Page d'accueilCarnet Psy ?Nombreux ouvrages à découvrirLa mémoire de Carnet PsyLes deniers numéros de Carnet/PSYForums et ChatsUn livre, un auteurToutes les manifestations sur la Santé mentaleLa galerie de Carnet PsyDécouvrez de nouveaux sites sur la santé mentaleLe choix de Carnet PsyAbonnement, publicité, offres spéciales,...
AideÉcrivez-nous !Moteur de recherche et plan du site

Le mal-être, angoisse et violence.

Colloque de la Société Psychanalytique de Paris, 23-24 novembre 1996.

Le colloque organisé par la Société Psychanalytique de Paris à la Maison de la Chimie à Paris, les 23 et 24 novembre 1996, sur le thème du "Mal-être, Angoisse et violence" a rencontré un très vif succès. Les interventions furent non seulement de haut niveau, mais les tables rondes, qui abordaient des points de vue théoriques et cliniques, permirent de rencontrer des psychanalystes engagés, qui exposaient comment ils travaillaient avec leurs patients.

André Green, qui avec J-L. Donnet, intervenait sur la demande d'analyse aujourd'hui, étendit la notion de "mal-être" à celle de « malaise » dans la civilisation déjà interrogée par Freud. Les nouvelles maladies de l'âme, la dépression en particulier concurrencent aujourd'hui la notion freudienne d'angoisse et notamment d'angoisse de castration. L'angoisse, remarqua-t-il, est une notion devenue insuffisante pour définir ce qui nous tourmente. Le mal-être est un mal, un malheur au fond de l'être qui évoque davantage aujourd'hui les figures de Macbeth ou de Godot, que celle d'Oedipe et de Hamlet.

Dans une perspective plus clinique, à partir de son expérience au centre de consultations et de traitements par la psychanalyse "Jean Favreau", J-L.Donnet évaluait l'impact des conflits sociaux et de la crise économique, sur la demande d'analyse ou de psychothérapie aujourd'hui. Il questionnait également les formes d'expression actuelle de la pathologie psychique. Le psychanalyste, rappelait-il, ne se désintéresse pas de la réalité sociale. Il étudie l'osmose de la grande et de la petite histoire; il travaille sur une temporalité plurielle, celle qui se noue dans la réalité psychique inconsciente de chaque patient.

Une table ronde sur l'angoisse de castration et l'angoisse de mort dans laquelle intervenaient Anna Potamianou, Beno Rosenberg, René Roussillon et Jacqueline Schaeffer, permit en particulier à René Roussillon de rappeler et d'évaluer l'importance de l'angoisse de castration au sein des fantasmes originaires, organisateurs de la psyché.

R. Roussillon montra notamment comment l'angoisse de castration est rencontrée de façon structurelle dans chaque histoire, au cours du développement des théories sexuelles infantiles. Ce que l'enfant veut construire, à travers les théories sexuelles qu'il promeut, ce n'est pas seulement la question de l'identité sexuée mais aussi la question du plaisir et de la souffrance; il veut donner sens à la relation intersubjective, mettre en scène les formes particulières de relation d'objet. L'angoisse de castration a donc un caractère structurel qui dépasse la question de l'origine sexuée et au-delà, la question de la différence. Elle est aussi interrogation sur l'intersubjectivité et sur le fonctionnement mental en général.

Dans une perspective un peu différente, Jacqueline Schaeffer évoqua l'angoisse devant le féminin, le mal-être sexuel de l'homme confronté à son masochisme, à son angoisse de castration, à la mère « redevenue amante ». Elle évoqua également l'incertitude de la femme épousant la logique phallique de l'homme, mais se retrouvant face aux angoisses de destruction de l'intérieur du corps. Les psychanalystes, conclut-elle, savent-ils entendre le malaise qui a trait à la psychosexualité, sous le visage des troubles du narcissisme?

L'après-midi fut consacrée à l'étude de la "position dépressive". Florence Guignard fit une lecture critique des concepts de « position », tels que M. Klein nous les a légués. Elle rappela comment la position dépressive permet l'accès à l'Oedipe et organise l'intégration de l'individu, acceptant le principe de réalité et l'altérité. Florence Guignard développa ensuite des options personnelles. Critiquant le point de vue développemental, elle montra qu'il n'est nul besoin d'affirmer l'antériorité d'une phase schizoparanoïde. Il existe pour elle une "normalité" des mécanismes schizoïdes qui s'intègrent dans la position dépressive centrale. Pour Florence Guignard, il existe donc un « primat » de la position dépressive.

