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« Autour d'une exposition contestée, et d'autres critiques de la psychanalyse »

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Entrevue avec Patrick Mahony, réalisée par Hélène David, le 28 mars 1996.

H.D. J'ai voulu te rencontrer pour en quelque sorte faire le point sur une certaine critique dont la psychanalyse fait l'objet actuellement, et dans laquelle tu as été impliqué personnellement, que ce soit à titre de membre du Comité de l'exposition sur Freud à Washington, ou comme auteur cité par certains polémistes locaux à partir du livre de Borch-Jacobsen. J'aimerais avoir tes impressions face à ces récentes levées de boucliers contre la psychanalyse.

Je vais répondre à cela à partir de tout le brouhaha autour de l'exposition annulée sur Freud. Disons qu'il y a trois choses. D'abord, tout le questionnement à propos de n'importe quelle exposition. Deuxièmement, la remise en question de la psychanalyse. Et troisièmement, une remise en question de Freud lui-même.

Je vais revenir au premier point qui est la remise en question des expositions. Il y a certaines expositions à Washington comme la "Enola Gay Exhibit", portant sur l'avion qui a laissé tomber la bombe atomique sur Hiroshima, cette exposition a été contestée par des anciens vétérans de guerre aux Etats-Unis. Maintenant aux Etats-Unis, ce sont de grandes institutions représentant la culture comme la "Library of Congress" qui sont mises en question. Et plus tragiquement, tout à fait récemment, une exposition intitulée "Back of the House" sur la vie des noirs au XIXe siècle, et dirigée par un expert sur les études africaines, a fait l'objet de contestation. Cet expert voulait montrer que derrière les belles plantations du Sud au XIXe siècle, il y avait la misère des noirs. Alors chose surprenante, cette exposition a été contestée, contestée par des noirs, disant que c'était dégradant et qu'une exposition doit célébrer quelque chose et non pas montrer la dégradation. Alors tu vois des attitudes contraires. Je ne veux pas dire par là que tous les noirs ont contesté - pas du tout. La question essentielle c'est de se demander si une exposition devrait avoir la même liberté académique que celle des universités ou si une exposition doit être politique, doit célébrer et non exposer disons des failles dans un système ou une misère de certains groupes. Alors c'est vraiment de plus en plus compliqué. Finalement, l'exposition sur Freud qui était remise à l'an 2000 pour des raisons économiques, et qui aura finalement lieu en 1998 a, elle aussi, fait l'objet de toutes ces contestations politiques.

H.D. Ce sont des précisions importantes car il y a controverse quel que soit le thème, que ce soit la psychanalyse, l'esclavage des Noirs au XIXe siècle, l'holocauste ou la bombe atomique.

Chaque thème d'exposition a fait l'objet de fortes contestations. Il y a aussi une exposition sur la guerre au Vietnam qui a été reportée.

H.D. Et c'est toujours la contestation d'un groupe contre l'idéologie de l'exposition en question. On ne veut pas montrer les Américains dans leurs failles ou dans leurs idéologies ou les Noirs dans leur misère ou alors dans le cas de Freud on veut exposer les deux côtés de la médaille: "Ne montrez pas seulement le beau Freud...".

Dans l'exposition de Freud, la contestation est venue de personnes d'orientations différentes. Certains opposants étaient un peu "Jungiens", "Reichiens" et voulaient que l'autre tendance soit représentée. Et il y avait d'autres personnes parmi les gens qui ont signé la pétition contre cette exposition, qui étaient opposées à toute forme de thérapie, comme, par exemple, Jeffrey Masson, cet ancien psychanalyste qui écrit des livres en disant maintenant non seulement il ne croit pas à la psychanalyse mais qu'il est aussi opposé à toute thérapie. Il prétend qu'un ami ça suffit. Alors même les gens qui ont protesté sont divisés... Ce n'est pas un bloc monolithique uni... Il y a même eu un signataire réclamant la protection du consommateur... Alors voilà pour l'arrière-plan des expositions générales.

Passons maintenant aux deux autres questions, celles de la remise en question de la psychanalyse et de la remise en question de Freud. Je vais commencer par Freud.

