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Introduction |
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Article suivant : Des consultations et des psychothérapies sur Internet ? L'Internet, vous avez dit ?Eh oui, les acteurs de la santé mentale devraient aussi utiliser ces multimédias dont il est si souvent question dans la presse, soucieuse de montrer les dangers de cette entreprise qui verra nos collègues surfer sur le Web. On nous prédit la fin de la lecture des livres et des revues de notre spécialité : la présence des écrits de Freud sur un CD-Rom où le texte allemand et français seront publiés côte à côte et dont notre « computer » nous permettra l'impression de certains passages ainsi que de nos notes personnelles ne nous évitera certainement pas de nous référer au livre et au plaisir de le feuilleter. Mais un travail interactif plaisant et riche donnera tout son sens à la consultation de l'index et aux riches pérégrinations aisées sur ces minces plaques. On sait d'ailleurs que cette technique laissera un jour sa place à l'utilisation du multimédia virtuel. Ce dossier de Carnet Psy montre que la transmission de nos connaissances et de notre art, que la discussion de nos attitudes et de nos contre-attitudes ne peuvent être que facilitées par l'utilisation de ces techniques, y compris avec des collègues habitant loin de nous. L'expérience du télé-enseignement et de la télé-supervision est entamée avec un succès certain. Nous attendons également l'ouverture de forums spécialisés sur le Web ; espérons ne pas être encombrés par les questions absurdes et répétées de certains internautes que la liberté qui règne sur Internet pousseraient à enfreindre les règles de bonne conduite en usage sur le réseau (Netiquette). Un problème d'ordre éthique risque pourtant de constamment se poser : il concerne l'utilisation de documents vidéoscopiques qui ne sauraient être diffusés qu'avec l'autorisation des patients. Vite à vos modems : utilisez votre E-mail personnel : votre courrier électronique vous coûtera bien moins cher qu'un fax ou une lettre ordinaire pour demander cette autorisation. Pr Serge Lebovici Sous le signe du lien numériqueCarnet Psy a deux ans (juillet 1996). Sur le gâteau d'anniversaire de ce nourrisson dont vos abonnements ont encouragé la marche prometteuse, deux bougies : un dossier Internet et santé mentale et l'inauguration de notre propre site sur ce réseau. Carnet Psy est né avant tout d'une volonté pragmatique de favoriser le partage de données pertinentes entre les acteurs francophones de la planète « psy » dans leur diversité. Sur cette vaste scène, où il est souvent difficile de trouver ses marques, les annonces, les comptes-rendus des colloques et des publications, la présentation des organismes moteurs, la diffusion de témoignages et de recherches originales tentent de donner des repères organisateurs. Cette vocation converge naturellement avec la fonction potentielle d'un réseau Internet bien tempéré : établir des liens relationnels vivants et créatifs entre individus et collectivités. Or, dans notre champ, nous savons combien l'instauration et la dynamique de ce tissu interhumain peuvent être synonymes de contenance épanouissante comme de la pire aliénation bien rendue par la fréquente métaphore d'un réseau mondial tissant une toile... d'araignée (World Wide Web). Cette fin de siècle, marquée par la déliquescence des refrains idéologiques semble dédiée, en miroir, au culte planétaire de la déesse Information. Force est de constater que cette nouvelle religion, quand elle s'impose comme une « hallucination consensuelle » (W. Gibson, 1984), ne favorise pas la communication mais bien son envers, la manipulation par des stratèges proposant une version despotique de la mise en ordre cybernétique (« cyber » est issu du verbe grec gouverner, mettre en ordre). La richesse et le vertige offerts par le réseau Internet marmite bouillonnante généreuse en communication interactive du gai savoir et en informations rigides correspondent aux polarités des relations humaines oscillant entre Éros et Thanatos. La continuité de la répétition morbide sur le réseau Internet a été caricaturalement illustrée par l'actualité : des sites néonazis, pédophiles s'y