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Deuxième journée de psychopathologie périnatale

22 novembre 1997, Paris.

La deuxième journée du Centre d’étude du vivant et du Laboratoire de psychopathologie fondamentale et psychanalyse (Paris VII) s’est ouverte dans les brumes de novembre sur un terrain de découverte, la psychopathologie périnatale, des premisses de la naissance au jeu triadique précoce. Deux modes de pensée différents et néanmoins complémentaires, celui de Monique Bydlowski, psychanalyste e, maternité (Inserm, Paris VII) et celui d’Elisabeth Fivaz, clinicienne éthologue et thérapeute familiale (Faculté de Médecine de Lausanne), les ont conduit sur les voies d’exploration de recherche chez la femme enceinte et de la relation précoce parents-nourrissons. Une telle approche laisse à l’auditeur l’impression de découvrir la naissance d’une nouvelle clinique. A la pédopsychiatrie périnatale s’ajoute donc le maillon manquant de la pédopsychiatrie prénatale.

Le travail en maternité représente un long parcours pour l’auteur de La dette de vie (compte rendu dans Carnet Psy n°34), souvent mouvementé puisque soumis aux cyclones et aux lames de fond du fonctionnement institutionnel. Seul l’oeil du cyclone lui permet de proposer un temps d’accalmie, celui des entretiens avec les parturientes et d’ajuster sa perspective grâce au temps de la réflexion. En effet, contrairement à ce qu’on pense souvent, la maternité n’est pas une période paisible, pas plus que l’hôpital où l’on accouche soumis aux tourmentes de l’urgence. L’irruption de la vie cotoye souvent le danger de la mort, les progrès techniques ne mettent pas à l’abri des handicaps et des pertes; la transmission de la vie s’accompagne de l’emergence des événements du passé, de l’héritage des ancêtres et des ascendants, du poids du social; la temporalité lente des neuf mois de la grossesse contraste singulièrement avec la rapidité de l’accouchement; l’illusion trompeuse de contrôler les naissances semble s’opposer à la fréquente difficulté à enfanter. Bernard Golse évoquait la nécessité pour le psychanalyste d’une position éthique où le travail portant sur sur la psychopathologie quotidienne est associé à un certain retrait, un risque au milieu des somaticiens, un”masochisme professionnel fécond”.

Opposée à la mère archaïque toute puissante, effrayante des fantasmes, une autre figure apparaît chez les mères, moins triomphante : “Derrière la mère de la phase oedipienne, se dessinerait une représentation maternelle originaire dont l’aptitude au renoncement serait un attribut essentiel; Mère originaire, véritable Urmutter suffisamment faible dont la représentation inconsciente fonctionnerait tout naturellement chez celles qui développent des maternités harmonieuses. Par contre, est amatride, celle à laquelle manque la représentation de cette mère originaire faible. Ce manque fait obstacle à sa capacité de transmettre la vie”. Assumer la perte, y compris celle de l’enfant semble bien aux yeux des participants de la table ronde un des enjeux de la transmission de la vie. Le Pr Channi Kumar (Université de Londres) concluait à l’intérêt de poursuivre le travail déjà accompli en psychopathologie parallèlement à cette perspective de la naissance normale, un chemin déjà ouvert par P.-C. Racamier.

La relation s’instaurant à la naissance entre un nourrisson et ses parents s’apparente à l’énamoration, à la passion, au coup de foudre. Or, pour Elisabeth Fivaz, les prémisses de l’attachement se constituent dès la grossesse se nourrissant de la dynamique et du dialogue du couple. Après la naissance, elle retrouve ces comportements parentaux grâce au dispositif du jeu triadique dont le but est d’entrer en communication affective dans le cadre de ce triangle primaire. Les questions sont les suivantes pour l’évaluation d’une alliance entre les trois partenaires : est-ce que le père, la mère et le nourrisson sont inclus dans le jeu? Est-ce que chacun joue son rôle? Est-ce que tous suivent le jeu? Est-ce qu’ils sont tous en communication? La technique permet aux parents qui regardent la vidéo avec le chercheur de mieux se situer dans la configuration familiale et aux cliniciens d’apprendre à regarder plus finement la dynamique de cette triadification. Ce travail de recherche a déjà trouvé un champ d’application avec les mères déprimées et s’avère prometteur au regard du champ des interactions fantasmatiques.

Claire Squires

 

 

 

 

 

 

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