|
Strasbourg, les 3-4-et 5 juin 1999.
Cest à Créteil, en 1993, sous limpulsion de Bernard Durand quont eu lieu les premières journées réunissant les unités dhospitalisation conjointes mère-bébé. Ces journées ont abouti au projet de continuer ces rencontres tous les deux ans et de les élargir aux autres pays européens. Les journées de Strasbourg faisaient suite aux troisièmes journées européennes qui ont eu lieu à lInstitut Théophile Roussel à Montesson en 97.
Annick Chauvin a pris linitiative de ces rencontres alsaciennes dont un des objectifs est leur ouverture aux partenaires de la petite enfance (pédiatres, gynécologues, généralistes, puéricultrices, sages-femmes, travailleurs sociaux, personnels de lASE et de la justice) afin de les sensibiliser au dépistage de la souffrance familiale et dapporter les réponses les plus adaptées et les plus précoces possibles.
Les deux premières journées étaient réservées aux personnels travaillant dans des unités mère-bébé. Le Pr Brockington a inauguré la journée en nous présentant une nouvelle grille dévaluation de la qualité du lien dattachement mère-bébé. Bernard Durand nous a montré les difficultés de travail dune unité mère-bébé au sein dun hôpital général. Catherine Isserlis nous a interrogé sur le passage en UHMB des dyades et le suivi très précoce en psychothérapie mère-enfant à partir de suivis psychothérapeutiques denfants plus grands, ayant été hospitalisés à la naissance avec leur mère en UHMB et le silence qui entourait encore, pour la mère, cette hospitalisation. Alors que lenfant, aspiré par le vide psychique de sa mère, est pris au piège de la pensée de lautre, comment lhospitalisation modifie-t-elle le devenir de ces enfants nés de femmes pour qui la maternité sinitie dans leffroi ?
Daniel Marcelli nous a sorti de la répétition pour introduire la surprise et le manquement en évoquant les microrythmes au sein des macrorythmes de la relation mère-bébé. En effet, à la suite des travaux passionnants de Daniel Stern qui nous avait parlé de la surprise introduite par la mère dans les interactions ludiques, Daniel Marcelli nous donne un complément théorique subtil en introduisant la notion de manquement, ce défaut de la mère là où lattendait lenfant. Ce défaut introduit le tiers qui précède une promesse quaprès cela il y aura autre chose, manquement quil distingue du manque, véritable rupture quintroduit la mère déprimée par exemple, et qui anticipe labandon. Cest dans lalternance indéfinissable entre le prévisible et lincertain que le jeune enfant trouve ce double plaisir contradictoire daimer ce qui se répète et despérer que cela change.
La deuxième table ronde traitait des troubles psychiques maternels. Odile Cazas, depuis son expérience de psychiatrie adulte a rappelé la rareté des dépressions pendant la grossesse, des mères présentant des troubles psychiatriques, en contraste avec laugmentation des complications gravidiques ou périnatales. Christiane Barré a évoqué de façon très vivante son travail denveloppements humides auprès des patientes psychotiques hospitalisées conjointement avec leur bébé à Montesson, préalable à une possible thérapie conjointe mère-bébé lorsque la désorganisation psychique ne permet pas à la mère et à lenfant de se rencontrer.
Annick Chauvin a organisé un hommage à Myriam David, pionnière de la relation mère-bébé en France ; elle nous a rappelé son travail de prise en charge à la journée, des mères et des bébés dans son hôpital de jour qui a fait lobjet dun joli film documentaire qui montre le travail pratiqué par son équipe.
Le Pr Yvonne Knibiehler, historienne, a resitué lévolution des relations mère-père-bébé dans lhistoire de la société occidentale. Elle nous a rappelé comment, avec la société moderne est pris en compte lenfant en tant que sujet responsable, futur citoyen et comment les nécessités démographiques et limportance de la natalité sont venues alimenter les recherches sur le développement des enfants. Cest avec beaucoup dhumour quelle nous a évoqué la reconstruction actuelle du rôle du père et mis en avant les difficultés de la mère dans le contexte de la libération des femmes, à trouver sa place auprès du bébé.
Martine Lamour et Marthe Barraco, nous ont fait partager la souffrance des bébés, des parents et des soignants lors de ces situations difficiles où les parents, du fait de la massivité de leur pathologie, ne sont pas à même de demander de laide et que la relation est en danger. Elles nous ont redit combien les professionnels, pris entre paralysie ou agis intempestifs, sengagent souvent dans des mécanismes de répétition sur plusieurs générations, des modes de relation famille-professionnels.
Cette journée passionnante sur la prévention si difficile de la maltraitance de lenfant a permis des ouvertures sur ce domaine encore si inexploré du développement des bébés.
Linda Morisseau
© Carnet Psy. Tous droits réservés.
|