Page d'accueilCarnet Psy ?Nombreux ouvrages à découvrirLa mémoire de Carnet PsyLes deniers numéros de Carnet/PSYForums et ChatsUn livre, un auteurToutes les manifestations sur la Santé mentaleLa galerie de Carnet PsyDécouvrez de nouveaux sites sur la santé mentaleLe choix de Carnet PsyAbonnement, publicité, offres spéciales,...
AideÉcrivez-nous !Moteur de recherche et plan du site

Nés avec la télé

26es journées scientifiques du COPES, 14 mars 1998, Paris.

La 26ème Journée scientifique, organisée par M. Soulé, M. Rufo et B. Golse s’intitulait : “Nés avec la télé”. Intitulé ambitieux que celui qui se propose d’essayer de comprendre ce que la télé a changé dans le comportement des enfants et ce que les équipes médico-psychologiques doivent en savoir.

Tout commença avec C. Laydu (le papa de nounours)! Ca sentait bon la nostalgie, Pimprenelle et Nicolas, l’ORTF, nounours et le marchand de sable... Beaucoup d’émotions ! On a tout su des “dessous” de nounours; on a “vu la voix et on a apprit avec tristesse que nounours était désormais parti aux USA.

Nostalgie encore avec la retrospective des émissions “culte” allant de Thierry la Fronde à Pollux; un Thierry la Fronde en qui M. Rufo se reconnut bien vite. Aussi S. Tisseron jugea opportun de tout expliquer à propos de l’identification aux images. Rappelant le concept d’introjection, il précisa à partir de là que l’enfant n’était en fait pas seul avec la télé, mais qu’il était seul avec l’ensemble des images qui sont à l’intérieur de lui et qui font lien avec les autres. L’enfant seul symbolise seul! Aussi précisa-t-il l’importance de reparler des images avec lui, d’autant que l’enfant moyen (celui des statistiques) passe 1 heure 36 devant la télé les jours d’école et 2 heures 20 le mercredi. Le week-end, l’enfant moyen se satisfait de 2 heures 09 de télé. Nous fûmes rassurés en apprenant que le temps télévisuel ne cessait de diminuer depuis 5 ans; d’autant que Tonino Benaquista qui a écrit plus de pages qu’il n’en a lu, trop occupé qu’il était à regarder la télé, la raconte maintenant à travers ses romans, “La comedia des ratés” ou “La madone des sleepings”. Il évoqua avec beaucoup d’éloquence comment la télé pouvait rythmer la vie quotidienne, les recettes de cuisine les plus traditionnelles ou même faire fonction d’objet fétiche dans les relations amoureuses.

En fait, c’est là aussi une question de représentation interne sur quoi P. Lafforgue revint, ce qui lui permit d’insister sur la nécessité de structurer l’enfant pour lui permettre d’être un télespectateur normal. En cela rien de tel que le conte de tradition populaire pour constituer un prêt-à-porter structurant! “Petit Poucet deviendra grand”. C’est l’établissement indispensable de repères primordiaux qui évitera d’être perdu face aux fonctionnements normaux.

Nés avec la télé, impliquait aussi d’observer les bébés dans leurs comportements face à la télévision. Différentes études furent présentées par G. Fava ou D. Wolton. L’interaction n’est plus dyadique mais triadique à partir du moment où la télé modifie le comportement du nourrisson. Il reste à évaluer l’investissement que peut avoir la mère pour son bébé lorsqu’elle est face à la télé. Comment va faire le bébé pour intéresser, hors télévision, une mère télécentrée? Quelques évaluations permettent d’énoncer que plus le nourrisson est jeune et plus la mère regarde la télévision. C’est bien une question de tiers qui se pose quand le bébé s’arrête de boire son biberon lorsqu’on éteint la télé et reprend la tétée lorsqu’on allume à nouveau l’appareil.

Les thérapeutes se trouvent face à une nouvelle génération de symptômes, les symptômes télévisuels! Apparaître à la télévision est un signe de considération, aussi nommer son enfant du nom de son héros favori renvoie d’une certaine façon à être considéré et admiré. Paul Denis développa cette question ainsi que celle de la construction et du pouvoir de l’image ; tout en sachant que l’image télévisuelle n’est ni maîtrisable, ni contrôlable par le téléspectateur, tant dans le temps chronologique que dans le temps psychique.

En fait l’image n’est pas un objet transitionnel car elle n’est pas investie mais perdue. C’est ce qui amène à l’apauvrissement du système interne s’il n’y a pas une parole pour l’accompagner et enrichir les représentations.

Bernard Landureau

 

 

 

 

 

 

© Carnet Psy. Tous droits réservés.