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28-30 mai 1999, Paris.
Célébrer et réévaluer les portées historique, scientifique et théorico-clinique de la Traumdeutung depuis sa publication, tel a été lobjectif du colloque organisé par C. Boukobza, D. Lauru, J. Sedat et B. Toboul. Les intervenants ont su relever ce pari. Il sagissait, en effet, de rendre compte de lacte fondateur de la reconnaissance dune des formations de lInconscient : le rêve. Ce thème très vaste a été abordé de façon pluridisciplinaire, ce qui fait la richesse et lintérêt de cette commémoration qui, loin denterrer Linterprétation des Rêves, a prouvé que ce texte est toujours dactualité et porteur davenir pour la théorie et la pratique psychanalytique.
Ainsi, la première journée a été consacrée aux contextes historiques et culturels et aux réactions qui ont accueilli la publication de louvrage de Freud en Europe et aux Etats-Unis. Ses traductions et leurs enjeux constituent un moyen de saisir ces réactions. La langue allemande a, en effet, ceci de bien particulier par rapport à dautres langues dont le français, quelle emploie des mots et des verbes substantivés indiquant des processus, des transformations. Ils sont difficilement traduisibles tels que. Cela implique une représentation, une imagerie spatiale des concepts. La traduction mot à mot est source de profondes erreurs et confusions. Lintervention de Georges-Arthur Goldschmidt à ce propos a constitué lun des temps forts de ce colloque. Elle a été reprise tout au long des trois journées servant de fil conducteur entre historiens, traducteurs et psychanalystes.
Convoquer les théories cognitives et psychanalytiques sur le rêve était le thème de la deuxième journée. La discussion a été un peu courte. Il est regrettable que la matinée réservée aux sciences cognitives ait été boudée. Pourtant les exposés très clairs ont permis de faire apparaître une pluralité des théories sur le rêve et le sommeil paradoxal au sein de la communauté scientifique. Loccasion du cinquantenaire de la découverte du sommeil paradoxal permet de faire le point sur cette phase du sommeil, dont les manifestations, comme le rappelle Joëlle Adrien, lont associé au rêve un peu vite. Marie-José Dealberto fait linventaire des rêves. Le rêve a-t-il entraîné le réveil ou le réveil a-t-il entraîné le rêve ? Cest la question que traite Jean-Pol Tassin en exposant les différences de traitement entre analogique et cognitif dont le rapprochement avec les processus primaires et secondaires est troublant. Roland Gori clôt cette demi-journée en élargissant le débat de façon provocatrice. Le titre de son exposé est le rêve nexiste pas. Il rappelle que le rêve nexiste pas en dehors de son récit, que les faits scientifiques ne le sont que dans la mesure où leur contexte dapparition est pris en compte. Labord du rêve diffère ici de la psychanalyse. Pourtant, les théories énoncées ne sont pas apparues comme contredisant la psychanalyse, mais bien plutôt complémentaires.
La seconde partie de la journée était plus conforme à un colloque psychanalytique et plus suivie également. Il y a été question de Wunsch, de la jouissance, de signifiant, du sujet de lInconscient, de linterprétation du rêve, de son chiffrage, de son déchiffrage et de linanalysable. Les principaux concepts lacaniens ont été ainsi convoqués par Paul-Laurent Assoun et Alain Vanier pour rendre compte du travail du rêve et de la place du rêve dans la théorie lacanienne.
Ceux qui ont eu le courage de se lever tôt le dimanche matin ont été récompensés par la qualité des interventions présentant la place du rêve dans la pratique psychanalytique actuelle. Claude Boukobza a décidé de travailler la question de la genèse du rêve issue de sa pratique de psychanalyste avec de jeunes enfants. En effet, elle explique que même si le processus langagier est très limité à 11 mois, les réactions aux verbalisations signent la compréhension de lenfant, et le processus psychanalytique a une efficacité en cas de troubles de lendormissement et du sommeil. Les enfants évoquent souvent des peurs et des cauchemars. Ils sont dépendants alors de la parole de ladulte. La fonction de gardien du sommeil assurée ensuite par le rêve doit dabord être assurée par la mère. La genèse du rêve se fonde sur lintériorisation dune mère rassurante face à la réapparition des angoisses archaïques lors de la constitution du Sujet. Le chiffrage du rapport sexuel dans le rêve et son déchiffrage dans le rêve dune de ses analysantes est lobjet de lintervention de Gisèle Chaboudez.
Claude Dumezil part de son expérience danalysant de Lacan pour poser sa conception du travail interprétatif de lanalyste. La cure ne vise pas seulement à la production de sens par lanalyste, mais à lélaboration par le sujet du transfert. Ainsi, linterprétation apparaît comme une capacité progressive de lanalysant à prendre de la distance avec son discours, créer un discours autonome aux antipodes du discours du maître.
La journée sest poursuivie par les élaborations théoriques actuelles du rêve. Bernard Toboul met en exergue les avancées théoriques de Lacan par rapport à la Traumdeutung, de la métonymie et la métaphore au nud borroméen. Colette Soler clôt cette séance de travail en présentant le rêve, comme une miniature, un embryon dont lanalyse serait lombilic, son chiffrage étant jouissance.
Devant le succès des interventions, des élaborations théoriques et cliniques, le comité dorganisation a conclu en annonçant la publication des actes du colloque.
Bettina Prudhon
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