Parmi les gens qui contestent, certains ont découvert des choses plutôt scandaleuses. C'est arrivé de plus en plus au fur et à mesure que des documents ont été rendus publics. Bien sûr, ça remet en question la psychanalyse. Pour ma part, j'ai une collection des lettres inédites de Freud. Au fur et à mesure que le temps avance, nous allons découvrir toutes sortes de choses de plus en plus négatives sur Freud et je dirais aussi en même temps des choses de plus en plus positives. C'était un homme avec des failles et avec de grandes qualités. C'était un des plus grands génies du monde.

Je pense que finalement une des raisons historiques qui explique toute la contestation contre Freud à ce moment-ci vient du fait que les analystes ont idéalisé Freud pour en faire une personne désincarnée. Avec les tendances extravagantes et excessives des deux tendances, négatives et positives, il y a quelque chose de positif qui va sortir de cela.

On peut comparer la psychanalyse, le communisme et le mouvement religieux en ce qu'ils ont idéalisé leur fondateur, ont eu leur processus d'excommunication, de condamnation pour hérésie, etc., et ce, dans les deux cas. Et tout cela pour rassurer, pour dépendre d'une personne idéalisée, dans le but de donner de la force.

Tout ce qu'on découvre, c'est malheureux, mais au fond Freud a insisté pour dire qu'il n'était pas un saint. Il a dit ça. Et je pense que plus on va en connaître sur Freud, plus on va l'admirer comme une personne géniale mais avec toutes ses failles.

Ceci dit, passons maintenant à la psychanalyse. Pourquoi la psychanalyse est-elle attaquée? Dans les années '70, un sondage a été publié dans JAPA où on donnait les résultats des interviews avec d'anciens patients d'analystes et où on a enterré le mythe psychanalytique enseigné jusqu'à ce moment. Cela enterrait une doctrine fondamentale, centrale en psychanalyse que l'Oedipe peut être complètement dissous. Et, implicitement, cela voulait aussi dire que les personnes qui étaient analysées ou les analystes qui étaient analysés croyaient que le complexe d'Oedipe pouvait être dissout. Ça montre la faiblesse de l'auto-analyse qu'on poursuit tout le temps pour analyser notre contre-transfert. Ça montre une faiblesse centrale au coeur de l'appui psychanalytique. Alors bien sûr, pour ces raisons-là et pour beaucoup d'autres raisons, la psychanalyse est de plus en plus contestée.

L'aspect positif dans tout cela c'est qu'on apprend à être plus modeste... Nous pouvons apprendre des gens qui nous attaquent au lieu d'une attitude de refus. On m'a demandé de faire partie d'un comité national sur les archives de l'histoire de la psychanalyse internationale. Je vais accepter à condition que le comité soit nommé au terme d'un processus transparent et démocratique, avec un accès public aux procès-verbaux, ce qui n'est pas toujours le cas dans cette institution.

Je vais donner un autre exemple de cela. Il y a bien des années, à cause de mes recherches, j'ai manifesté mon intérêt pour participer à l'administration des archives de Freud à New York. Ils ne voulaient pas accepter et finalement ils m'ont dit: "On va créer un comité honorifique de personnes comme Masoud Khan, Laplanche et Pontalis, Fichtner en Allemagne et toi. Ce sont toutes des personnes qui ont une réputation internationale". J'ai refusé. J'étais scandalisé et je leur ai dit: "Ce que vous allez créer c'est une espèce de comité de membres honorifiques qui n'a pas de pouvoir du tout et qui vous laisse tout le pouvoir". Alors voilà, ce sont des choses comme ça qui arrivent. Et on mérite en ce sens là d'être critiqués.

H.D. Critiqués de s'être fermé au monde comme si on avait des choses à cacher. Ça stimule les fantasmes. Et pourquoi est-ce que c'est comme ça ?

