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Journées d'études nationales de l'Anecamsp, Le Puy-en-Velay, 17-18 octobre 1996.
Le sens des pratiques, tel était le sujet des journées d'études nationales de l'Anecamsp. Toute l'équipe du CAMSP de Versailles, séduite par les thèmes proposés, a manifesté le désir de participer à ces journées. En effet, nos interrogations, incertitudes quant au sens donné à notre pratique nous semblaient être là bien réunies. Porter ces questions sur " la place publique " était pour nous comme une reconnaissance de la difficulté de notre travail dans sa dimension émotionnelle ainsi qu'une autorisation à l'exprimer. Les moments de réflexion sur le lien théorie/pratique sont peu nombreux et nous n'avons voulu en aucun cas rater celui-ci. C'est une mise à distance nécessaire pour évaluer la qualité de notre travail.
Le déroulement des journées s'est articulé autour de séances plénières et d'ateliers entrecoupés de moments conviviaux.
Devant la diversité des points de vue exprimés (du psychosociologue au comédien en passant par le juriste, le philosophe, les parents, l'ethnologue, le médecin, l'historien...), nous ne relaterons que ce que notre mémoire a gardé, tout en nous inspirant de notes enregistrées au fil de notre attention flottante.
L'exposé de M. Stiker sur l'histoire de la I notion infirmité / handicap, nous a fait saisir son évolution subtile au sein de la société occidentale depuis le Moyen-Âge : l'enfant né difforme (être maléfique) est rejeté de l'espace social, puis frappé de mort pour être rendu aux Dieux. Il est ensuite reconnu comme venant des "limites du monde habité" (rôle de bouffon). On assiste alors à une surévaluation physique de l'handicap : il faut accueillir le plus pauvre et le plus démuni, on gagne ainsi son salut. Aux temps modernes (XVIe et XVIIe siècle) apparaît la notion de ségrégation : l'infirmité est assimilée à un désordre, et n'entre pas dans la réalité sociale. Il y a création d'espaces séparés avec pratiques d'assistance et d'éducation. Puis s'amorce l'ère de la " société assurantielle " : l'infirmité est mise sur le registre de l'accident (prise en charge par la collectivité). C'est l'avènement de l'éducation spécialisée avec une approche nouvelle de la notion d'handicap où l'idée maîtresse est de s'approcher au plus près de la norme. Stiker conclue à la nécessité d'un espace commun pour tous avec intervention de spécialistes auprès des personnes handicapées.
MM. Fayol et Rozenczveig, tous deux magistrats, ont abordé le thème du secret professionnel. Ils soulignent qu'il y a une impossibilité à en donner une définition strictement juridique, et insistent sur le fait que l' " élasticité " de l'application de la loi est à préserver, car elle garantit une certaine " humanité " à ceux qui décident et permet une adaptation propre à chaque situation.
Cette question du secret professionnel a permis de soulever différents points tels que le cadre dans lequel la parole des patients et de leur entourage est reprise pour approfondir notre travail et les limites de ce que l'on peut dire de l'intimité d'une personne au sein d'une institution et lors des échanges avec les structures accueillant l'enfant (écoles, crèches, etc.) ; les informations à mettre dans le dossier.
La responsabilité individuelle de chacun est plus particulièrement engagée dans cette question du secret professionnel.
Puis M. Alliod, sociologue, nous entraîne dans son questionnement sur l'intimité de l'être humain, " être inachevé ", succession de masques. Pas de surgissement authentique, il n'y a que des fictions. Nous traduisons ce traité du désespoir comme une mise en garde contre le fait que nous n'avons jamais fini de découvrir l'autre, qu'il ne faut pas se fier aux apparences et que l'être humain est éternellement inatteignable.
Quotidiennement confrontés à la souffrance, celle-ci résonne en nous et fait écho à notre propre histoire : tel était le thème d'un des six ateliers proposés lors de ces journées. Comment accepter ces émotions intenses ? Comment les gérer ? ? car le savoir seul ne suffit pas. Ces émotions ne doivent pas être une entrave à notre pratique mais des indices, des repères. Il faut d'abord les reconnaître, apprendre à les identifier, s'en servir comme outil de réflexion. Elles participent alors à un vrai travail relationnel avec l'enfant et sa famille. Cela exige une élaboration et une analyse de notre pratique afin de trouver la plus juste distance.
Deux parents sont intervenus pour témoigner l'un de son parcours douloureux, de l'annonce à l'acceptation du handicap, du combat mené jour après jour, l'autre nous relatant le travail de réflexion, d'échange au sein d'un groupe de parents (communication des résultats d'une enquête menée auprès des parents fréquentant l'établissement).
Tous deux ont signifié à travers des discours à la teneur radicalement différente, l'importance fondamentale des appuis qu'ils trouvent auprès des professionnels.
Moment d'émotion au théâtre municipal où nous assistons à une pièce " Suite à domicile " jouée par la troupe " Aujourd'hui ça s'appelle pas " composée d'enfants et d'adolescents autistes.
Tout au long de la pièce nous sommes en équilibre sur le fil ténu de ce qui est joué et de ce qui ne l'est pas : glissement imperceptible par une raideur inattendue, persévération d'un geste... jouent-ils la pièce ou leur réalité ? Passage incessant du joué au vécu.
Faire un acte théâtral, là, c'est littéralement jouer sa vie, c'est jouer de sa vie, c'est jouer avec sa vie " (Bruno Boussagol, metteur en scène). Inquiétude à se libérer des règles habituelles du jeu théâtral pour pénétrer dans un monde sans repères ?pas de texte, un cadre mouvant ? : plus de place pour l'interprétation. Émotion à recevoir cette expression mystérieuse, profonde (archaïque) et qui nous semble parfois douloureuse, et bouleverse notre sens de la conformité.
La confrontation quotidienne avec la douleur, la mort, l'inacceptable, interroge chaque professionnel des équipes d'action médico-sociale précoce et l'invite à méditer sur les finalités et les limites de son action, sur sa conception de l'homme, sur le sens de sa vie " (CAMSP du Puy).
La richesse des exposés, par leur diversité et leur originalité, nous a invités à cette méditation, et a confirmé combien le professionnel "sur le terrain" ne peut faire l'économie d'une réflexion pour replacer sa pratique dans son sens le plus signifiant pour l'enfant.
Cependant nous regrettons le peu d'interventions proches de nos expériences, et la formule des ateliers qui se sont transformés en mini-séances plénières ont conservé alors l'aspect de cours magistral qui n'incite pas à l'échange.
Sophie Abiet, Évelyne Arth, Élisabeth Pascual du Camsp de Versailles.
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