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Paris, 14 septembre 1999.
800 sages-femmes étaient réunies à la Maison de la Chimie, pour les Entretiens de Bichat des sages-femmes. Le thème général en était : la sage-femme au croisement de la physiologie et de la pathologie. Cétait souligner toute lambiguïté qui peut exister pour une profession dévolue à la prise en charge de patients par définition en bonne santé, patients vivant un processus par essence physiologique, mais dans un contexte sociologique et médico-légal pour lequel toute femme enceinte est potentiellement à risque. Les différentes interventions de cette journée tendaient à déterminer les obstacles ou les ressources possibles pour (re)faire de la naissance un moment de plénitude pour le couple de nouveaux parents et leur enfant, et non une étape de leur vie médicale.
Introduite par F. Caumel-Dauphin, qui nous livrait ses réflexions sur lévolution de la prise en charge de la naissance depuis trente ans, la première table ronde était plus particulièrement axée sur la prévention et le travail conduit dans la durée avec les couples (W. Belhassen), voire avec les pères (E. Raoul). Nous nous sommes également intéressés aux besoins nutritionnels spécifiques de la femme enceinte (A.F. Sachet et C. Rio). De cette table ronde, je retiendrai comme fil conducteur ce souci que les sages-femmes doivent avoir, à travers des exercices différents, dun travail avec le temps, concept antinomique avec la tendance actuelle à laccélération constante des processus, mais essentiel pour le respect dun phénomène que toute la technique actuelle ne pourra jamais empêcher de durer neuf mois
La deuxième table ronde sintéressait aux structures. Après une illustration du bénéfice en termes dindicateurs périnataux dune bonne coordination des services dobstétrique et de néonatalogie (O. Kremp et M.C. Blanchard), furent successivement présentées une maternité de niveau 1 nouvellement créée (O. Moreau), et une maison de la naissance en Allemagne (B. Nousse et S. Klarck), deux lieux où les sages-femmes peuvent jouer à plein ce rôle daccompagnantes pour lequel elles sont faites. Cétait ensuite à une sage-femme anglaise (M. Brown) de porter sur les pratiques françaises son regard, et de transmettre avec humour son étonnement devant des comportements si différents entre deux pays, pourtant voisins et dotés de moyens comparables. Elle concluait par un appel au bon sens et à la mesure pour le bien-être de la mère et de lenfant.
Nous retrouvions cette idée forte en début daprès-midi, avec un exposé à deux voix (C. Lacombe et J.M. Cheynier) sur la nécessaire coopération entre sages-femmes et obstétriciens, malgré -ou à cause de- lévolution de la demande de la population en matière de soins et, entre autres, le poids du médico-légal, malgré -ou à cause de- les évolutions de la technique et des possibilités diagnostiques, malgré -ou à cause de- la prospective actuelle en matière de démographie de chacune des deux professions.
Toujours si présents, le médico-légal et léthique étaient au centre de la troisième table ronde. A travers diverses formes dexercice ou situations (échographie obstétricale par R. Fender-Zimmermann et I. Hamant ; consultation obstétricale par M. Galy ; le déclenchement du travail de convenance par I. Vaast) les orateurs nous transmettaient leur vision des enjeux qui se jouent dans la définition des actes autorisés aux sages-femmes, dont beaucoup se situent aux confins du normal et du pathologique, autre manifestation de ce paradoxe auquel sont confrontées les sages-femmes praticiennes : acteur du physiologique et découvreur désigné des situations pathologiques. Deux sages-femmes juristes (C. Seguin et A.M. Doubeck) éclairaient ces situations au regard du droit.
La dernière partie était une interrogation sur la place du normal. La première intervention (M.P. Garand et P. Kober) essayait de répondre à une question posée tout au long de cette journée sur ladéquation entre la formation dispensée aux futures sages-femmes et ce rôle quelles entendent tenir dacteurs de la physiologie. Une illustration de la forme que peut revêtir cet enseignement nous était donné par N. Mesnil-Gasparovic et E. Blanchard, à travers laccompagnement de lallaitement maternel. En exercice libéral (M.P. Hospital et J. Lavillonnière) comme en secteur de suites-de-couches hospitalier (S. Deligny et C. Guillaumont) ce rôle de la sage-femme comme gardienne de leutocie et comme professionnelle de laccompagnement, était une fois de plus rappelé.
Tout au long de cette journée, cest donc bien vers une re-définition de la profession de sage-femme que chacun a tendu, et à travers cela vers une nouvelle donne en matière de naissance, événement auquel les professionnels, mais surtout les familles aspirent à voir restituer son caractère physiologique.
Marie-Pierre Garand
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