D'après tout ce que je sais sur Freud comme clinicien et tout ce qu'il a dit sur lui-même, toutes ses cures étaient des cures transférentielles. Ça veut dire quoi? Il n'a jamais analysé le transfert suffisamment pour faire des changements disons structuraux. Alors qu'est-ce qui s'est passé? À cette époque, plusieurs personnes analysées par Freud pouvaient aller partout et être reçues comme de grands analystes alors qu'elles avaient seulement vécu des cures transférentielles. Quand ces personnes sont elles-mêmes devenues analystes, qu'est-ce qui s'est passé? Il n'y a pas un article écrit là-dessus. Quand est-ce qu'on a commencé en analyse à faire des cures sur l'analyse du transfert dans un sens plus large? C'est une grande question. Et je pense que c'est finalement bien des années après la mort de Freud.

J'aime beaucoup le néologisme inventé par Derrida à propos de la psychanalyse où on parle du "tranchefaire". Si on fait une enquête sur l'arbre généalogique psychanalytique, tout le monde était analysé par tout le monde.

H.D. Quel serait l'avenir de la psychanalyse comme mouvement qui se situe à contre-courant de tout l'accent porté sur la biologie, la génétique ?

J'ai beaucoup d'espoir pour la psychanalyse. On peut faire beaucoup de choses avec les médicaments, avec tous les autres moyens... mais l'être humain va toujours demander la relation, c'est un être grégaire. Il y a la relation qui va compter, qui va prendre le dessus.

H.D. Que devraient faire les psychanalystes face à ce débat et ces attaques qui viennent de partout, même de Montréal ?

Peut-être y a-t-il une autre façon d'aborder ce problème. Au lieu d'essayer d'élargir nos frontières, il faudrait regarder plus modestement où on peut contribuer. Je pense que dans un sens, on souffre encore de la grandiosité des analystes du début. Que signifie l'étiquette "la psychanalyse appliquée"? Qu'est-ce qu'on peut montrer aux autres, aux autres disciplines? Et aussi qu'est-ce qu'on peut apprendre des autres disciplines? Dans les autres disciplines, on ne parle pas de philosophie appliquée, de littérature appliquée mais on parle de la psychanalyse appliquée.

Je suis d'accord qu'on doive réfléchir aux problèmes en dehors de la clinique avec une lecture psychanalytique mais je conteste l'attitude unidirectionnelle, colonialiste, impérialiste. Prenons par exemple les méthodes textuelles. Qu'est-ce qu'elles peuvent révéler des textes de Freud qu'une réflexion psychanalytique ne peut pas découvrir? Dans un sens plus large, qu'est-ce que ces méthodes textuelles peuvent révéler de l'inconscient psychanalytique? En corollaire, qu'est-ce que l'analyse psychanalytique peut révéler de l'inconscient textuel? On doit reconnaître aussi les limites de la psychanalyse. La psychanalyse peut répondre à certaines questions fondamentales de la vie mais elle n'est pas du tout une réponse à tout. Les gens qui pensent que la psychanalyse a une réponse à tout, sont dangereux. On se trouve encore dans la grandiosité. Et on doit se demander qu'est-ce que ma discipline à moi peut apporter? La psychanalyse doit être complémentaire.

H.D. Comment expliques-tu une telle aversion de certaines disciplines de faire équipe avec la psychanalyse? Certains critiques peuvent devenir extrêmement méchants et destructeurs envers la psychanalyse, quand ils disent: "ce n'est pas scientifique parce que ce n'est pas prouvable. Ils racontent n'inporte quoi, ils fabulent sur leurs propres spéculations".

Il y a eu beaucoup de recherches de laboratoire sur la psychanalyse. Beaucoup de gens dans plusieurs pays expérimentent avec le "video" ou le verbatim. Malheureusement, ça falsifie tout. Finalement, on ne peut pas faire entrer certaines méthodes de laboratoire dans la scène psychanalytique. On ne peut pas falsifier l'espace relationnel privé entre deux personnes. Et là, je pense que ce qui est en cause c'est la question du deuil. On ne veut pas, on ne peut pas le faire. L'inconscient, ce mauvais inconscient qui menace toujours, qui suscite les résistances, le rejet de la part des autres et de notre part aussi, ça, ça ne changera pas. Le problème est le problème avec notre propre inconscient.

