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Docteur Antoine Guedeney, chef du service de psychopathologie
du jeune enfant et de la famille, Institut de Puériculture de Paris,
26 boulevard Brune, 75014 Paris, France
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Article suivant: À propos de la classification 0.3...
Le but d'une classification diagnostique est la communication entre
les professionnels du domaine concerné. Elle permet aussi des échanges,
et donc une forme de reconnaissance des spécificités du domaine
de la santé mentale précoce, de la part des autres domaines
de la santé mentale, et des pouvoirs publics. Une classification
diagnostique permet la planification d'un traitement, l'organisation des
services et la recherche, en particulier sur la fréquence, les associations
et le devenir des syndromes observés dans la petite enfance. Les
classifications ont donc une durée de vie naturellement limitée,
tout en devant être assez stables pour permettre que leur essai puisse
générer des résultats.
Selon Robert Emde (1998), le premier critère de validité
d'une classification est son étendue (le système permet-il
de comprendre tous les syndromes observés ?), puis la simplicité
d'usage. La clarté des règles de décision vient ensuite,
avec la capacité à donner lieu à un accord entre cliniciens.
Enfin, les chances de survie d'une classification tiennent à sa capacité
à évoluer, à générer des données
pertinentes, et enfin à sa compatibilité avec les systèmes
dominants, DSM-IV et ICD-10.
Faut-il faire des diagnostics dans la petite enfance ?
L ' idée même d'une classification diagnostique pour
de jeunes enfants peut apparaître étrange, voire choquante.
Nous sommes habitués à l'idée qu "Un bébé
tout seul, ça n'existe pas". Dans une perspective psychopathologique
, on hésite à étiqueter l'enfant, avec un diagnostic
de structure trop précoce et trop basé sur le modèle
de l'adulte. On souhaite aussi éviter d'épingler le bébé
comme responsable de ses troubles. Pour certains, il n'y aurait ainsi, chez
les très jeunes enfants que des troubles de la relation.
La notion de classification diagnostique préoccupe souvent
le clinicien d'inspiration psychanalytique. Il craint l'effacement de la
perspective de l'individu, et l'appauvrissement par le caractère
réducteur du diagnostic. De fait, l'évaluation clinique s'occupe
bien d'évaluer un individu, de la façon la plus riche possible,
et dans la recherche de ses meilleures possibilités, en identifiant
les circonstances qui les inhibent ou qui les rendent manifestes. L'évaluation
du bébé ne peut être qu'une l'évaluation dans
la relation (Guedeney & Lebovici, 1997). La classification 0-3 est un
guide précieux de cette évaluation; dans notre expérience,
elle l'a plutôt enrichie, en nous entraînant à une meilleure
précision de la participation et du fonctionnement propre à
l'enfant. En effet, elle conduit à évaluer l'intensité,
la fréquence et la durée des troubles éventuels, et
ce dans les différentes relations principales de l'enfant.
Il y a là un souci de précision, de rigueur dans l'établissement
des faits cliniques, dont il est bon qu'il s'applique à la petite
enfance.
D'une façon plus large, l'évaluation doit tenter de
saisir les valeurs et les aspects de la culture familiale, ce qui est critique
pour l'établissement et le maintient d'une alliance thérapeutique
dans les familles dites à difficultés multiples (C. Legrand-Sébille,1997;
S. Fraiberg, 1980), comme dans les familles en exil (M.R. Moro,1998). Un
autre aspect essentiel de l'évaluation précoce est l'appréciation
du niveau fonctionnel du développement émotionnel. Dans la
petite enfance, ce niveau ne peut être simplement déduit du
résultat d'un test de développement du type du Brunet-Lézine,
révisé récemment par Denise Josse (1995), si utile
que soit ce test. Il s'agit bien du niveau émotionnel du développement
et pas simplement de la performance attendue pour l'âge, en termes
cognitifs. Finalement, nous voyons que l'évaluation clinique n'est
pas gênée par la procédure de la classification diagnostique,
pour ce qui concerne les axes de la relation (II), du stress (III), des
facteurs organiques ou autres associés (IV), et du développement
émotionnel (V). Ceci n'est pas étonnant puisque la classification
reflète le mode de travail de cliniciens qui recherchaient l'engagement
dans la relation et non l'étiquetage. La question est plus difficile
pour ce qui concerne l'axe I, celui du diagnostic principal. Et là,
il s'agit bien de classer des maladies, ou des troubles, et non des individus.
