Page d'accueilCarnet Psy ?Nombreux ouvrages à découvrirLa mémoire de Carnet PsyLes deniers numéros de Carnet/PSYForums et ChatsUn livre, un auteurToutes les manifestations sur la Santé mentaleLa galerie de Carnet PsyDécouvrez de nouveaux sites sur la santé mentaleLe choix de Carnet PsyAbonnement, publicité, offres spéciales,...
AideÉcrivez-nous !Moteur de recherche et plan du site

Les Procréations Médicalement Assistées

Les Procréations Médicalement Assistées, “20 ans après!”- Les limites de la liberté face à la bioéthique, Gypsy, 11-12 septembre 1998, Paris

Le 3ème colloque GYPSY, organisé par R. Frydman, B. Koeppel et M. Flis-Trèves, avait un thème "dumasien" : "Les PMA- 20 ans après". Thème de cape et d'épée s'il en est, les duels n'y ont pas manqué, ni surtout l'insistante dualité psychique propre aux dialogues transdisciplinaires et aux questions éthiques: dualité soma/psyché, parent/enfant, désir/plaisir, présent/avenir, inconscient/conscient... Toute la complexité technique et surtout psychique de ces nouveaux modes de procréation et donc de parentalisation a été abordée, discutée, élaborée.

F. Olivennes (gynéco-obstétricien) a retracé les grandes étapes des PMA, des premiers travaux sur l'animal dans les années 30 à la congélation des ovocytes aboutissant à la naissance d'un enfant en 1996, en passant par Louise Brown et Amandine. Cette journée, consacrée à la clinique et aux questions qui naissent de l'écoute des couples, fut bien marquée d'emblée par une dualité: celle de la parole entendue et comprise comme telle, et celle de l'inconscient, du désir inconscient, et de ce qu'il est possible d'en percevoir et d'en transmettre.

M. Chevret-Masson (psychiatre sexologue) a magistralement posé le problème du devenir de la sexualité de ces hommes et femmes, lorsqu'elle est happée dans le contexte de la PMA : qu'est-ce que le désir lorsqu'il devient "il faut", qu'est-ce que le renversement du tabou de la masturbation lorsqu'elle devient obligatoire, et finalement quel est le destin de l'érotisme lorsque la procréation est scientifiquement détachée des rapports sexuels? Des études rigoureuse montreraient que la sexualité des couples en PMA "va bien" : mais que sait-on de la sexualité lorsqu'elle est dite en termes de fréquence de rapports sexuels, et de contentement exprimé sur une échelle de 5 items ?

Avec ou sans rapports sexuels, avec ou sans plaisir, la technique permet d'obtenir un embryon; encore faut-il parfois un don de sperme. B. Koeppel nous a fait partager son expérience des bouleversements psychiques vécus par les hommes: passage du désespoir à l'espoir, la réparation narcissique, mais aussi le mouvement de balancier de l'angoisse et de la culpabilité soudain projetées sur la femme, puisqu'en cas d'échec, c'est désormais "elle qui en est la cause". Que dire du risque de scotomisation d'un autre mouvement de balancier, d'un autre remaniement: car il faut sans doute que l'homme, en passant de l'IAD à l'ICSI (injection intra-cytoplasmique de spermatozoïde), fasse alors un second deuil, en apparence plus paradoxal, celui de son infertilité, afin de s'adapter à cette nouvelle technique. Ce nouveau bouleversement est sans aucun doute possible, encore faut-il ne pas être aveuglé par un succès technique, et laisser la place comme le temps à cette nouvelle élaboration.

Et voilà qu'il ne suffit pas d'obtenir un embryon! Avant même sa réimplantation, il devient possiblement sujet d'une nouvelle technique, exposée par A. Munnich (généticien) : le Diagnostic Pré-Implantatoire ou DPI. Cette pratique, autorisée dans de nombreux pays, n'existait pas jusqu'alors en France, du fait d'un vide juridique (qui interdisait de fait les travaux sur l'embryon). Cette technique est réservée à des situations cliniques bien particulières, celle des familles où existe une maladie génétique repérée, et où le diagnostic de cette maladie est possible à partir d'une ou deux cellules embryonnaires.

S. Stoleru (psychiatre) et N. Le Mer (psychologue) ont repris l'ancienne question de la possible "influence des facteurs psychologiques sur les résultats des tentatives de fécondation in vitro", en tentant d'y apporter une preuve scientifique: nouveau duel, nouvelle dualité entre un résultat obtenu avec une méthodologie scientifique irréprochable (oui, l'anxiété mesurée au moment de la ponction ovocytaire prédit bien quelque chose de la réussite ultérieure de l'implantation embryonnaire) et le conflit toujours actuel de "Que mesure-t-on de l'anxiété, de l'harmonie conjugale et même du désir d'enfant", lorsqu'on n'en considère que les éléments du discours conscient, sans prendre en compte ses aspects inconscients?

M. Bydlowski (Inserm, Paris) nous a fait partager sa réflexion sur les racines de ce désir d'enfant, dans la toute première relation de la fille à sa mère, l'idendification à cette mère et ce qu'il en advient après le bouleversement oedipien. Pour M. Bydlowski, ce n'est qu'en retrouvant l'identification à la "mère d'antan, celle d'avant l'Oedipe", celle envers laquelle persiste un sentiment de gratitude ("la dette de vie") que la fille pourra à son tour devenir mère.

Pour S. Faure-Pragier (psychanalyste), qui retrace vingt ans de son écoute clinique de femmes consultant dans le cadre d'une PMA, la faille de la configuration oedipienne est souvent au coeur de la problématique de l'infertilité (ce qu'elle nomme "inconception"), associée à un échec de la séparation psychique et symbolique mère-enfant et à une impossible identification à une mère non-désirante de son conjoint.

Après les médias et les législateurs, ce sont finalement les scientifiques qui ont conclu sur le sujet très actuel du "statut de l'embryon". A. Kahn (Directeur de l'Unité Inserm 129. Paris) a fondé sa pensée de la question sur la vision kantienne de la spécificité humaine (l'être humain étant une fin en soi et jamais un moyen pour quoi que ce soit), en s'inquiétant de l'extension de la vision dite "utilitariste" plus spécifiquement anglo-saxonne (qui justifie le moyen par la fin lorsqu'elle est considérée comme utile au bien-être général).

R. Frydman (gynéco-obstétricien) a rejoint A. Kahn sur la nécessité de considérer l'embryon comme un "entre-deux", entre le réel et le virtuel, déterminé selon lui par et uniquement par le projet, la parole, le désir de l'homme et de la femme qui ont fait cet embryon.

La dualité fut donc constante tout au long de ces débats, en évitant de devenir clivage, dualité qui constitue le lien entre l'être cellulaire et l'être pensant, enraciné dans le désir et donc dans l'ambivalence, passage et lien entre la technique et la parentalisation, parce qu'il y a tant de liens psychiques à tisser pour passer de "avoir" à l' "être".

Frédérique Jacquemain

 

 

 

 

 

 

© Carnet Psy. Tous droits réservés.