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9 octobre 1998, organisé par le Journal des Psychologues et lÉcole des Puéricultrices du CHU de Montpellier.
Partie de lidée dun petit groupe de psychologues, cette journée fut un pari réussi si l'on en juge par la mobilisation des professionnels et leurs échanges. Avec la conférence de Danièle Rapoport les participants ont pu revivre l'histoire de cette rencontre ; d'abord les travaux après-guerre sur l'hospitalisme et la carence maternelle avec l'OMS, l'engagement ensuite en France dès 1953 des premières psychologues en crèche et en protection maternelle et infantile. Du "baby-test" "Brunet-Lézine" il nous reste le témoignage des deux pionnières. Notons quen 1971, un groupe d'experts pose une reconnaissance officielle et scientifique de cette rencontre entre la psychologie et la crèche qui donnera lieu à l'établissement en 1975 de nouveaux textes régissant les crèches. Dans cette évolution, mai 68 fut un moment accélérateur, les parents entrent dans l'établissement, des crèches sauvages sont créées (les crèches parentales prendront ensuite le relais de cette innovation), les professionnels prennent conscience de la valeur de la crèche, de son bien-fondé. Cette évolution se traduira insensiblement par des changements de vocabulaire : de lieu de garde, la crèche devient un lieu d'accueil, tandis que le terme de prévention tend à remplacer la prophylaxie et même le dépistage.
Durant les années 70-80, le cadre du psychologue praticien s'élabore en crèche dans le même temps que celui de la profession. Le psychologue clinicien trouve ses marques par rapport à la psychométrie, la psychopédagogie, la psychanalyse ou même l'engagement militant. Le texte de Danièle Rapoport en 1979 est ici exemplaire, dix ans plus tard j'ai voulu souligner la dimension institutionnelle de cette clinique. Différentes tendances agitent au début la crèche : l'influence par exemple de Françoise Dolto est importante, à un autre niveau Janine Lévy prône l'introduction d'un matériel pour des jeux psychomoteurs etc. Des crèches ont pu se sentir prises entre des recommandations contradictoires : d'un côté les travaux du CRESAS (INRP) sur le rôle des pairs montraient l'intérêt de la constitution de groupes d'enfants d'âges différents, de l'autre la réalité de la séparation mère-enfant et les travaux notamment de Geneviève Appell et de l'association Pikler-Loczy tendaient à promouvoir le suivi de l'enfant et la constitution de groupes d'enfants du même âge. C'était un faux dilemme, la conférencière a mis l'accent sur un changement plus radical, la professionnelle n'est plus assimilée à un substitut maternel .
Actuellement, les différentes oppositions conflictuelles des décennies précédentes s'estompent. Une directrice de crèche, Bernadette Vignolles et une psychologue, Françoise Montalti, ont expliqué avec simplicité leur travail. L'une s'est centrée sur la relation privilégiée, l'autre a utilisé la métaphore de la poupée gigogne pour décrire les cercles concentriques des réunions autour du bébé accueilli : d'abord la réunion de synthèse au plus près du vécu d'un petit groupe d'enfants, ensuite celle pédiatre / direction, puis les réunions plus générales à thème et enfin les réunions parents/ professionnels. Il ne faut pas tomber dans l'illusion d'une fonction maternante où le père, comme le tiers, se trouveraient exclus. On peut jouer avec les différentes poupées; cette image traduit le climat, l'attention et le travail à réaliser dans un tissu de relations.
La rencontre puéricultrice-psychologue s'est ainsi assouplie, tempérée. Elle a été parfois posée en terme d'hégémonie, la directrice décidant seul du travail possible ou le psychologue incarnant de manière unilatérale le souci de la vie psychique. Les structures se sont aussi transformées, diversifiées, comme l'accueil possible pour les enfants handicapés au Tipi à Aix-en-Provence ou à la Souris Verte à Lyon. Les nombreux ateliers l'après-midi ont repris d'autres points de convergence de cette rencontre comme le travail d'observation, la relation avec les familles, l'élaboration de projets d'équipe ou la participation commune à des recherches.
Par le système des contrats enfance la CAFAL poursuit un soutien au développement tant quantitatif que qualitatif des lieux d'accueil collectifs, mais des inégalités existent entre villes et régions et surtout de fortes pressions tendent à réduire les coûts et à dé-qualifier le personnel. Des problèmes ainsi s'accentuent ou persistent comme une meilleure reconnaissance de la place du psychologue et de moyens pour que la puéricultrice puisse faire face à toutes ses fonctions. Cette journée sans prétention montre que la psychologie du tout petit devient une donnée reconnue et acceptée, évidente même, reste aux décideurs d'en prendre acte.
Denis Mellier
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