H.D. Donc tu contestes dans ton énumération une grande proportion de ce qui se fait en recherche psychanalytique en ce moment par des chercheurs psychanalytiques qui croient qu'ils travaillent par exemple sur les représentations maternelles ou sur l'analyse du contre-transfert, soit du côté des mécanismes de défense, soit du côté de l'observation proprement dite.

Je ne conteste pas autant les questionnaires que les appareils qui sont mis dans un bureau. Pour moi, les enregistrements falsifient la psychanalyse. On observe quelque chose qui n'est plus psychanalytique. Qu'ils appellent ça par un autre nom, je suis d'accord, c'est vraiment intéressant, mais ce n'est pas de la psychanalyse.

H.D. Ça revient à être victime d'un système qu'on a par ailleurs créé. La théorie psychanalytique a séduit énormément, elle est entrée dans toutes les universités, bon maintenant elle en ressort peut-être un peu mais elle est entrée partout, elle est entrée dans le champ de la psychiatrie de façon extraordinaire dans les quarante dernières années, dans le champ de la psychologie, dans le champ des sciences humaines. On est victime de notre propre sort parce qu'on veut garder la crédibilité de chercheurs universitaires et les psychiatres veulent garder la crédibilité de médecins qui doivent guérir.

Freud a souvent parlé de ça, de l'impossibilité de démontrer, de prouver la psychanalyse à des gens qui n'étaient pas complètement convaincus. Il a parlé de l'impossibilité de prescrire la psychanalyse, de la difficulté à l'enseigner. Et bien sûr quand on essaie d'enseigner la psychanalyse, c'est une profession doublement impossible.

H.D. Je ne sais pas si on devrait être content ou s'inquiéter de cette réponse-là. Parce que ça concerne quand même tout un champ théorique, tout un développement important du 20e siècle.

Parlons de l'institution psychanalytique. Il y a un plus grand nombre de membres que jamais: 9000 membres maintenant. Et pour moi, il existe une contradiction fondamentale entre la réflexion psychanalytique, sorte d'enquête de l'inconscient, et le 20e siècle. Il y aura toujours une contradiction. Et n'importe quelle organisation est conservatrice en soi, si elle veut durer. Dès le début en psychanalyse, même chez Freud, on retrouve deux tendances. D'une part une tendance iconoclaste, c'est comme ça qu'il le dit, et d'autre part, l'amour de la tradition. Il y aura toujours une tension entre les deux et ça va continuer. Plus grande devient l'organisation, plus il y a de règles. Et c'est ça qui se passe maintenant et l'organisation se trouve dans une grande difficulté. Il se trouve aussi un deuxième aspect, à savoir que l'organisation jusqu'à maintenant était gérée par un puissant lobby anglo-américain. Maintenant, pour la première fois dans l'histoire, un plus grand nombre de membres viennent d'un autre continent, de l'Amérique du Sud. Cela implique qu'ils injectent plus d'argent que les américains. Ils exigent donc une représentation proportionnelle et je suis tout à fait d'accord avec ça. Notre société psychanalytique se doit d'être vraiment internationale. C'est la tâche de l'avenir.

Il se passe la même chose en psychanalyse que dans d'autres disciplines. Il y a cette remise en question de l'autorité. Il y a en philosophie et en d'autres disciplines tout le mouvement de déconstruction. Il y a tout ce monde dans la société qu'on appelle "la société moderne narcissique". La tendance à attaquer les figures d'autorité et la psychanalyse est incluse dans cela. N'importe quelle discipline qui est basée sur l'inconscient sera toujours susceptible d'être attaquée.

