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Les parents, le pédiatre et le psychanalyste

Pédiatre et psychanalyste : « une rencontre humaine, tout simplement ? »

Les samedi 14 et le dimanche 15 janvier derniers, pédiatres et psychanalystes se sont retrouvés à la Maison de la Chimie à Paris pour un colloque orchestré par D. Brun dans le cadre de la Société "Médecine et psychanalyse". Deux ans après la première réunion au titre générique de Pédiatrie et psychanalyse, la deuxième était intitulée : Les parents, le pédiatre et le psychanalyste. Le constat inaugural, lors de la première rencontre, d'un travail clinique effectif entre somaticiens et psychanalystes s'est prolongé dans une réflexion cette fois électivement centrée sur la gestion commune des mouvements de vie et de mort, sur le partage du symptôme et sur une amorce d'une réflexion critique sur les pré-requis et les modalités de cette collaboration.

Du coté des réanimateurs néonatals, les avancées des vingts dernières années, grâce à l'ouverture des services aux psychanalystes, n'ont pas allégé leur angoisse -poignante lors des exposés- face à leur responsabilité. Deux types de demandes sensiblement contrastées sont apparues à l'égard des psychanalystes à travers leurs témoignages : d'une part, "apprendre à écouter soi et l'autre" (A. Bourrillon), d'autre part, une aide à l'appréhension de la souffrance des parents et du nouveau né. La première a la vertu d'une implication authentique, nécessitant la reconnaissance de sa propre émotion; la seconde, plus défensive, expose au risque d'une sous-traitance.

Dans le champ spécifique de ce que l'on appelle désormais après G. Raimbault la "clinique du réel", les psychanalystes se définissent de leur coté comme les paratonnerres des ondes de choc traumatiques centrées sur l'enfant et sa famille mais n'épargnant pas les soignants. Leur rôle s'inscrit dans l'harmonisation et la restauration des liens suspendus par l'effroi.

Y. Quiniou, psychanalyste à l'Institut de Puériculture de Paris, les invite à ne pas être à la place où on les attend : ils ne sont pas, par exemple, rédacteurs dévoués de comptes rendus sans destinataire précis mais a contrario, porte-paroles de l'intime auprès de soignants identifiés.

D. Brun nous suggère aussi que le psychanalyste soit le médiateur entre l'enfant malade et ses parents. Tout est en place pour que ceux-ci, face à cet enfant devenu agresseur, se sentent coupables de sa pathologie et brutalement dépossédé de son corps devenu territoire médical. Le travail du psychanalyste visera à accompagner les parents de cette culpabilité initiale à la reconquête de leur responsabilité. Chemin faisant, cette élaboration restaurera les liens de la filiation menacés d'une réduction à l'engendrement opératoire.

Face à ces transformations, l'enfant se positionne justement, nous livrera P. Fedida, comme un "détecteur de filiation" dans laquelle il cherche à s'inscrire en dénonçant les énigmes par sa créativité symptomatique. En contact intense avec la passion et la violence de l'adulte, il pourra se mettre en scène comme acteur et thérapeute de la pathologie parentale. Dans un cadre psychothérapique, l'enfant attend du psychanalyste qu'il l'aide à être thérapeute; P. Fedida complète la célèbre métaphore de S. Ferenczi en parlant joliment du "psychanalyste, superviseur de l'enfant thérapeute".

Au delà du consensus sur une collaboration entre pédiatre et psychanalyste face au péril vital, ces journées ont mis en exergue une ligne de démarcation méthodologique face au symptôme. Certains intervenants ont plaidé en faveur d'un "partage précoce" (G. Rizzoni) du symptôme, de rapports paritaires et confiants entre pédiatre et psychanalyste. D'autres, se sont interrogés sur les modalités et la temporalité du passage de l'un à l'autre. B. Fonty, gynécologue accoucheur, s'est quant à lui penché à partir de vignettes cliniques sur la chronologie optimale de cette orientation. Pour lui, le parcours somatique initial se révèle nécessaire à la maturation de la demande. Le somaticien face à un symptôme résolument "psy" doit pouvoir se taire, "jouer une comédie" pour négocier un "bon envoi" respectant l'espace de liberté du patient. Il devra accepter "la non-maîtrise": il existe des envois impossibles et il faut savoir parfois renoncer à un dialogue anamnestique trop poussé "à plein canal". B. Fonty précise son propos en évoquant des situations typiques de "mauvais envois": un médecin mal à l'aise face à un symptôme, une orientation autoritaire sur la base d'un symptôme "listé", un envoi trop précipité pour être efficace, un somaticien adhérant à une demande de consultation "psy" induite par une lecture de presse.

M. Bydlowski considère elle aussi le parcours somatique incontournable. A partir de ce dénominateur commun, elle jette les bases d'une réflexion critique sur le partage du symptôme dans la collaboration entre le somaticien et le psychanalyste. Elle oppose l'ancien paradigme du somaticien analysé "finissant" lui même analyste, à l'actuel médecin investissant avec le psychanalyste "un nouvel espace de pensée", celui de la reconnaissance du transfert. Pour une authentique approche conjointe du symptôme, le psychanalyste sans divan devra "accepter les contraintes du terrain" et une formation complémentaire "au risque de découvrir des idées neuves ! ".

Sur ce terrain des idées novatrices, la présence de parents d'enfants malades venant partager notre réflexion commune manquait, à nos yeux, cruellement. L'intitulé de ce colloque appelait pourtant naturellement leur invitation. Il est temps que les parents quittent, dans notre champ, leur statut d'objet au profit de celui de sujet. Des ambassadeurs (appartenant ou non à des associations) existent et sont à l'évidence, pour nous professionnels, devenus incontournables. Ce riche colloque aurait certainement profité de leur apport. Souhaitons aux troisièmes rencontres "Pédiatrie et psychanalyse" à venir de bénéficier de cette triangulation heuristique : parents/pédiatres/psychanalystes.

À l'issue de ces deux journées, P. Gutton soulignera la réalité des passerelles entre pédiatre et psychanalyste et la possibilité d'un partage du symptôme à l'hôpital comme en ville. La confrontation de leur temporalité différente et la conflictualité inhérente à leur rencontre se révéleront, selon lui, fécondes dans la mesure où leur part d'énigme respective sera mutuellement respectée. P. Gutton confiera enfin son inquiétude sur l'usage, par les psychanalystes, d'une terminologie psychologique propice au dialogue avec les somaticiens. Ce langage reflète-t-il une trahison méthodologique de psychanalystes "défroqués" ou les efforts adaptatifs de psychanalystes engagés dans la "clinique du réel"? Les contributions les plus originales de ce colloque, en illustrant combien la rencontre entre pédiatre et psychanalyste correspond à l'inauguration d'un nouvel espace thérapeutique, permettent d'esquisser une amorce de réponse à ces questions : face à un nouvel horizon, des outils conceptuels originaux communs sont à conquérir. Fruit de la rencontre entre deux univers culturels aux langues autochtones étrangères, les pédiatres et les psychanalystes frontaliers échangeront, à l'avenir, dans une langue dont la promesse de vie se nourrira de la synergie d’une défense identitaire et d’une ouverture au métissage.

Nathalie Boige, Sylvain Missonnier

 

 

 

 

 

 

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