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D'où viennent les enfants? Regards ethnopsychiatriques |
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Paris, 24 et 25 octobre 1996.Hommage à la pensée de Freud ou angoisse de fin de siècle, c'était la question posée par Tobie Nathan et son équipe du Centre Georges Devereux. Le thème fédérateur de ce colloque était donc "d'où viennent les enfants ? " mais aussi celui "de l'usage des images" puisque c'est à partir d' extraits de film que chacun des invités proposa ses réponses. En introduction, T. Nathan nous révéla l'origine de la singulière statuette, emblème de ce colloque. Nous venions d'apprendre d'où venait la mystèrieuse statuette, pouvions-nous espérer que l'on nous révela aussi d'où viennent les enfants ? Il fallut d'emblée accepter "l'épreuve de la réalité" et abandonner toute rêverie quant à nos origines... Rod. Gombergh s'en chargea avec des images en 3 dimensions, qui, telles les planches anatomiques des chirurgiens de la Renaissance, nous montraient "ce qui se passe à l'intérieur du ventre des femmes enceintes" et donc des bébés, ou plutôt des tranches de bébés. Puis ce fut le plaidoyer des scientifiques : en inventant, en créant leur sujet de recherche, ceux-ci créent ce dont ils parlent mais ne créent pas un enfant. La recherche, disent-ils, n'ôte en rien la consubstancialité du hasard et du mystère de la question de l'Origine de l'enfant. Ne pas séparer les aspects affectifs et émotionnels de ceux scientifiques et biologiques, se préserver du fanatisme médical (de la définition même de T. Nathan), éloigne le risque de fabriquer de « nouveaux enfants ». La journée se poursuivit pour s'enrichir d'une nouvelle réflexion : d'où viennent les professionnels qui se préoccupent des enfants ? H. Montagner souligna combien il est nécessaire de considérer autant les mécanismes, soumis à l'univers fantasmatique de la mère, qui interagissent pour favoriser l'émergence des compétences de l'enfant que l'univers culturel qui les accueillera. La complémentarité professionnelle est indispensable, visant à réduire les incertitudes mais aussi en faire émerger de nouvelles. Puis, l'anthropologue S. C. Strum nous conduisit en Afrique, berceau de l'humanité, pour nous inviter à découvrir la complexité des sociétés babouines. L'empathie de la salle devant les images des bébés babouins, trahit le rejet manifesté quelques instants plus tôt : le singe rappelle à l'homme la douloureuse question de son animalité. A. Houlou, génial candide jongleur de mots, nous rappelle quelle distinction étymologique condamne le singe à demeurer pour toujours notre lointain cousin : « enfant » vient de infans celui qui ne parle pas (le bébé) mais qui un jour parlera, ce qui nous distingue résolument du bébé animal qui lui, ne parlera jamais. Idéale transition pour visionner ensuite un extrait de "l'enfant sauvage" de F. Truffaut : l'histoire célèbre du petit Victor de l'Aveyron, nous rappelle que l'homme est un animal doué de langage. Tandis que le truculent M. Elkaim nous réjouit de son art d'être "doué pour le langage", D. Stern et B. Cramer, observateurs avertis et cliniciens émérites, prirent la parole pour les bébés, témoignant de la perception et des relations intra psychiques et interactives de ceux-ci avec leur entourage. Pour conclure cette première journée, L. Hounkpatin s'interrogea sur la nature des thérapeutes et insista sur la difficulté pour ceux-ci de faire comprendre à partir de quel réseau ils fonctionnent... et par la métaphore de l'écueil de la « traduction » des interventions, de faire allusion aux attaques auquelle est exposée la pensée ethnopsychiatrique. Si les psychanalystes revendiquent d'aller chercher plus loin que l'origine d'un enfant dans l'histoire d'une famille, pourraient-ils aussi deviner "où vont ces enfants?". La philosophe I. Stengers, dont on savait déjà qu'elle considère dans le sens le plus condamnable "la psychanalyse en tant que véritable discours sur l'homme"..."menacée du danger d'un pouvoir", a denoncé les prétentions de certains, estimant que nul ne peut prétendre savoir des choses sur un projet d'enfant, et divisant dans le même temps catégoriquement la salle en deux. Deux superbes films inaugureront la seconde journée du colloque : " chroniques pygmées " de A. Epelboin qui nous convia à l'intimité d'une habitation de pygmées et nous fit assoir au côté de tout un village pour assister à la naissance d'un enfant-pygmée. C'est avec la même pudeur que le film de M. Ba nous autorisa à observer le massage traditionnel d'un nouveau-né au Sénégal. Un commentaire retenu, dont le message pédagogique ne trahit jamais le respect du caractère sacré d'un tel évenement, nous rappella qu'en Afrique, si la grossesse d'une femme est entourée de la plus précieuse discrétion c'est bien parce que l'on sait " que les enfants viennent d'un autre monde " (celui des ancêtres, de la brousse) et qu'au contraire de ce que pensent les thérapeutes occidentaux, l'entourage va oeuvrer en faveur du rapprochement de la mère et de son enfant, plutôt que de les séparer. Le massage traditionnel, véritable et douloureux modelage corporel, permet de "clôturer l'autre monde", c'est à dire celui d'où vient l'enfant et vers lequel il peut encore repartir. Puis les médecins témoigneront de la filiale reconnaissance exprimée par les couples lors d'un accompagnent pour une démarche de Procréation Médicalement Assistée. Ce qui rappela à H. Salmicertains rituels d'affilation des sociétés kabyles et il avança pour l'hopital une fonction de "mausolée" à l'image de celui où, au Maghreb, les couples se rendent dans l'anonymat, solliciter l' intervention du « marabout » pour avoir un bébé. L'enfant né sera destiné à ce marabout, portera son nom et sera préservé de tout malheur. Enfin, N. Zajde choisit de nous montrer comment un état, au nom d'une idéologie toute puissante, peut décider de créer ses propres enfants : « au nom de la race » de M. Hillel et C. Henry ; à partir d'un documentaire d'époque ce film explique comment des jeunes filles, selectionnées selon les critères "de la race pure" acceptaient de concevoir un enfant avec un militaire de l'armée allemande. C'était l'expérience des lebensborn (fontaines de vie). Ce colloque était représentatif de la préoccupation épistémologique de l'ethnopsychiatrie : éloge d'une complémentarité éclectique et approfondie, aux confluents d'un corpus clinique théorique et d'un regard anthropologique pragmatique. « Il reste beaucoup de questions, il restera aussi des souvenirs. Ma tâche est de mettre des traces pour les souvenirs », nous dit T. Nathan pour conclure. Il adressa aussi un hommage aux patients qu'il croise et soigne en nous rappellant, professionnels et acteurs de santé mentale, que ce sont eux qui motivent nos recherches et nous apprennent l'essentiel. C'est pour ces patients qu'il nous mettra en garde de l'actualité saisissante du document « au nom de la race » : d'où viennent les enfants? parfois de la volonté d'un état qui choisit de fabriquer lui-même ses sujets. Aux thérapeutes l'impétueuse charge de toujours reconnaitre le migrant en tant qu'être de culture et de lui proposer un espace où celle-ci ne puisse être annihilée. Françoise Foucault
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