Il s'agit d'établir un lien entre les syndromes que nous identifions
lors de l'évaluation du bébé et la connaissance actuelle
concernant les troubles de la petite enfance. Cependant, nous classons bien
des troubles, et pas des individus. Nous évaluons des individus,
au sein de leurs relations et en relation avec nous.
La classification 0-3 : un système
issu de la clinique
La classification diagnostique 0-3 ans est née de la pratique
d'un groupe de cliniciens américains travaillant avec de jeunes enfants
, en 1977 (Fenichel, 1999). Ce groupe était constitué de psychanalystes,
de psychiatres d'adultes, d'enfants et d'adolescents, de pédiatres
intéressés par la perspective du développement, de
psychologues, d'éducateurs et d'un philanthrope, Irving Harris. Ce
groupe de 12 professionnels influents décida que les connaissances
récentes concernant le développement précoce méritaient
d'être diffusées largement et mises en pratique. Le groupe
se fonda en organisation privée, sans but lucratif, le National Center
for Infant Clinical Programs (NCCIP). Parmi les membres de ce groupe, on
trouve Robert Emde, l'élève et le continuateur de Spitz, Stanley
Greenspan, qui dirigea longtemps le groupe, Katryn Barnard, Sally Provence,
Alicia Lieberman, qui travailla avec Selma Fraiberg, Joy Osofsky, Arnold
Sameroff, Albert Solnit , Reginald Lourie, Charles Zeanah. Pour les fondateurs,
"programmes cliniques" signifiait centres de soins qui offrent
des évaluations individuelles, des interventions préventives
et des traitements aux enfants et à leurs familles, en opposition
, par exemple, à un abord pédagogique. Cependant, le nom de
l'organisation était mal compris aux USA, et après une quinzaine
d'années, il fut changé en 0 3 ans (Zero to Three, National
Center for Infants, Toddlers and Families, NCITF).
Cette classification est proposée comme une alternative au
DSM-IV(1994), dans la mesure ou celui-ci ne décrit pas ou peu les
premières années de la vie. En 1987, Kathryn Barnard fonda
la "Diagnostic Classification Task Force" (le groupe de travail
sur la classification diagnostique 0-3). Ce groupe fut d'abord présidé
par Stanley Greenspan, puis ensuite par sa collaboratrice, Serena Wieder.
Le groupe se réunit deux fois par an , autour de deux axes principaux
de travail.
Le premier fut la discussion des entités cliniques de la petite
enfance, sur un plan clinique et théorique. Le second consista à
rassembler des observations cliniques comparables dans divers centres accueillant
de jeunes enfants aux USA. Il s'agissait de tenter de préciser des
diagnostics jusqu'ici plutôt globaux (par exemple, celui de "troubles
réactionnels"), et à préciser les caractéristiques
relationnelles de l'enfant, comme de la relation parents-enfant. La phase
suivante consista à apporter ces observations dans des réunions
de consensus.
La classification diagnostique 0-3 fut publiée aux USA en décembre
1994, sans aucune aide gouvernementale, et grâce à l'aide de
la Mailman Family Foundation. Maintenant à sa quatrième édition,
la classification a été traduite en italien , en portugais,
en français, en espagnol et en allemand; des traductions en serbe,
en japonais , en Finnois et en hollandais sont en cours. En 1997 fut publié
le livre de cas clinique, qui décrit en détail des évaluations
et des procédures de traitement pour chacune des catégories
cliniques décrites dans la C.D.0-3. Ce livre de cas clinique est
en cours de traduction en français (Médecine et Hygiène).
Les grandes lignes du système de
Classification Diagnostique 0-3 ans.
La classification propose un système provisoire de classification
multi-axiale. La classification reprend le mode actuel en cinq axes, dans
la mesure ou elle souhaite être compatible avec les systèmes
existants, en particulier DSM-IV et ICD 10.
- l'axe I est celui de la classification primaire (diagnostic principal).
Les catégories spécifiques de la Classification diagnostique
0-3 sont le syndrome de stress post-traumatique, les troubles de l'affect,
les troubles de la régulation, les troubles touchant de multiples
systèmes du développement (MSDD).
- l'axe II est celui de la relation (c'est celui de la personnalité
chez l'adulte, ou du retard mental dans le DSM-IV). Dans la classification
0-3, le trouble de la relation est évalué quantitativement,
au décours de l'évaluation, sur une échelle, le PIR-GAS
(Parent-Infant Relationship Global Assessment, de Zeanah) allant de 90 (normal)
à 10 (massivement altéré), la limite de la pathologie
étant située à 40 (Voir Tableau 2 en annexe).