Je veux te dire quelque chose où je vais avoir l'air un peu vieillot mais je peux me défendre quand même. Des choses extraordinaires sont encore à découvrir chez Freud; je ne veux pas parler de la psychanalyse comme telle. Des choses qui sont tout à fait à date, même pour le prochain siècle. Je te donne des exemples. On peut dire que, dans un sens, Freud a découvert la déconstruction, ce qu'on voit dans son concept subversif de "Verschiebung". La traduction par le mot "déplacement" implique qu'il y aurait un bon endroit où commencer, une bonne place pour commencer. Ça c'est le sens de "déplacement". "Verschiebung" en allemand peut parfois se traduire comme "déplacement", mais parfois Freud l'emploie dans le sens de "shifting", de "glissement". Et le sens de "glissement" implique qu'il n'y a pas de bonne place pour commencer. Voilà le fondement de la théorie phylogénétique de Freud. Cela veut dire que c'est sans fin. Il n'y a pas de bonne place. Ça c'est un concept et c'est un concept bien sûr révolutionnaire. Le génie de Freud c'est que, lorsqu'il a employé ce mot, parfois il est bien traduit dans le sens de "déplacement" ou dans le sens de "glissement" et parfois c'est tout à fait vague et on est face à une espèce de glissement de sens entre "déplacement" et "glissement".

Prenons un autre exemple. Et termes cliniques, il y a un concept, grandement méconnu jusqu'à date, que Freud a employé des centaines et des centaines de fois. La fréquence du concept "Regung", dans sa forme singulière et plurielle dépasse le nombre de fois que Freud a employé des mots tels que "transfert", "sexualité", "le travail du rêve", et "l'interprétation du rêve" (Traumdeutung). Strachey amplifie le sens de "Regung" en le traduisant par "impulse" ou "excitation" mais le mot en allemand veut dire: "le début léger d'un mouvement". D'autre part, pour l'excitation ou culmination d'un mouvement émotif, le mot allemand est "Erregung". Dans l'écoute subtile demandée par la clinique, l'analyste porte son attention beaucoup plus à la "Regung" qu'aux démonstrations impulsives évidentes. On pourrait parler également de mots composés comme "Wunschregung" que Freud a fréquemment employés, mais ces exemples suffisent pour illustrer les richesses à découvrir dans Freud et certains de ses successeurs.

Freud a découvert certaines théories qu'il a désavouées plus tard, mais quand il écrivait, il laissait émerger son inconscient, ce que ne font pas les analystes aujourd'hui disons dans le "International Journal". On peut lire le premier Freud, dans certaines théories qu'il a désavouées et toujours trouver le processus d'écriture psychanalytique, processus qu'on ne trouve pas dans certains articles tout à fait contemporains. J'ai donné deux exemples de mots mal traduits: un mot théorique et l'autre mot clinique, qui ne sont pas appréciés à leur juste valeur et qui sont pourtant centraux dans la théorisation et dans la pratique. C'est pourquoi je pense que tout ce que Freud a écrit doit être accessible... Freud a écrit énormément. L'édition complète aurait quelque chose comme 150 livres. On connaît une partie de Freud, c'est tout. Mais en même temps, c'est comme n'importe quel grand écrivain, comme Voltaire ou Goethe, etc. Les gens autour le connaissent oralement, moins en terme de ses écrits. C'est la ou les générations suivantes, quand il s'agit d'un génie, qui auraient accès à ses écrits. Par exemple, les archives de Darwin sont protégées par la famille Darwin. Les archives de Jung... aussi. Ces gens-là sont beaucoup plus conservateurs que les archives de Freud.

H.D. Mais ça montre comment la psychanalyse, qui est supposée être révolutionnaire parce qu'être en contact avec son inconscient c'est censé donner une plus grande liberté et en même temps, l'institution qu'elle a créée pour témoigner de la vivacité de cette théorie et de cette pratique peut devenir très fermée sur elle-même, anti-démocratique voire même autocratique. On sera toujours dans cette contradiction.

Parmi toutes les disciplines fondées au 20e siècle, c'est le seul champ de connaissance où la fondation a été proposée par son fondateur, avec un président élu à vie, qui aurait le pouvoir absolu pour bannir ou nommer n'importe quel analyste et que n'importe quel analyste qui voulait parler de la psychanalyse ou écrire sur la psychanalyse devait d'abord avoir le cautionnement du président. Heureusement, les collègues viennois ont rejeté cette proposition de la part de Freud. Maintenant c'est plus démocratique. Kernberg, j'ai beaucoup d'admiration pour lui, il mérite sa fonction de président. Mais c'est une énorme tâche, tout un programme, et j'espère qu'il aura toute la collaboration nécessaire.

H.D. Patrick Mahony, merci beaucoup.

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