![]() |
||
|
|
![]() |
Cinquième congrès de lAssociation européenne de soins palliatifs |
|
|
10-13 septembre 1997, Barbican Center, Londres. Si limportance dun événement est à la mesure de ce quil donne à penser alors on peut dire que le 5 eme congres de lAssociation Européenne des Soins Palliatifs était fort appréciable. Nous vous proposons de partager quelques unes de nos réflexions. Près de deux mille personnes, médecins, infirmières, psychologues, sociologues, philosophes, thanatologues, théologiens, écrivains venus de tous les coins du continent y compris des pays de lEurope de lEst étaient réunis autour du thème de la représentation de la mort dans le monde moderne. Quelles que soient les différences culturelles des participants, lampleur du mouvement des soins palliatifs est la traduction du changement appelé « la mort post-moderne ». Comparée à la mort traditionnelle (en famille) et à la « mort médicalisée » (à lhôpital général), la mort dite « post-moderne » (en services spécialisés des soins palliatifs) a les caractéristiques conjuguant le traditionalisme et le modernisme :
Les différences culturelles des modes de soins palliatifs ont été largement représentées avec deux pôles dominants : lEurope du Nord et lEurope du Sud. Si dans lapproche dite anglo-saxonne, laccent a été mis sur lautonomie des malades en fin de vie, dans lapproche latine, lintérêt a plutôt été porté sur les aspects existentiel, caritatif et humanitaire, surtout sur le principe daccompagnement des malades. En Europe du Nord, les principes de lorganisation des services des soins palliatifs sont la primauté de lindividu avec le respect des droits de lhomme, de la justice, de la loyauté, des choix des malades et leur responsabilisation vis-à-vis des décisions à prendre. Par contre en Europe du Sud, ce sont les droits pour lhomme et non pas les droits de lhomme; le partage du sens de la mort avec les malades, la prudence quant à leur autonomie, les relations de confiance entre le soignant et le soigné et « lautonomie partagée » sont considérés comme des principes importants dans lorganisation des Services. Lun des points communs des deux approches a été la reconnaissance de limportance des aspects psychologiques des soins palliatifs. Ainsi, « lacharnement thérapeutique », phénomène évoqué par les représentants des deux Europe a été expliqué, dans la majorité des cas, par le fait que les relations soignant-malade et léquipe-famille ne sont plus maîtrisables. Les questions quon peut se poser à propos des approches des soins palliatifs concernent surtout le sida. Or les thérapies actuelles augmentant lespérance de vie des malades, mettent en cause plusieurs principes et attitudes dans les soins palliatifs, notamment le travail de deuil chez les malades et le style de soutien psychologique. Le fait que certains aspects des soins palliatifs des malades du sida échappent à lanalyse peut sexpliquer par deux raisons. Dune part, les nouvelles thérapies étant des découvertes récentes, il est encore difficile dévaluer leur efficacité à long terme. Dautre part, nous avons pu constater une réticence certaine des chercheurs et des cliniciens quant à lintégration du sida dans lanalyse globale des questions sur la mort. Bien que la présence et les contributions écrites des psychologues (et aussi des psychiatres et des psychanalystes) pourraient être plus importantes, les aspects psychologiques des soins en fin de vie ont été au centre des discussions. Ils étaient évoqués par des médecins dont le penchant pour la surestimation du rôle de la dimension médicale et lapproche médicamenteuse est connu ce qui est en soi une évolution prometteuse. La simple énumération des thèmes abordés confirme lintérêt pour la dimension psychologique des soins palliatifs : le soutien et la formation psychologiques des soignants de différents échelons, la communication au sein des équipes de soin, le travail de deuil avec les familles et les proches, le patient dit difficile et son « rôle » dans le « clivage » des équipes, la psychopathologie des malades, la circulation des affects dans la relation soignant-soigné, les psychothérapies des malades, le versant psychologique des problèmes éthiques et spirituels de la mort. Nous considérons important de souligner ici notre sentiment dopacité, de difficulté de saisir, sil sagissait des problèmes du malade ou bien de ceux des soignants, lors des communications concernant les thèmes du deuil, de lacceptation de la mort, des relations avec les familles, du choix des valeurs et beaucoup dautres. La confrontation à lexpérience de la mort imminente met le soignant et le malade en face de questionnement du même ordre et réactive une panoplie daffects : langoisse de mourir, la culpabilité de lultime séparation, la honte de la maladie, le sentiment dextase, etc. Cette contiguïté affective