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WAIMH-MSF-AIEP, 26 juin 1998, Paris.
Pour Marie Rose Moro qui a coordonné lorganisation de colloque, la compréhension de la complexité humaine nous contraint à affiner nos actions, à les humaniser, les rendre plus proches de ceux que l'on veut aider. Cela soulève le problème de la rigueur de la formation et la nécessité de ne pas compartimenter les savoirs. Toute la difficulté est donc de reconnaître où commence et où finit le savoir, le nôtre ou celui des autres. La pluridisciplinarité suppose que l'on prenne le risque de se laisser modifier par les hypothèses d'une autre discipline. La malnutrition illustre cette problématique. En effet, pour l'appréhender dans sa totalité, il est nécessaire de tenir compte de l'ensemble des paramètres (nutritionnels, politiques, psychologiques, sociaux). L'intervention de Marcelle Geber au sujet de ses observations sur le kwashiorkor (maladie de la nutrition) en Ouganda et la présentation des travaux de Collomb par M-R. Moro illustrent cette notion de complémentarité. Le kwashiorkor peut être l'indice d'un sevrage affectif, de l'abandon de l'enfant consécutif à l'arrivée d'un deuxième sans que le premier soit pris en charge par les autres femmes du groupe. Il peut être encore en quelque sorte une anorexie de l'enfant sur un fond de malnutrition chronique. La question est alors de savoir pourquoi certains enfants sont touchés par le kwashiorkor et d'autres ne le sont pas.
Pour Bernard Golse, l'emprise de l'enfant sur le sein de la mère peut aller de l'appropriation à la destruction. Bien qu'elle permette de prendre quelque chose à l'intérieur de soi, elle est également la bouche du langage. Bernard Golse souligne l'importance de l'expérience du manque dans son avènement. Le langage s'inscrit avant de se greffer secondairement sur le fonctionnement du corps (langue, dents
). Le langage est séparation. François Giraud discute cette idée et considère que le destin individuel est marqué par cette même séparation et plus particulièrement chez l'enfant de migrants. Il doit faire des choix différents de ceux de ses parents. La migration pourrait altérer le rapport à la parole et l'expérience migratoire traumatique est alors le lieu d'une distance infranchissable. L'accès au langage est donc fondé sur une rupture. Pour ces auteurs, nourrir un enfant, c'est aussi le faire accéder au sens, malgré cette rupture.
Véronique Nahoum-Grappe pose enfin la question de l'allaitement et celle de la transmission par le lait (le lait transmet la qualité, la force, la santé) en opposition à la transmission par le sang. Cette question s'inscrit dans un bimorphisme homme/femme qui porte une idée largement répandue selon laquelle l'homme est plus proche du politique et la femme plus proche de la nature à cause de l'allaitement. L'auteur s'interroge alors sur le statut de l'allaitement dans notre culture.
Les ateliers de laprès-midi ont permis de développer les thématiques abordées dans la matinée. Léokadie Ekoué a traité la question de l'allaitement et de ses rituels en Afrique Noire. Odile Reveyrand-Coulon a montré comment le sevrage pouvait modifier les interactions mère-enfant et réorganiser les affects à travers l'exemple du Cap-Vert. Les interventions de T. Ferradji, A. Abdelhak, T. Abbal, et A. Barriguete ont illustré par des données anthropologiques respectivement chez les Kabyle dAlgérie, les Berbère du Maroc, les Purepecha du Mexique les pratiques autour du nourrisage du nouveau-né, les transformations avec la migration et les interactions thérapeutes traditionnels /père/mère/enfant autour de cet acte de nourrissage.
Les différents aspects de la malnutrition ont été approfondis : psychologique, avec la présentation de Sophie Fernandez d'une recherche-action sur l'impact du trauma sur la malnutrition en Palestine et la description de Jean François Bouville des états de malnutrition chez l'enfant pour illustrer le problème d'attachement insécure; culturel avec Baba Koumare qui a insisté sur le sens des étiologies traditionnelles et présenté des thérapeutiques à travers l'exemple de l'enfant Sereden au Mali ; médical avec l'intervention de Jean Rigal qui a exposé son expérience de médecin dans des situations d'urgence.
Ainsi, les apports des uns et des autres ont "nourri" le colloque et alimenté notre réflexion. Laissons alors le mot de la fin à Michel Basquin : Pour modifier tout un peuple, il faut modifier ses pratiques de nourrissage !.
Quitterie De La Noë, Issam Idris
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