- l'axe III est celui des troubles médicaux ou développementaux
associés, que l'on cote dans les classifications existantes (ICD-
ou DSM-IV)
- l'axe IV est celui de l'intensité du stress psycho-social
- l'axe V évalue le niveau du développement émotionnel
(évaluation globale du fonctionnement GAF- dans le DSM-IV).
Le système ne cherche pas à être complètement
symétrique de celui du DSM-IV et de l'ICD-10, dans la mesure ou il
est centré sur le développement, et dans la mesure où
il cherche à couvrir les zones que le DSM ou l'ICD ignorent. Si c'est
un diagnostic du DSM-IV qui décrit le mieux le trouble primaire,
il devra être codé sous l'axe I de ce système. Si un
diagnostic DSM ou ICD se trouve lié à un diagnostic primaire
applicable en système 0-3, (par exemple le mérycisme, qui
existe en DSM, mais pas en 0-3), alors il devra être noté dans
l'axe III du système 0-3; on peut ainsi avoir: "Dépression
du jeune enfant" (203) en axe I du système 0-3 (ce diagnostic
n'existe pas dans le DSM-IV), avec le mérycisme en Axe III, sous
son code DSM-IV, 307.53). De même , de nombreuses maladies chez le
bébé entraînent des effets sur le développement;
ces maladies doivent figurer à l'axe III, et non comme des diagnostics
associés. Trois aspects caractéristiques de la classification
Diagnostique sont à noter: son arbre de décision, la classification
des relations parents- enfants, et l'évaluation du niveau émotionnel
et fonctionnel.
L'arbre de décision
L'intérêt de la classification 0-3 est bien de proposer
des critères diagnostiques pour les catégories spécifiques
de la petite enfance, et un arbre de décision qui témoigne
de leur hiérarchisation. Puisque le bébé ne dispose
que d'un répertoire relativement limité de comportement ou
de réponses aux différentes difficultés, on doit s'attendre
à retrouver les mêmes symptômes dans la description de
catégories diagnostiques différentes.
Le système 0-3 propose la hiérarchisation suivante :
- S'il existe un épisode traumatique évident et sévère,
alors le diagnostic d'état de stress traumatique prime.
- La deuxième option à chercher est celle du trouble
dit de la régulation, évoquant la notion de tempérament,
et lié à une dimension constitutionnelle.
- Si les problèmes sont modérés ou légers,
durent depuis moins de 4 mois et sont associés à des évènements
précis, on peut envisager le trouble de l'ajustement. Si le trouble
n'est ni léger, ni bref, n'est pas lié à une vulnérabilité
constitutionnelle, ni à un stress traumatique, alors on peut envisager
les catégories des troubles de l'humeur ou de l'affect. La classification
0-3 est la première à les envisager dans cette classe d 'âge
, qu'il s'agisse de la dépression précoce, des troubles anxieux
précoces, ou des troubles plus complexes encore de l'expression émotionnelle,
des troubles précoces de l'identité de genre, ou encore des
troubles précoces de l'attachement. Cette catégorie est considérée
comme celle des troubles secondaires aux troubles de la relation parent-enfant.
- En exception de la règle ci-dessus, les troubles de la communication
et des relations sociales ont préséance sur les troubles de
Stress post traumatique et sur les troubles de la régulation, dans
la mesure où il s'agit de troubles durables. Les troubles Multi-systèmes
du développement (MSDD) se veulent une catégorie alternative
à celle du trouble envahissant du développement du DSM-IV ; il s'agit de mettre l'accent sur les troubles de la régulation,
et sur leur impact dans les difficultés de contact et de relation
à l' autre.
- Si la seule difficulté est celle de la relation, et s'il
n'existe pas de trouble relevant de l'axe I hors de la relation, alors l'axe
I reste vide et le seul diagnostic est celui de l'axe II. Noter que le diagnostic
de trouble de la Régulation, dans la mesure ou il s'agit d'un trouble
considéré ici comme étant surtout d'origine constitutionnelle,
implique l'absence de diagnostic de trouble grave de la relation.
- Les troubles du sommeil ou de l'alimentation peuvent constituer
une difficulté isolée ou être dus à un trouble
plus étendu, comme un trouble de la régulation , un trouble
Multi-système (MSDD), ou de l'attachement; dans ce cas, c'est ce
trouble qui figure sur l'axe I. Dans certains cas cependant, il peut exister
deux diagnostics sur l'axe I.
