|
|
21-22 janvier 1995
Toutes les personnes présentes aux Vèmes Journées psychanalytiques de lInstitut Edouard Claparède sauront gré à Madame Simone Decobert et à son équipe davoir organisé un colloque consacré à "la vie onirique chez l'enfant"; les interventions furent très pointues et permirent de mettre en lumière certaines questions fondamentales, relatives au statut du rêve de l'enfant en général, et à sa prise en compte dans le cadre thérapeutique en particulier. Michel Fain nous a rappelé qu' il est impossible d'envisager le rêve hors de sa liaison avec le sommeil en parlant du "cachet psychosomatique du rêve". Lieu où d'emblée psyché et soma s'articulent, le rêve fait adopter, de fait, au psychanalyste un point de vue psychosomatique; Gérard Szwec nous a montré à partir d'un cas clinique, comment le travail nocturne du rêve s'articule avec le travail diurne du Jeu, du dessin et du langage et a ouvert la question de la continuité de la vie psychique . L'analyste serait dans une impasse s'il n'appréciait ce que les altérations du travail du rêve disent du fonctionnement de l'appareil psychique, sans évoquer, dans une même approche, le fonctionnement vigile de cet appareil psychique. Ce sont aussi les rapports rêve-traumatisme qui ont été examinés, et l'hypothèse que le rêve et son récit permettent la liaison et l'élaboration de l'excitation traumatique. Plus précisément, Karin Tassin a exposé comment les récits de cauchemar de sa jeune patiente ont permis, en amenant la remémoration d'une scène traumatique et le lien avec le traumatisme originaire, la reconstitution de son moi-peau. (on pense à la fonction réparatrice des attaques du moi-peau que Didier Anzieu confère au rêve). Jeanne Maret a décrit la fonction de liquidation du traumatisme psychique du rêve.
Dans les aspects généraux du statut du rêve, on retiendra que l'on ne peut, à proprement parler, dire qu'il y a rêve que lorsque l'enfant a accès au langage : cet accès au langage transforme l'hallucination propre aux débuts de la vie, en un rêve en tant que tel, accompagné d'une régression de la pensée aux images sensorielles, régression sans laquelle le travail du rêve ne peut se faire. Cet espace psychique maintenu par le travail du rêve, va de pair avec une capacité à renoncer au contrôle sur le monde extérieur, pour affronter le monde des objets internes (Eric Valentin). Un examen plus précis du rêve et de ses rapports avec le cadre thérapeutique a permis de mettre en lumière plusieurs points, et de s'interroger notamment sur le statut du récit du rêve, récit grâce auquel est induite la temporalité. Si le récit du rêve confère après-coup à cette production psychique son statut onirique, on peut s'interroger avec
Gérard Szwec sur les enjeux de ce récit par l'enfant dans le contexte familial; ce récit peut alors devenir une modalité défensive particulière et permettre, via une histoire satisfaisante pour l'entourage, le camouflage d'une réalité traumatique. Pour en revenir au récit du rêve dans le cadre thérapeutique, il fut intéressant de voir, à travers les deux exposés relatifs à des thérapies familiales, comment le rêve d'un des membres de la famille peut être appréhendé comme une production commune au groupe (François Sacco, Arlette Fortin) et témoigner de l'interfantasmatisation de ce groupe. Dans ce cas-là, le récitant du rêve n'est d'ailleurs pas forcément le rêveur lui-même. D'autres questions de fond se posent sur l'émergence et le récit d'un rêve dans le cours de la cure. Quels sont les processus en jeu dans cette émergence et dans ce récit? Autrement dit, qu'est-ce qui a permis, dans le champ transférentiel, cette arrivée d'un rêve dans le cours de la psychothérapie, de quoi est-ce le signe et comment le relier aux différents temps de la cure?
Au cours de cette discussion, Paulette Letartre a différencié le rêve fait par un adolescent au cours de la psychothérapie, de celui d'un enfant dans le même contexte : dans le premier cas, l'aspect transférentiel serait primordial et le rêve apparaît ainsi comme signe de la confiance de l'adolescent dans le thérapeute; dans le second cas, le rêve procéderait plus de l'expulsion, à destination d'un tiers, d'un trop plein, ne pouvant être élaboré par l'enfant.
S'il est impossible de faire état ici de l'ensemble des débats auxquels ont donné lieu les deux Journées, la richesse pour le psychanalyste du matériel onirique de l'enfant livré au cours d'un traitement psychothérapique est apparue clairement en même temps que l'immense évolution de la théorie psychanalytique du rêve d'enfant depuis Freud. Si ce dernier a dans un premier temps caractérisé les rêves d'enfants comme simples, réalisant l'accomplissement d'un désir diurne, les auteurs qui lui ont succédé ont conféré au rêve de l'enfant un statut à part entière, et il n'est plus question maintenant de la simplicité du rêve de l'enfant, mais bien au contraire de la complexité de ses enjeux et de ses significations.
Marie-Laure Galvaire
© Carnet Psy. Tous droits réservés.
|