Page d'accueilCarnet Psy ?Nombreux ouvrages à découvrirLa mémoire de Carnet PsyLes deniers numéros de Carnet/PSYForums et ChatsUn livre, un auteurToutes les manifestations sur la Santé mentaleLa galerie de Carnet PsyDécouvrez de nouveaux sites sur la santé mentaleLe choix de Carnet PsyAbonnement, publicité, offres spéciales,...
AideÉcrivez-nous !Moteur de recherche et plan du site

Les sorcières font leur cinéma

Deuxièmes journées Tweedlediennes Ussel, Gimel, 25-26 Octobre 1996.

L'invasion a bien eu lieu. Assaillis par un tourbillon de sorcières, de génies, de démons, les écrans du Pays Vert ?La Corrèze pour les non initiés? furent embrasés par un feu d'artifice de raretés et de surprises. Première surprise et pas des moindres l'enthousiasme de très jeunes spectateurs particulièrement attentifs. Cent quarante paires d'yeux écarquillés dévorant ces films " préhistoriques " noirs et blancs pour la plupart, muets ou tout juste parlants : Zut chez les sorcières (1929), Aladin (1934), Betty Boop (1935) : dans l'euphorie du moment, ces psynéphiles enherbe nous ont même assuré que Dragon Ball Z n'arrivait pas à la cheville de ces sorcières profilées (Tom et ferry 1956), de ces génies à dégaine de batraciens (Aladin, 1904) de ces monstres drac?fumerolles.(1935). Manifestement, D.Collin, notre Eddy Mitchell tweedledien, a su les captiver. Plus proche de nous, le cinéma animé soviétique (1957) nous a subjugués par ses couleurs et son graphisme malgré la niaiserie du commentaire moralisateur et propagandiste. Quand au Chevalier Sans Tête (1935), il a fait hurler quelques âmes sensibles. Mais n'avions-nous pas rendez-vous avec la peur ? Et puis, ces effets spéciaux "ancestraux " véritables défis techniques pour nos arrières grands-parents continuent de produire un effet d'émerveillement même s'ils font aussi sourire.

Nous avons donc revisité l'histoire" par le petit bout de la lorgnette " comme se plan à le dire D.Collin, le prestidigitateur d'images. Entre autres lapins, il nous a sorti de son chapeau?projecteur des échantillons de Lanterne Magique. Devinez qui trônait au beau milieu de la Lanterne, sardonique, insolent ? Le diable en personne, bien sûr. Le Diable, statique d'abord, puis en mouvement grâce aux artifices de Robertson (1750). Serait-ce le signe d'un Pacte entre le Diable et l'Image ? Pacte en tout cas entre le rêve, la scène originaire et le 7e Art. "La scène animée, du rêve est devenu un art : la cinématographie. Le cinéma est un invention technique qui assouvit d'un coup une attente millénaire"nous dit Pascal Guignard.

Pétrifiés, nous le fûmes par la Méduse qui était aussi au rendez-vous et nos yeux de spectateurs avides ont parcouru des lieux et des années-lumière de la Méduse aux sorcières, des serpents aux balais, du trou de la serrure à l'objectif de la caméra. On voyage beaucoup dans un fauteuil de cinéma. Des sorcières, nous en avons vu : des jeunes, des belles, des mortes, (Masque du démon, 1960) des drôles, des coquettes (Ma femme est une sorcière, 1940), des amoureuses, des pulvérisées (Maciste en enfer), des vieilles, des laides, des démentes, des religieuses en sabbat érotique avec overdose de symboles (la Rose-film belge) .

