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Séville , 15-17 octobre 1998.
Heureusement, l'hôtel Alcora est là pour nous rappeler qu'on ne peut pas tout comprendre... Il fait aussi beau qu'à Venise il y a deux ans. Mais après Venise et Séville, quel avenir pour une psychopathologie transméditerranéenne?
Nous sommes plus de 900, et probablement faut-il s'en réjouir. Et s'il y avait eu l'Europe du Nord? Mais c'est qu'il faut les nourrir toutes ces têtes qui veulent comprendre. Dieu merci, les séances sont pleines-ières, le temps élastique -probablement, puisqu'il s'agit de caser sept communications en une heure-, et la nourriture si exécrable que vous en mangeriez vos notes. Allons. Car il s'agit qu'il n'y ait pas de manque: à penser, à gagner probablement. Et l'on se prend à rêver, devant un verre de manzanilla et quelques assiettes de tapas, les rues bruyantes de la vraie Séville retrouvées, à un congrès qui se donnerait le temps, l'espace, d'entendre les questions que l'on aurait eu envie de poser, les réponses, rebondir, sur les passionnantes interventions de ceux qui restent nos maîtres - et les moins passionnantes. On se prendrait à imaginer que les discutants discuteraient vraiment, que les tables rondes tourneraient, que les ateliers n'auraient que quelques communications, qu'on écouterait la vôtre, et qu'on ressortirait, probablement sans avoir compris, mais en ayant le sentiment d'avoir participé, au delà du porte-monnaie.
Ainsi, on aurait bien demandé à B. Cramer, au delà de sa géniale formule de l'opportuniste empirique", de calmer notre indignation devant son maniement du concept de traumatisme et de PTSD. D. Widlöcher, après avoir rappelé la pluralité et l'hétérogénéité des théories et modèles, clarifie les liens entre les deux et rappelle le but pratique des modèles, constamment réévalués en fonction de la résistance au changement. Il propose trois types d'articulation des modèles en psychopathologie, et conclue sur le fait qu'un modèle sert à penser non sur, mais avec autrui. P. Fedida reprend les liens (historiques, théoriques) entre psychopathologie, psychiatrie et psychothérapie, et au travers d'un cas clinique, illustre comment le psychopathologique chez le thérapeute est une ressource de son inventivité thérapeutique.
On assistera ensuite à un débat animé; pour D. Stern, la périnatalité est marquée par une nouvelle organisation psychique de la mère, indépendante de l'organisation "antérieure", inaccessible à la psychanalyse (où l'interprétation serait une critique voilée); c'est la "translation maternelle". B. Golse revendique sa fidélité aux concepts analytiques "anciens", opérants, en insistant sur la place de la théorie de l'attachement (qui fait le lien entre théorie des pulsions et théorie de la relation d'objet), et l'après coup.
L'heure passée avec H. Segal sera le point d'orgue de ce congrès. A 80 ans, elle n'a rien perdu de sa vivacité d'esprit, de son humour, de sa rigueur. Autour des questions de Palacio-Espasa et Ferrari, tout en se défendant d'être théoricienne, elle a évoqué comment le transfert s'articule autour de la manière dont les éléments archaïques du registre psychotique se manifestent dans le micro-comportemement. Elle a aussi rappelé l'importance du cadre, différenciant les analyses à deux ou cinq séances. La salle a longuement applaudi, témoignant de la profonde émotion qu'elle a su faire partager.
Autour de la question des refus de soins et adolescents hors recours thérapeutique, Ph. Jeammet sait garder une position rigoureuse et optimiste; les adolescents ne vont pas plus mal, contrairement aux adultes.
Manzano parlera de son concept de "scénario narcissique de la parentalité".
Enfin, J. Hochmann clôturera de manière magistrale le congrès, réordonnant les notions évoquées, proposant de penser la place de la psychanalyse dans le travail soignant. Tout en rappelant les modèles psychopathologiques du sens commun, partagés avec les patients (réparateur, extracteur, correctif), en relativisant l'effet du transgénérationnel et de son risque d'un retour à une causalité linéaire, différenciant causalité narrative et physique, il fonde le travail du psychanalyste sur la réalité psychique. Il prône une "épistémologie affective", au travers de l'empathie narrative. La psychanalyse serait donc là pour offrir un fond métaphysique d'hypothèses, permettant au soignant de mettre en fiction dans le plaisir une histoire douloureuse, afin de transformer le traumatisme en récit.
Pour me faire pardonner à ceux que j'ai oubliés, je raconterai comment, en visitant la Plaza de Toros, j'ai appris qu'être trop compétente, pour une mère de toro, c'est à dire mettre au monde un toro trop combatif qui tue le toréro, conduit à se faire trancher la tête. J'ai donc quitté l'Alcazar, y ramassant un citron trop vert, ne rêvant plus que d'un congrès où l'on aborderait notre nécessaire incompétence.
Lisa Ouss
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