Dans la discussion qui suivit, Paul Denis rappela que dans la psychanalyse d'aujourd'hui sont décrits, en effet, davantage des modalités de fonctionnement que des empilements de stades successifs « en assiettes ». La lecture française de l'oeuvre de M. Klein est encore trop souvent phénoménologique. Il n'existe pas de stades de développement mais bien des « positions ». "L'être-au-monde de l'enfant vit ou non la position dépressive".

Gilbert Diatkine illustra cette discussion par un remarquable exposé clinique, celui d'un enfant envahi par des défenses maniaques qui le rendaient incapable de donner une signification, un sens à sa propre réalité intérieure.

Claude Janin aborda ensuite la question de la plainte en évoquant tout d'abord des métaphores musicales, la plainte d'Ariane abandonnée par Thésée, plainte qui a également pour but de garder le lien érotisé à l'objet. Il rappela également la plainte célèbre qui parcourt l'histoire de la psychanalyse, celle de la passion de Ferenczi pour Freud et ses diverses vicissitudes. Il montra enfin, avec deux exemples empruntés à des romans contemporains, Extinction de Thomas Bernardt et La modification de Michel Butor, la difficulté de la plainte à élaborer le trauma dans l'espace psychique.

Paul Denis, enfin, illustra, quant à lui, les particularités du fonctionnement dépressif, lorsque le psychisme ne peut accepter les changements d'objet et les modifications des objets internes, c'est-à-dire le processus même du deuil, en prenant pour métaphore La Peau de chagrin d'Honoré de Balzac.

Le lendemain, Claude Balier fit une intervention impressionnante à partir de son expérience de psychothérapies analytiques menées en milieu carcéral. Il montra -clinique à l'appui- comment la violence extrême est liée à un travail de déshumanisation qui engage le meurtre de l'objet psychique. Il rappela que la violence perpétue la violence (30% des violeurs furent des enfants abusés). Cette approche rappela à l'auditoire que l'on ne peut combattre la violence sociale, en laissant sans réplique les propos déshumanisants véhiculés par les idéologies racistes, propos eux-mêmes générateurs de violence.

Michèle Perron-Borrelli intervint ensuite sur la question du deuil et de la douleur. Le modèle de la mélancolie, n'a jamais cessé, rappela-t-elle, de féconder le travail des psychanalystes et le travail du deuil reste un des paradigmes du processus analytique. Elle montra, en particulier, combien le deuil narcissique a pris une importance croissante dans la clinique contemporaine.

Litza Guttieres-Green évoqua également les enjeux narcissiques et objectaux de la douleur psychique. Elle montra, à l'aide de deux exemples cliniques, que si les modèles de l'angoisse et de l'angoisse de castration avaient été prépondérants chez Freud, douleur et deuil sont aujourd'hui des paradigmes de nature différente.

Rémy Puyelo montra comment l'appareil à penser de l'analyste se met au travail dans la cure psychothérapique d'un enfant, et comment celle-ci peut aider un jeune enfant à sortir du mal-être, d'une douleur muette, et de l'amputation d'une psyché, par de nouvelles élaborations créatrices.

Claude Smadja, enfin, évoquant le livre de Primo Levi Si c'est un homme, montra comment la vie opératoire peut avoir une fonction antalgique. Le système opératoire a également une valeur de conservation de la vie de protection des virtualités de la relation objectale qui existe toujours et que la thérapeutique permet de mieux utiliser. Ces tables rondes, comme l'on voit, furent passionnantes par la diversité et la qualité de leur réflexion. Elles permirent à un large public de participer au plaisir de la théorisation après-coup et surtout de vivre en direct le fonctionnement mental de ces analystes engagés dans une confrontation quotidienne avec la souffrance d'autrui.

Marilia Aisenstein, présidente de la Société Psychanalytique de Paris, conclut le colloque en développant des perspectives éthiques. Elle rappela à la suite de S. Viderman, qu'interpréter n'est pas délivrer une vérité, mais construire, fabriquer une vérité, dont le seul critère est la création. Elle rappela surtout la responsabilité des analystes et de la communauté analytique face aux pratiques déshumanisantes dont souffre notre monde actuel, en soulignant combien la psychanalyse est avant tout une pratique de l'altérité.

Jean-François Rabain

 

 

 

 

© Carnet Psy. Tous droits réservés.