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Les vendanges de Monsieur Bébé

Bordeaux, septembre 1997.

Un épais brouillard d’automne entourait les vignes. Les grappes étaient belles et serrées. Des vendanges prometteuses pour élever un vin digne d’une fin de siècle. Au-delà des brumes girondines s’estompant sous un soleil estival, il y avait les vendangeurs; et quels vendangeurs!

Plus de 40 et tous d’une dextérité remarquable que les 800 congressistes surent apprécier, ils présentaient des fruits tous plus beaux les uns que les autres. Il faut dire que P. Ben Soussan et l’Arane avaient particulièrement bien fait les choses, alliant qualité et simplicité. Les choses en question commencèrent très fort dès la première matinée. T. Berry Brazelton ouvrit le bal et avec force mimiques et tant de gentillesse, sut mettre la salle dans sa poche. Encore une fois, il alla chercher le bébé qui est en lui, pour nous mimer au plus juste le comportement du bébé. Mais il était surtout venu nous rappeler que l’echelle de Brazelton (NBAS) n’a toujours pas une validité pronostique quant aux résultats à venir de la cognitivité, la motricité et la personnalité du bébé. A son grand regret car “si le comportement du bébé est prévisible, il est fort probable que le parent s’en occupera comme il faut” dit Brazelton! C’est une donnée que nous avons beaucoup entendue tout au long de ce colloque. Valoriser les compétences du nourrisson et permettre aux parents et aux grands-parents d’être valorisés.

B. Cramer fit bien une tentative lui aussi pour imiter les premiers pleurs du chérubin mais il ne put réellement concurrencer Brazelton sur ce terrain. D’ailleurs, l’enjeu n’était pas vraiment là. B. Cramer, B. Cyrulnik et A. Guedeney avaient autre chose à nous dire. Ils avaient choisi de nous parler de la mise en place des liens! Il fallut bien sûr poser le cadre de référence conceptuel dans lequel s’effectue la mise en place des liens et annoncer quelques références théoriques car “le bébé ne nous révèle pas ses motivations”.

C’est tout l’apport de Bowlby qui était là en filigrane. La théorie de l’attachement se base sur un besoin primaire non réductible qui pourrait s’opposer à la vision psychanalytique qui soutient que la relation est secondaire, étayée qu’elle est sur l’expérience de gratification pulsionnelle ou d’évitement d’angoisse.

Point de divergence très important que reprit Stern dans son intervention poussant ainsi chacun dans ses retranchements. A. Guedeney et B.Cramer, après avoir resitué le travail d’Ainsworth et de M. Main développèrent l’un comme l’autre l’importance de l’intergénérationnel dans la mise en place du lien et de l’attachement, repoussant ainsi l’importance du trauma vers les représentations. Pour B.Cramer, ce glissement effectué par M.Main vers le transgénérationnel lui permet d’évaluer le moment comme suffisamment fécond pour permettre l’interpénétration de données subjectives (représentations) et objectives (théorie de l’attachement).

A. Guedeney pointa du doigt l’importance des grands-parents derrière la relation parents-bébé et pour le thérapeute la question de l’alliance thérapeutique “comment être au plus près de ce que la famille peut supporter?”. Il conclut sur le fait que l’interaction n’était pas simplement une sommation d’événements matériels sensibles, qu’il fallait y inclure la dimension intrapsychique du monde fantasmatique, parental et infantile. C’est précisément ce sur quoi D. Stern avait choisi de rebondir. Après nous avoir démontré la très grande finesse de sa clinique, il en vint à poser la question de la place de la psychanalyse du nourrisson faisant remarquer que l’on confondait trop souvent “les thérapies mère-enfant avec des thérapies pour des mères qui ont des bébés à problèmes mais où le bébé est laissé de côté”. Alors bien sûr, il y eut des remous dans la salle lorsqu’il dit “que la psychanalyse parents-enfants n’était pas très réussie”. On entendit aussi quelques voix monter du fond quand D. Stern reprocha le placage de la psychanalyse classique sur la psychanalyse du bébé, et qu’en fait cette dernière était encore à inventer et qu’il fallait changer de références théoriques. Mais les vins du Libournais “coulant à flot” pendant une soirée de gala très agréable permirent de remettre tout le monde d’accord.

D’accord, tout le monde l’avait été pour reconnaître la grande qualité de l’exposé de S. Missonnier si bien servi par un style léger et précis mais aussi, si bien illustré par un cas clinique qui lui permit de pousser en avant quelques éléments théoriques importants autour de l’angoisse ; il n’y a pas que de l’angoisse destructrice !

On peut regretter que quelques uns des intervenants, tellement pressés par le dieu Chronos, durent sauter un paragraphe sur deux, pour d’autres ce fut un mot sur deux, pour d’autres encore comme M. David, elle ne put carrément pas terminer son intervention. Nous aurions apprécié de prendre un peu plus de temps pour écouter tranquillement M.-R. Moro et les autres. Mais que Patrick Ben Soussan de souvienne de l’histoire des trois messes de Noël que raconta si bien A. Daudet, et qu’il ne soit pas étonné, si lui aussi, est condamné au moment du jugement dernier à nous laisser écouter tous les ans, au moment des vendanges, les chants des vendangeurs, cette fois, ininterrompu.

Bernard Londureau

 

 

 

 

 

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