traduit, semble-t-il, un état desprit intimiste général dans les soins palliatifs, propice à linstallation de relations trop étanches, une espèce de fusion imaginaire entre le soignant et le malade. Ce problème nous paraît capital puisque ces relations entraînent les ruptures de la communication, les non-dit, le fonctionnement opératoire. Cest lune des réponses au pourquoi les analyses concernant lautonomie des malades piétinent encore. Malgré lampleur des sujets débattus, lanalyse du rôle et des fonctions du psychologue est restée quelque chose de très vague. Ces fonctions varient de la passation des tests psychométriques aux psychothérapies brèves allant jusquà la formation psychologique des soignants suivant la qualification et les options personnelles des psychologues plutôt que les opportunités de soins. Nous considérons que lun des rôles des psychologues dans les services de soins palliatifs est dassister et daccompagner la relation soignant-malade afin daider lun et lautre à accéder à leurs propres problèmes désavoués, conflits refoulés, souffrances cachées. Une place considérable a été attribuée à lévolution du vécu affectif des soignants. Elle constitue, incontestablement, un phénomène majeur des soins des malades en fin de vie. Toutefois, ce qui a été évacué, si ce nest refoulé lors des débats, cest la persistance de lambivalence affective des soignants. Les thèmes de la tendresse et de lamour pour le malade, de la profondeur de lintimité des relations et de dévouement professionnel exprimaient souvent une romantisation de la mort et une idéalisation de la rencontre avec les malades en fin de vie comme la plus enrichissante pour le soignant. La nécessité de la formation et/ou du soutien psychologique des équipes, des professionnels de la santé de tous les échelons, des bénévoles et même des proches des malades a été largement reconnue pendant le congrès. Les uns ont mis en lumière la nécessité dune évolution personnelle, dune ouverture profonde de ses sentiments pour pouvoir travailler dans ces services. Les autres se sont focalisés plus traditionnellement sur les besoins cathartiques des soignants suite à leur épuisement professionnel. Il est intéressant de constater les contrastes culturels dans la mise en valeur de la dimension psychologique de la formation. La différence dapproche sorganise autour de deux tendances :
Les objectifs et le contenu des programmes de la formation sont très variables. Par exemple, dans la plupart des contributions de langue anglaise la formation psychologique est présentée comme lentraînement des compétences de communication avec les malades ou leurs proches pour faire diminuer le sentiment dimpuissance des soignants. Une palette de projets dateliers psychologiques destinés à mieux développer les compétences psychologiques dans les situations typiques est alors proposée. Certains auteurs ont mis en évidence linsuffisance de la formation psychologique préalable au travail sur le terrain et la faible efficacité de la formation psychologique extra-muros suivie au cours du travail. Lévaluation de lefficacité de certains programmes révèle que leur impact sur le changement des attitudes peut rester sensible durant deux ans, tandis que lefficacité dautres programmes nest plus repérable après deux mois. Le suivi psychologique des équipes sur le terrain est proposé le plus souvent comme la réponse la plus appropriée. Reste la question des méthodes et des techniques à utiliser. La formule intra-muros de la formation psychologique basée sur lapport psychanalytique est la mieux adaptée aux demandes des soignants des services spécialisés où les difficultés de la communication en équipe se recoupent avec des problèmes de lécoute des malades. Pour que la communication entre les soignants ne soit pas le triste révélateurs dun clivage épuisant, de conflits répétitifs et de malentendus déchirants, la formation psychologique doit viser deux volets de compétence des soignants. En premier lieu, il sagit de la capacité de reconnaître, dans une démarche didentification, la ressemblance de ses propres affects avec ceux éprouvés par des malades. Cependant, l écoute des malades ne se réduit pas à cette sensibilité affective : la compassion est nécessaire mais pas suffisante pour écouter lautre. Le deuxième volet de la capacité découter est la mise en exergue de la subtile différence entre une introjection, projetée à lintérieur du malade et une autre qui en serait préalable. Cette dissemblance des introjects perçue comme étrange ou hétéroclite, est au coeur de la compétence découter. La capacité de collationner deux perceptions internes : celle de lautre réel (du côté du malade) et celle du propre imaginaire (du côté du soi historié) assure une communication plus efficace au sein de léquipe. Valentina Vlas et Valery Maximenko
© Carnet Psy. Tous droits réservés. |