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Périnatalité et thérapies brèves

Centre d’études du Vivant, Paris 7, 5 décembre 1998, Paris.

Cette troisième journée scientifique de psychopathologie périnatale s’est ouverte en présence d’une assemblée curieuse et impatiente de se voir préciser le terme de thérapie brève ainsi que la théorie sous-jacente à cette pratique.

Du monde fantasmatique de la femme enceinte à la relation parents-enfants se tisse un parcours parfois chaotique et douloureux, cheminement dont il sera question lors de cette rencontre. Joan Raphaël-Leff, professeur de psychanalyse à l’université d’Essex, esquisse brièvement à l’aide d’illustrations photographiques les remaniements psychiques et identificatoires s’opérant lors de la grossesse. Elle insiste tout particulièrement sur le double aspect, individuel et universel, de cet événement. Ce "devenir mère" réactive des conflits anciens et confronte la future mère à sa propre ambivalence vis à vis de ce bébé. C’est à partir d’indicateurs comme les grossesses à "risque", les troubles du bébé, de la mère ou de la famille qu’une thérapie adaptée pourra être proposée.

Monique Bydlowski, en se basant sur sa longue pratique en maternité, expose les différentes interventions possibles du thérapeute en ce lieu si propice à l’émergence de fantasmes. Permettre aux soignants de mettre en mots leurs difficultés, favoriser la relation soignant-soigné souvent bloquée par des situations d’urgence, ou encore travailler en binôme avec l’accoucheur, tel est le travail de lien imparti au psychologue et nécessaire au bon fonctionnement d’une institution. L’autre volet de l’activité du psychoyhérapeute en maternité, nous concernant davantage ici, est la prise en charge individuelle de femmes. La thérapie proposée à la femme enceinte diverge de la cure analytique dite “classique”. Il s’agit davantage d’écouter, de contenir et de donner sens à ce qui émerge, travail favorisé par l’état particulier de la femme enceinte (la "transparence psychique" selon M. Bydlowski). C’est laisser la possibilité au transfert positif d’éclore, à cette imago maternelle positive de prendre place, imago si importante durant la grossesse. Sa durée est en général brève et fait appel à une qualité que le thérapeute doit posséder au plus profond de lui-même, mouvement immédiat et spontané permettant une attitude contenante vis à vis de l’autre: l’empathie. Que faut-il alors pour la détenir ? Pour M. Bydlowski, avoir eu une expérience heureuse en tant que bébé ou en tant que mère en serait la condition première.

Claire Squires, à l’aide de vignettes cliniques de cas “extrêmes” pour lesquels la grossesse est difficilement investie, évoque le paradoxe apparent des thérapies brèves. D’inspiration psychanalytique, elles sont amplement remaniées en référence à d’autres approches. L’empathie du psychothérapeute interviendrait là encore, elle faciliterait une certaine souplesse ainsi qu’une grande créativité en écho à la richesse de cette période, attitude qui ferait de la prise en charge un mode d’action bien particulier.

Cette matinée s’achève par de nombreuses questions concernant la place du père, place qui n’a pas été mentionnée, absence qui frustre et interroge les professionnels présents dans la salle. Ces justes réactions critiques trouveront une suite avec l’intervention de Francesco Palacio Espasa, dont le propos central est la parentalité. Il décrit ce moment comme une phase où les parents auraient accès à une certaine maturité. Il nous met également en garde contre une confusion dangereuse entre la problématique parentale et celle de l’enfant, superposition gênante pour un bon choix thérapeutique.

Antoine Guedeney présente le modèle de Selma Fraiberg, modèle original introduit en France par Myriam David et Geneviève Appel. Ce travail à domicile, dans le cadre de pathologies lourdes, semble s’opposer à ce qui s’est dit précédemment. Long et transférentiel, il se définirait comme un “accompagnement social entrant dans un cadre thérapeutique”. Le réaménagement du cadre de la cure “classique” permettrait, par sa souplesse, un travail sans cela impossible.

La dernière intervention de cette journée est celle de Christine Anzieu qui nous fait part de son expérience au centre Alfred Binet. Elle insiste sur l’importance de la mise en mots des affects lors d’une consultation parents-enfant et nous rappelle qu’il n’existe pas de thérapie brève au sens strict du terme.

La spécificité du transfert et du contre-transfert dans le cadre des thérapies brèves aurait mérité d’être davantage approfondie. Peut-être une piste pour une prochaine journée que nous souhaitons aussi stimulante.

Flore Cauchard

 

 

 

 

 

 

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