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Conservatoire National des Arts et Métiers de Paris, 28 janvier 1995.
Le colloque qui sest tenu le 28 janvier au CNAM sur le thème La femme et sa filiation a eu le mérite dapporter par des contributions de grande qualité et chacune relevant de sa propre discipline, un éclairage original sur la question du lien mère-fille et comment la filiation maternelle se transmet à un sexe distinct quoique semblable.
Françoise Héritier a su, dans un exposé riche, apporter son savoir anthropologique au service dune réflexion centrée sur le système de lignage dans certaines sociétés, en prenant également des exemples dans le Coran et lEglise : ne pas plaquer nos catégories sur ce que les gens disent mais savoir prendre au pied de la lettre leur structure de parenté. Elle a dégagé un concept intitulé linceste du 2ème type à savoir les liens qui unissent la fille à sa mère non biologique et à un père adoptif et aussi linterdit davoir pour deux soeurs le même partenaire sexuel.
Muriel Flis-Treves sest située dans un autre registre, celui de la psychanalyse, et, avec subtilité et rigueur à partir de la littérature, du cinéma et de lénoncé de sa pratique de psychanalyste, a su nous ramener au symptôme des ruptures de filiation avec un exposé intitulé Impossible filiation. Evoquant sa pratique à lHôpital A. Béclère, Muriel Flis-Trèves est revenue sur les échecs de la FIV en proposant une interprétation freudienne à savoir que léchec dans la filiation est paradoxal, il ramène au fonctionnement de la sexualité infantile, mais aussi, cet échec dans lunivers médical est léchec de lautre, un défi à la toute puissance infantile. Marc Fellous, généticien, a pu rendre accessible avec une grande clarté et de surcroît humour, la difficile question posée aux généticiens du déterminisme du sexe chez lhomme en partant du gène de la masculinité jusquau clônage positionnel du gène, il a réussi à mettre en évidence que plusieurs gènes agissent entre eux pour quun sexe soit déterminé. Rendant hommage aux malades le prix à payer (hermaphrodites, transsexuels) qui font progresser la science génétique, il a comparé limmense tâche du chercheur face à la Tour de Babel. Pierre Fédida, qui a animé toutes les discussions en les replaçant à chaque fois dans les problématiques les plus pertinentes, a interpellé Marc Fellous en ces termes : Vous êtes Darwinien et Freudien à la fois. Le Pr Frydman nous a transporté au coeur de la modernité avec les filiations dans le don des ovocytes. Evoquant la légende de la femme sans ombre, impératrice née dune fée qui doit trouver une ombre pour accoucher dune enfant de son mari, sinon celui-ci se transformera en pierre, le Pr Frydman, à partir de là, a pu exposer les nouveaux problèmes liés à une filiation où le don dune femme transforme lautre femme en mère. Par une classification des donneuses : donneuse relationnelle, donneuse passionnelle, occasionnelle et additionnelle, il a su avec sobriété et dun point de vue éthique, sans se départir de sa pratique médicale, aborder les questions encore ouvertes du don anonyme et de ce quil est convenu dappeler les grossesses après la ménopause ou celles dites des mamies.
Enfin ce colloque sest achevé avec lexposé de Jean Guyotat sur la Filiation et la puerpéralité. Il a évoqué de nombreux cas pris dans sa pratique psychiatrique : psychose puerpérale, délires de filiation. Il a notamment insisté sur les liens de filiation ce par quoi un individu se définit par ses descendants réels ou imaginaires. Dans la psychose puerpérale, la mère par rapport à sa fille, se vit comme la division dun corps en deux, comme la reproduction du même, ressentant le corps du bébé comme son double répété.
En bref, un colloque qui fera date et qui par ces approches multiples et denses contribue à faire avancer la réflexion sur la femme et sa filiation en laissant ouvert le débat.
Béatrice Koeppel
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