction par le biais de la micro-analyse voire de la "feed-back" vidéo qu'on pourrait appeler la "feed-back" analyse. Le moment de l'interaction moteur pour le développement du self du bébé constitue alors la porte d'entrée et l'objet de l'attention du thérapeute qui ne s'occupe plus ni de la vie fantasmatique ni de l'histoire transgénérationnelle. Pour E.D.Tronick, quand il n'y a pas d'engagement dans la dyade, il n'y a pas d'expérience vécue avec l'autre.

En réponse, B.Cramer développe son approche de la psychothérapie conjointe mère/bébé illustrée par une vidéo en commentant et en analysant les représentations et les projections maternelles de plusieurs séquences cliniques interactives. On voit toute l'efficacité de sa démonstration dans le soulagement rapide de la dyade, nous mettant en garde sur une certaine violence de l'interprétation dans ce contexte. Une option proche est celle développée par Selma Fraiberg qui favorise l'alliance thérapeutique positive tenant compte d'une population sans doute plus fragile et qui analyse le transfert et le contre-transfert. D'autres équipes préconisent ainsi d'y inclure l'analyse du transfert négatif. D.Daws insiste sur l'empathie voire sur l'antipathie dans le contre-transfert, soulignant la maltraitance émotionnelle du thérapeute dans les cas difficiles. Mais l'intervention précoce ne doit pas faire oublier qu’il convient d'aider une mère à mettre des mots sur ses émotions, quand il n'y a pas de mots pour consoler le bébé.

K.Barnard nous parlera d'un autre cadre thérapeutique inspiré de la guidance interactionnelle défini par S.Mc Donough qui propose plusieurs programmes d'interventions adaptés aux parents carencés n'ayant ni les moyens psychiques, ni le temps ni la demande d'une thérapie classique. Cette possibilité d'intervenir lors de périodes critiques du développement de l'enfant, permet aux parents de mieux s'accorder aux besoins et demandes faites par le bébé pour éviter les excès et les manques de stimulations. Enfin P. Fonagy dans une communication très appréciée a alerté les pouvoirs publics sur l'utilité d'organiser des programmes d'interventions et de soins pour la petite enfance, soulignant l'économie que cela permettrait de réaliser en terme de santé publique. Pour cela, il faut évaluer l'efficacité de nos interventions précoces.

Pendant 4 jours plus de 500 communications de nombreux pays inégalement représentés ont été proposées et près de 300 posters. Les organisateurs avaient prévu plusieurs formules innovantes de rencontres entre les participants, regroupés par thèmes d'intérêts, dont certains faisaient référence à la recherche clinique, aux problèmes méthodologiques et éthiques et à l'utilisation des échelles d'évaluations. Le choix fut parfois difficile. A.Guedeney, co-organisateur du programme, réussit à mettre en place une traduction française dans un congrès en langue anglaise. Nous conserverons le souvenir d'un pays à la nature somptueuse et nous garderons en mémoire l'accueil chaleureux des finlandais qui ont su mettre le bébé au centre de leurs préoccupations.

Didier Rabain

 

 

 

 

 

 

 

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