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Le débat sur l'attachement

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19 Octobre 1999

En tant que psychologue adlérien, c'est avec beaucoup d'intérêt que j'ai découvert votre dossier particulièrement intéressant sur l'attachement. Dans un esprit « oecuménique » la plupart des auteurs tentent de concilier la théorie de l'attachement et la psychanalyse et font de J. Bowlby, M. Ainsworth, et Zazzo les pères de "l'attachement".

Bien avant Bowlby, Alfred Adler - et c'est un des points majeurs de la controverse Freud-Adler - affirme que les motivations affectives sont primaires  contrairement à la théorie de l'étayage. A. Adler substitue le concept de développement du sens de la communauté, qualité potentielle innée, à celui de libido. Ce concept très fécond le conduit à attribuer 2 rôles à la mère :

  • Développer le sentiment de communauté de l'enfant dans une relation duelle satisfaisante. Il cite les effets néfastes de la carence de cette relation pour le devenir de l'enfant.    
  • Transformer cette relation duelle et intégrer très tôt dans les relations de l'enfant, le père, les autres membres de la cellule familiale, puis les amis... favoriser sa socialisation. Sa théorie de "l'attachement" permet d'expliquer les difficultés que risque de rencontrer, certes, l'enfant maltraité ou délaissé, mais aussi l'enfant gâté ( maladie mentale, délinquance ) ; il cite de nombreux cas cliniques. Ce dernier point n'est pas compris par J.Bowlby, ce qui est inquiétant pour la définition d'une prévention efficace.

L'explication d'A. Adler se place dans une vision finaliste causale qui n'est pas causale déterministe.   Dans "A la découverte de l'inconscient", H.F. Ellenberger, parle au sujet d'A. Adler de "conspiration du silence". Il est compréhensible que dans la première partie du siècle, par suite de la controverse  Freud-Adler, l'aspect des rapports interpersonnels ait été méprisé au profit des conflits intra-psychiques ; cela ne semble plus être le cas de nos jours. Wallon reprend les idées d'A. Adler (inconscient exclu) notamment sur "l'attachement" et l'importance du social. Il cite parfois ses sources. Zazzo, élève de Wallon reprend aussi à son compte les découvertes adlériennes mais ne cite que Wallon. (A. Adler, refusait de faire de la politique et avait rompu avec les "Adléro-marxistes" qui, pour lui, confondaient "fraternité communiste" et sentiment de communauté humaine...). L'esprit d'ouverture de votre dossier laisse entrevoir la possibilité de la fin de la "conspiration du silence" dont parle Ellenberger et la prise en considération constructive des apports d'A. Adler à une théorie générale de "l'attachement" par les spécialistes français.

Lionel Nadaud

Pour en savoir plus : Lionel Nadaud, Des sources au rejaillissement actuel de la psychologie individuelle, Éditions Érès, 19 rue Gustave Courbet, 31400 Toulouse. lionel.nadaud@infonie.fr


10 octobre 1999

J'ai lu avec plaisir le dernier numéro de Carnet Psy sur l'attachement. Il n'y manque qu'une chose, mais, malheureusement elle est à la mesure de l'incapacité de la plupart des psychanalystes à la penser : la honte. Car si il y a quelque chose d'essentiel à l'homme que seul le concept d'attachement permet de penser, c'est bien la honte. Imre Hermann, plus clairvoyant la dessus que Bowlby, avait pourtant montré le chemin et cela dès 1943 dans L'instinct filial (traduit chez Denoël en 1972).

Il ne suffit pas de dire qu'il faut prendre en compte les différentes qualités d'affects qui sont liées aux représentations, il faut le faire en effet et il ne suffit pas de parler de "tiers", il faut en envisager les conséquences dans le fonctionnement social, lorsque l'identité subjective de chacun se trouve confirmée ou infirmée par le groupe à la mesure des liens d'attachement qui le relient à celui-ci.

Rien non plus, malheureusement, sur "l'attachement au négatif" de Didier Anzieu, susceptible d'éviter bien des contresens. Ce n'est pas le plaisir qui rend compte de l'attachement, comme on le lit dans certains textes présents dans la revue, mais le contraire et c'est ce qui explique qu'il y a des souffrances auxquelles nous sommes attachés et que nous recherchons si nous en sommes privés. La prise en compte de l'attachement renouvelle totalement la compréhension de ce qu'on appelle le masochisme.

Pour être plus précis encore, la théorie que j'ai proposé en 1992 (dans La Honte, justement) autour de trois formes complémentaires d'investissements (narcissique, d'objet et d'attachement) permet de dialectiser les choses d'une façon qui est fort peu (à part Bernard Golse) envisagée par vos collaborateurs.

Merci, en tout cas, de continuer à nous proposer des dossiers qui nous font réfléchir,

Serge Tisseron

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