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Société Psychanalytique de Paris,
28 et 29 novembre 1998.
Le récent colloque organisé par la Société Psychanalytique de Paris à la Maison de la Chimie avait pour thème les pratiques actuelles de la psychanalyse. Il a été loccasion dune double réflexion, mettant en relation le cadre fondateur, la situation fondamentale de la cure, avec les situations nouvelles et parfois extrêmes que rencontrent aujourdhui les psychanalystes.
La mort régulièrement annoncée de la psychanalyse (voir Le Monde des livres du 8. 1. 1999) contraint, en effet, les psychanalystes daujourdhui à mieux définir leurs pratiques, comme les nouveaux contextes dans lesquels ils évoluent.
Depuis longtemps, les analystes ont multiplié les prises en charge autres que celles du divan, rappelaient Paul Israël et Jean Cournut dans leur introduction au colloque. Aujourdhui les analystes sont sortis de leur isolement pour avancer sur dautres terrains : ladolescence, la première enfance, les relations mère/bébé, lautisme, la psychosomatique, la toxicomanie. Les psychanalystes prennent en charge les pédophiles dans les prisons, ceux qui ont une obligation de soin, ils interviennent dans le champ des troubles spécifiques liés à la migration avec lethnopsychanalyse, ils changent le cadre de leurs interventions avec le psychodrame, etc
La psychanalyse nest donc pas seulement utilisée pour permettre aux névrosés de penser, pour préserver une parole intime ou privée, lextension du champ de la psychanalyse peut également répondre à des situations extrêmes, à des souffrances extrêmes. Il sagit, donc là de nouvelles limites, de situations parfois exceptionnelles auxquelles les psychanalystes aujourdhui saffrontent, qui entraînent de nouvelles pratiques, même si le modèle de référence reste celui de la cure classique. Par ailleurs, à lheure de lévaluation des résultats des psychothérapies, la psychanalyse nest pas en difficulté pour assumer ses responsabilités. Ses méthodes sont fiables, elle possède des repères pratiques précis (le cadre), des concepts opératoires (linconscient, le transfert, la psychosexualité). Le sujet ny est pas envisagé seulement dans son symptôme mais avec lhistoire de ses conflits, sa capacité à se construire.
Trois exposés introductifs permettaient de redéfinir la situation fondamentale de la cure, denvisager ses modulations selon différentes approches. Michel Neyraut, à partir de lévocation dun mythique âge dor de la psychanalyse, du temps où les névroses étaient de transfert et la situation analytique façonnée par le transfert, rappela, en évoquant Serge Viderman, les règles techniques de la cure, ses enjeux, sa finalité (lémergence des représentations pulsionnelles), ses stratégies transférentielles. Il en rappela lambition : retrouver les chaînons manquants, reconstituer les souvenirs oubliés, ou si le souvenir fait défaut, en retrouver les traces qui, elles, demeurent. Il sagit donc, en analyse, de construire du sens et douvrir un espace de représentation. A lénoncé proustien : Nayez pas peur de tout dire, la vérité est toujours au-delà, lénoncé freudien, dites tout ce qui vous vient à lesprit, concourt à la même recherche, celle dune subjectivité sans entrave encore à découvrir. Par ailleurs, le clivage ayant pris aujourdhui le relais du refoulement, il sensuit un nouveau découpage, une géographie nouvelle des indications de la psychanalyse. Le champ des psychoses blanches, portant sur le désinvestissement de lobjet primaire maternel, comme celui des états limites qui relancent la problématique du transfert en introduisant la question du transfert psychotique, posent de nouvelles questions. Ces transferts, comment les contenir à défaut de les interpréter ? La distinction entre un transfert négatif non interprétable et un transfert hostile encore accessible à la valeur symbolique de linterprétation est ici fort utile et permet déclairer, en retour, la fonction primordiale de la situation analytique.
René Roussillon exposa, lors dune remarquable intervention, les trois grandes conceptions, les trois polarités successives autour desquelles se situent les enjeux théoriques de la cure analytique. De la prise de conscience du refoulé inconscient, de ce travail de prise de conscience au plus près du moi, de la théorie de lanalyste miroir, miroir du non-su et du non-vu de lautre, on est passé aujourdhui à une théorie de la relation intersubjective, destinée à optimiser et à produire un travail de symbolisation. La prise de conscience du refoulé, en effet, ne suffit pas pour apporter la guérison. Le sens nest pas toujours déjà là, il nest pas toujours remémorable ni même symbolisé, il faut le construire. Lespace analytique va donc devenir le lieu de la production dun sens. Changement de paradigme donc dans la cure qui va désormais être centrée sur le travail de symbolisation, sur lintersubjectivité et linteraction transféro-contre transférentielle. De ce fait, le sens est plus à construire quà révéler et la situation analytique devient une situation pour symboliser. Elle symbolise lactivité de symbolisation elle-même. A cet égard, le cadre et le transfert sur le cadre représentent les conditions nécessaires à cette symbolisation. Le travail seffectue à deux et linteraction tranfert-contre transfert passe au premier plan. Lanalyste est, donc, ici, nécessairement compromis dans le travail de lanalyste, doù lexigence éthique. La psychanalyse na dautre but ici que ce travail de symbolisation. Troisième temps enfin de cette évolution, ou troisième polarité associée aux deux autres, celui de lappropriation subjective de ce travail. Le moi-sujet doit advenir selon la formule freudienne célèbre. La capacité dêtre seul en présence de lobjet et face à la pulsion, représente pour René Roussillon un des paradigmes les plus riches de la situation analytique.
Jean-Luc Donnet, récusant la notion de cure-type, mit laccent sur une définition du site analytique qui inclut le cadre, le dispositif, la règle, la méthode, le cadre du cadre cest-à-dire le surmoi culturel et léthique du psychanalyste, bref tout dispositif qui permet la production du travail analytique. De ce site le patient en fait une situation analytique, son utilisation suffisamment cohérente et prolongée étant une condition nécessaire du processus analytique stricto-sensu. Le site analytique ainsi défini permet denvisager de façon cohérente lexpérience vécue des patients limites, aux limites de lanalysable, expérience qui a beaucoup nourri la réflexion clinique contemporaine et qui a également permis lélaboration de nombreux remodelages métapsychologiques.
Cétait déjà là ouvrir vers les nouvelles perspectives présentées par les différents intervenants au cours du week-end. Denise Bouchet-Kervella devait évoquer le traitement de patients pédophiles, Geneviève Haag celui des enfants autistes et Gérard Szwec, en décrivant ceux quil a nommé les galériens volontaires, évoquait la répétition des traumas précoces non représentés.
Par la suite, Gérard Bayle intervenait sur la technique et les indications du psychodrame psychanalytique, dont le but, comme dans lanalyse classique est de représenter et de symboliser. Raymond Cahn évoquait le travail de subjectivation de ladolescent dans les cures et Julia Kristeva, proposait une réflexion sur les analyses faites dans une autre langue que la langue maternelle, chez les patients venus de lexil.
Jean Cournut devait conclure. À quoi sert une psychanalyse ? A avoir une vie psychique, à relancer la curiosité, lintérêt pour lénigme, lénigme de la sexualité, mais aussi celle du sujet en train de se construire.
Jean-François Rabain
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