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Colloque du Collège de Psychanalyse groupale et familiale, Anorexie et boulimie, 2-4 octobre 1998, Paris.
Ce colloque consacré à lanorexie et la boulimie a présenté les développements théoriques récents et a abordé la clinique par une réflexion approfondie à partir de présentations de traitements psychanalytiques familiaux de personnes souffrant de Troubles de Conduites Alimentaires (TCA). Les interrogations soulevées étaient de plusieurs ordres comme par exemple la question de la spécificité de lorganisation psychique défensive de TCA, lâge de survenue des troubles le plus souvent à ladolescence , la place des familles tant pour lorigine des troubles que pour leur résolution et, évidemment, la question du rôle de la psychanalyse dans les traitements.
Simone Decobert a ouvert le congrès avec un magistral historique de lanorexie. Il y a dans lanorexie une sorte de fascination romantique et paradoxale qui peut nous faire penser au thème "la jeune fille et la mort", où nous percevons le lien entre limage, le désir, la séduction, la sexualité et la mort. Pour S. Decobert, lanorexie est une maladie scandaleuse où lorganisation psychique des patients est tournée vers la mort qui na cependant été ni désirée ni entrevue par eux. Pour survivre, Eros est mis au service dun plaisir perverti qui consiste à sopposer à une fonction vitale, le nourrissage. Le T.C.A. est une solution adaptative qui se transforme rapidement en piège pour reprendre le terme de Ph. Jeammet. Ce nest pas le seul paradoxe de la situation qui dintrapsychique sétend à linterrelationnel, cest à dire au familial. Cest peut-être ce scandale du dérèglement de la pulsion de vie dans son point le plus primaire qui fait quon sest très tôt préoccupé de lentourage des anorexiques avec les traitements familiaux systémiques et psychanalytiques. Les mères se sont alors retrouvées propulsées au premier plan à leur corps défendant. Elles assurent le premier nourrissage, puis étayent ce besoin vital. Qua-t-il donc pu se passer dans la relation lorsque ladolescent dérive vers lanorexie ou la boulimie ? Quen est-il de la part du père ? Comment ldipe sorganise-t-il ou plutôt se dissimule-t-il alors que le corps sexué est apparemment massivement dénié ? Autant de questions débattues dans ces journées.
En se référant entre autre à Hilde Bruch les différents intervenants ont analysé le décalage qui peut sétablir dans certaines situations où les besoins du nourrisson ne seraient pas compris par la mère qui ne répondrait alors quen fonction de ses propres besoins et interdits. Ce décalage deviendrait parfois tel quil produirait une perte des limites du moi proche de la psychose. La solution défensive qui soffrirait ou simposerait à lenfant puis et surtout à ladolescent serait de sopposer à la nourriture pour en quelque sorte excorporer la mère vécue dans une relation dempiétement. Cest le paradoxe de pseudo-autonomisation sur lequel il a été beaucoup dit et écrit. Sous la fonction alimentaire, il y aurait un conflit au niveau du moi qui, comme nous la rappelé S. Decobert est dessence corporel. Quand un traitement se centre exclusivement sur le nourrissage, le gavage, etc., il rate la dimension identitaire dans ses fondements puis dans ses remaniements, en particulier à ladolescence.
Ce point de vue a toute son importance pour les traitements individuels où le psychothérapeute se rend vite compte que le "nourrissage" dinterprétations aussi justes que riches ne sont souvent pas supportables pour la patiente. Comme la souligné Jeanne Defontaine, le thérapeute ne peut pas rester sans interpréter et cest bien là toute la difficulté de ces traitements. Il y a un équilibre délicat à construire entre une attitude découte qui peut être vécue comme une insurmontable frustration et une attitude "active" qui réveille le sentiment dintrusion. Le vécu contre-transférentiel est là directement et rudement mis en avant scène. Bien quil nait à ma connaissance jamais parlé danorexiques, Harold Searles nous a livré des réflexions précieuses sur ces vécus de contre-transfert.
Pour ma part, les questions relatives à lexportation du modèle psychanalytique du divan à la famille restent ouvertes. On peut par exemple se demander comment il est possible de travailler les imagos, les parents internes en présence de la famille réelle. Cest peut-être en suivant Ph. Jeammet qui affirme que chez les anorexiques il y a surinvestissement et même addiction au percept au détriment de linvestissement du monde interne que lon comprend mieux la nécessité dun cadre plus étayant. Le psychodrame analytique a aussi été pensé dans cette visée. La valeur dune élaboration de la dynamique transfert /contre-transfert dans un traitement psychothérapeutique familial paraît par contre indiscutable. Cest ce que les organisateurs de ce congrès ont démontré avec succès.
Mark Geyer
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