Ce qui nous a le plus abasourdis, c'est cet inquiétant rapport entre l'Inquisiteur et la Sorcière, le prédateur et la proie. Cette fascination mutuelle, cette recherche jamais assouvie, ces assauts de sadisme et de masochisme (Jour de Colère, 1921, La sorcellerie à travers les âges, 1921). Partagés entre le rire et la stupeur et nous avons suivi de gré ou de force ces monstres inquisiteurs dans leur traque effrénée d'indices : les sorcières ne pleurent pas, elles ont de la poudre dans les cheveux, mangent des crapauds et des enfants, s'enduisent de crème magique pour voler. Il faut repérer sur leur corps nu et rasé, les zones insensibles, marques des griffes du démon, quitte à examiner ce corps millimètre par millimètre. Inutile de dire que ce film a été censuré, décrié, adulé, qu'il a séduit les surréalistes. Il se termine par un couplet hybride de psychiatrie et de psychanalyse sur l'hystérie, la cleptomanie et la double personnalité qui sent à la fois le souffre, Charcot, Freud, la morale judéo-chrétienne. Étrange mélange auquel Noiret a prêté sa voix longtemps après les bonimenteurs des premières salles de cinéma. Drôle de pièce à conviction, dont on ne sort pas indemne et qui en a fait bondir quelques uns dans la salle. Et ce ne sont pas les films ethnologiques qui nous ont remis d'aplomb, Cinq dans les yeux du Diable nous propose une autre représentation des maléfices de la féminité. Le mal vient des femmes, çà, tout le monde le sait depuis Ève ; mais il peut aussi être ôté par les femmes qui le rejettent à la mer ? belle métaphore ? En prime, la scène d'emmaillotage très serré des bébés qui a rappelé à certains d'entre nous le packing. De la transe des films ethnologiques aux scènes d'hystérie collective des couvents en commerce avec le démon, quelle est donc cette question insistante qui a justifié ces exterminations organisées, ces délations en série, ces procès politiques déguisés. En Europe, pas moins de huit millions de victimes en deux siècles !

Selon les démonoloques, le XVe siècle fut le" siècle de la femme", siècle de sexualité anarchique, de pêché, d'épidémies, de stérilité, d'avortements, d'amour extra?conjugal. La sorcière cristallise effroi et érotisme. Chaque sorcière brûlée est une tentative pour éteindre un feu que nul ne peut éteindre (Jour de Colère, 1921). Dans Psynéphile n°0 (tirage limité) D.Collin décrit les réactions au film de Christensen. La plus édifiante est celle du clergé qui nie l'Inquisition !

Dans Munchaüsen (1943) fleuron du cinéma nazi, deux acteurs fétiches du cinéma allemand pourtant notoirement anti-nazis, détestés de Goebbels, incarnent Cagliostro et le baron de Crack. Tous les espoirs ne seraient donc as perdus ? Méditons au passage cette elle phrase de Sortilège (1944) : "pour soigner les gens, il faut les connaître, pour les guérir, il faut les aimer". Scénario de Prévert. Et si tout de même; c'était une question à la médecine ? On n'est pas si loin de T.Nathan (Pouvoir de sorcier, Pouvoir de médecin) et de ses reproches à la recherche scientifique et à la médecine occidentale qui se contenteraient de vouloir imposer leur monde, plutôt que de chercher à découvrir la multiplicité des univers. Toutes ces questions étaient en germe et furent un peu mais pas suffisamment débattues. L'image sidère...

À Ussel et à Gimel, nous nous sommes trouvés le temps d'un week-end, à la croisée de bien des mondes : celui des images, celui des Metzes (du latin médicus) car Gimel est un lieu de guérisseurs. Magie de ces paysages déchiquetés qui ont fasciné Georges Sand, Abel Hugo, Gaston Vuillier; magie du fracas des cascades. Magie des notes et des voix : aubades des étudiants venus nous régaler de leur inventions musicales et culinaires. Mixtures et breuvages faits maison, riche assemblée haute en couleur, coiffée de végétaux, déguisée, grimée. Car le maquilleur du Diable boiteux était là et nous a proposé ses services. La dame bleue de Freysseline en personne trônait étalement parmi nous. C'est d'ailleurs elle qui fut" "préposée aux citrouilles" , accompagnée du réalisateur de ce film régional.

Quant au concours improvisé de balais magiques, ce fut l'œuvre d'un de nos facétieux participants, d'autant plus applaudie que c'est le numéro treize qui a gagné un baptême de l'air au-dessus des cascades, à la lueur des sept citrouilles allumées, dans la clarté laiteuse de la pleine lune. Tout y était, même les clichés et aussi les croquis pris sur le vif de P Sadoul. Il n'y a pas qu'à Annecy qu'on prend des risques. Les nôtres étaient moins officiels mais nous ont donné envie d'en reprendre. Et nous nous sommes fixés rendez-vous l'an prochain, même époque à Brive et à Ussel avec le Double au Cinéma.

On en rêve déjà !

Anne-Marie Vaillant, Pierre Sadoul, Éric Lefort

 

 

 

 

 

 

 

© Carnet Psy. Tous droits réservés.