Intérêt et limites de la Classification Diagnostique 0-3
La classification Diagnostique a d'abord l'intérêt d'exister,
en tant que premier outil spécifique du champ de la petite enfance,
avec des propositions diagnostiques et un arbre de décision. Il s'agit
d'une classification dont la base est clinique, et repose sur l'évaluation
précise des capacités et des spécificités des
modes de réaction et de traitement de la sensorialité de l'enfant,
au sein de ses relations. La classification propose aussi une conception
alternative intéressante des troubles sévères du développement,
qui peut conduire à leur démembrement et à des abords
thérapeutiques spécifiques, par rapport aux syndromes autistiques.
Il s'agit aussi de voir dans quelle mesure la détection précoce
et l'intervention sur ces situations empêche ou non leur structuration
ultérieure, par exemple sur un mode psychotique ou déficitaire.
La classification permet d'explorer les pathologies affectives précoces,
dont on peut espérer une meilleure description : troubles anxieux
précoces, troubles de l'humeur, troubles de l'expression émotionnelle.
Certaines équipes se sont déjà attachées plus
particulièrement à la description d'un champ, comme celui
des troubles anxieux (MJ. Cordeiro et coll., Lisbonne), des troubles alimentaires
(Dunitz et Scheer, à Graz), de la dépression précoce
(Guedeney et coll., Paris), des troubles précoces de l'attachement
(Liebermann et Zeanah, USA), des troubles multi-systèmes du développment
(Greenspan et Wieder, USA). Beaucoup reste à faire, pour démontrer
l'intérêt et la fiabilité de la classification, en particulier
dans l'évaluation des relations précoces.
En conclusion
La classification 0-3 a pour nous l'intérêt de soutenir
un processus d'évaluation fin des capacités du bébé
dans ses différentes relations, et de son niveau de développement
émotionnel. Elle a l'intérêt de reposer sur une base
conceptuelle assez claire, dans laquelle la part des troubles dits de la
Régulation est importante. Elle donne sa part aux troubles précoces
de l'affect, qui apparaissent particulièrement liés aux troubles
de la relation. Elle propose une conceptualisation des troubles graves et
envahissants du développement qui oriente vers un travail de la relation
et du repérage des modes spécifiques à l'enfant de
l'intégration sensoriels. Elle nous propose des critères diagnostiques
et un arbre de décision assez simples, qui peuvent en faire un outil
complémentaire de la classification française CFTEMA. Aux
professionnels du champ de la petite enfance de l'éprouver et de
la faire progresser, en tentant de répondre aux questions que nous
nous posons: y a-t-il des classifications diagnostiques universelles, applicables
à toutes les cultures? Comment faire place aux appellations culturelles
spécifiques des troubles ? Comment conduire au mieux des études
de validité? Toutes ces questions se posent à propos d'une
nouvelle classification, qui est toujours aussi un enjeu idéologique
entre cultures et entre systèmes de pensée qui sous-tend,
plus ou moins clairement tout système de classification. Nous ressentons
bien tout l'enjeu en mesurant l'effet du DSM-III sur les pratiques psychiatriques,
sur l'enseignement, et au fond sur l'objet de la psychiatrie, aux USA puis
ailleurs (Wilson,1993; Botbol & Guedeney, 1999).
 Antoine Guedeney
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Traduction
La Classification Diagnostique 0 To Three a été traduite
en français par Denise Parise. Cette traduction a été
révisée par Maria José Cordeiro, Pedro Caldeira, Gisèle
Danon, Nicole et Antoine Guedeney, avec l'aide d'un groupe de travail constitué
de Elisabeth Aydane, Fréderique Jacquemin, Marine Moralès-Huet,
Catherine Rabouam, Sylvia Ceruti, Anne-Sophie Mintz et Didier Rabain.
La Classification 0-3 a été publiée par Médecine
et Hygiène et par la revue Devenir (numéro spécial,
10, 2, 1998). La traduction française peut être commandée
auprès de Médecine et Hygiène, 78, avenue de la Roseraie,
case 456, CH-1211, Genève 4, ou par Internet sur le
site des Éditions Médecine & Hygiène.
La traduction du livre de cas clinique (Casebook Zero to three, 1997)
sera publiée pour le congrès de la Whaim à Montréal,
Québec, en juillet 2000.
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des troubles de la santé mentale du nourrisson. Une expérience
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© Carnet Psy. Tous droits réservés.
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