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Les allaitements maternels : des premiers liens au sevrage

7e rencontre nationale de périnatalité, Béziers, 5 et 6 décembre 1996.

Novembre 96, Tate Gallery, Londres. “Une étoile caresse le sein d’une négresse”, toile de Miro peinte en 1938. Sur fond noir, des taches rouges, quelques traits blancs et un triangle jaune, tout en haut et à droite, pointe en bas.

Décembre 96, Théâtre Municipal, Béziers. Sur fond noir, perdus dans les rouges vermillon d’un magnifique théâtre du 19ème siècle, quelques personnages, sous les projecteurs blancs, et toute une assistance, nombreuse, attentive, questionnante et... très féminine. Janvier 97, Centre Hospitalier, Libourne. Ni noire, ni rouge, ni jaune ; mais quelques blouses blanches et bleues, sages-femmes, puéricultrices, auxiliaires, pédiatre, psychologue, pédopsychiatre, réunis pour échanger autour de ces journées de périnatalité de Béziers, dont le thème était cette année les allaitements maternels.

A en juger par leurs souvenirs, encore si présents et si vifs, Sainte-Agathe, sainte patronne de l’allaitement, martyr à qui on avait coupé les seins, y aurait évangélisé force ouailles. Et leurs voix, lors de cet échange d’après colloque retrouvaient la même passion qui avait animé certaines des intervenantes à cette journée.

Les passionarias de l’allaitement. Qui disaient avec fougue, élan, parfois excès, la réalité de l’allaitement dans nos provinces et en d’autres contrées plus lointaines, archétypes des modèles utilisés en ces circonstances : l’Afrique et l’Europe du Nord. Qui disaient les représentations de l’allaitement, collectives mais aussi le fait culturel et la détermination politique qui s’y expriment. Edwige Antier, Marie Thirion, Pascale Walter y excellèrent. Le Professeur Pinard ne s’y serait pas senti dépaysé, à reprendre sa célèbre formule de 1921 : “Le lait de la mère appartient à l’enfant”, ni cette Aminata de Bobo-Dioulasso (Burkina Faso) qui affirmait, citée par M-C. Cayzac : “Pourquoi avons-nous des seins si ce n’est pour allaiter ?”.

Ainsi, la mémoire sensible et première des quelques participants réunis dans cette arrière-salle libournaise du colloque de Béziers apparaissait très “clivée”. Les premiers échanges portèrent sur toutes ces formules saisissantes, cette conviction métaphorique, ces paroles énoncées avec tant de force et de brio, ces images si merveilleusement séductrices qui furent présentées : l’allaitement, comme paradigme d’une modalité primaire, emblématique d’une jouissance perdue et retrouvée dans ces jeux de langue, de discours, dans cette convocation des émotions et du visuel. Et puis après, mais bien après, revenaient d’autres discours centrés sur les approches historiques de l’allaitement (M-F. Morel, J. Senecal, F. Loux), d’autres sur la physiologie de l’allaitement, la composition du lait de femme (A. Chancholle, P. Sarda), d’autres enfin sur des études statistiques de l’évolution de l’allaitement à travers le monde tout particulièrement autour des expériences scandinaves ou africaines (A.Kerouedan, M-C. Cayzac). Ce colloque, et même notre modeste rencontre qui lui fit suite, aurait pu s’organiser, symboliquement, entre ce qu’évoquait Suzan Isaacs : “Le sein s’il existe, c’est pour être dévoré” et Wilfrid Bion qui affirmait que “la pensée naît de l’absence de sein”.

L’allaitement maternel convoquera toujours, dans un ensemble parfois harmonieux, parfois dissonant, ces discours qui nous captivent, nous émeuvent, étayent notre réflexion et nos représentations, par leur sérieux ou leur excès.

Serge Lebovici avait écrit, après l’avoir discuté avec Evelyne Kestemberg, un fort bel article en 1990 dans Psychiatrie de l’Enfant intitulé “Le sein et les seins”. Il disait à sa façon et sans y être, ce que serait ce colloque de Béziers. Et ce qu’il fut : nourrissant et plaisant.

Patrick Ben Soussan

 

 

 

 

 

 

 

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