constituent, des bombes sont fabriquées à partir de « recettes » accessibles à tous... La fécondité de ce médium est elle aussi bien présente : Vinton Cerf, un des pères américain d'Internet témoigne : « Ma femme est totalement sourde, elle ne peut absolument pas utiliser le téléphone. Aujourd'hui, elle dialogue avec ses amis sur Internet. Elle peut enfin communiquer avec notre fils qui habite la Californie » (L. Zecchini in Le Monde, 16 novembre 1995). Mais au-delà d'un clivage manichéen digne des mauvais westerns, il faut souligner l'intrication historique entre stratégie militaire et universitaire qui a présidé à la genèse du réseau Internet. C'est en pleine guerre froide et en partie en réaction à la mise en orbite du premier Spoutnik (1957) qu'a vu le jour l'ancêtre d'Internet, Arpanet. Sur fond de scénario catastrophe de guerre atomique, Paul Baran réalise en 1962 à la demande de l'US Air Force un système de communication dont l'originalité radicale est de ne pas s'organiser en rayonnant autour d'un point central névralgique (comme par exemple la télévision ou le Minitel). Il défend a contrario l'idée très « corticale » d'un réseau décentralisé à structure en maille de filet qui reste efficient même si un des noeuds est détruit. Si cette amputation se réalise, il reste plusieurs chemins valides pour échanger entre les différents points géographiques. Lors de la guerre du Golfe, l'armée américaine, dans le rôle de l'arroseur arrosé, a pu vérifier in situ la validité de ce modèle : aucune de ses opérations « chirugicales » n'est venu à bout du système de communication des forces irakiennes structurées en réseau maillé. Ce lignage militaire de la fondation parentale du réseau est indissociable de sa filiation universitaire. En 1970, la première mise en oeuvre du réseau Arpanet s'effectue à l'initiative de l'université de Los Angeles (UCLA) : le premier réseau par paquets relie quatre campus : Stanford, Santa Barbara, Salt Lake City. En 1972, on dénombrait déjà une quarantaine de site. Vingt quatre ans plus tard, on estime aujourd'hui à vingt millions le nombre d'internautes dont la répartition entre le Nord et le Sud est une promesse de dialogue et de métissage (P. Renaud, A. Torrès in Le Monde diplomatique, février 1996) même si la dérive vers un cosmopolitisme occidental impérialiste guette toujours. En écho au dernier ouvrage de D. Anzieu (Créer, détruire, 1996), on dira in fine de cette explosion qu'elle aveugle autant qu'elle éclaire. Comme toute aventure humaine, elle comporte par essence une face positive de création, indissociable de sa face négative dont l'unité dialectique constitue une énigme vivifiante dans le coeur et l'esprit des acteurs de la santé mentale. Avec ce dossier, Carnet Psy voudrait amorcer un débat incontournable sur les enjeux cliniques, épistémologiques et éthiques de cette forme contemporaine de la représentation. En ouverture, quatre serveurs vont y être évoqués. D'abord, celui de la FFP (Fédération française de psychiatrie) dont son secrétaire général, J.M. Thurin, nous livre la philosophie stimulante pour la recherche en psychiatrie. S. Lebovici, B. Golse et A. Casanova témoignent d'un projet intitulé À l'aube de la vie. Très représentative de la richesse avenir du multimédia dans l'enseignement et l'édition électronique en France et à l'étranger, cette entreprise comprendra notamment un site Web au service des échanges entre cliniciens périnatals. O. Madar nous invite dans un espace médical généraliste Horus, recouvrant l'ensemble des spécialités et offrant des services interactifs originaux et conviviaux. Enfin, le site de Carnet Psy sera présenté. De son coté, Maître Feral-Schuhl, avocate spécialiste d'Internet, pose la question capitale de la juridiction et de la censure sur le réseau. Souvent décrit comme un lieu virtuel de non droit faisant des pieds de nez aux frontières et aux lois nationales, Internet pose la question du sens d'un cadre moral à l'échelle planétaire avec la démesure signifiante d'un adolescent rebelle tourné vers l'avenir. Une bibliographie sommaire, un lexique (chacun des mots du dossier avec une astérisque y renvoit) concluent provisoirement ce dossier. Les versions « papier » et Web de Carnet Psy veilleront désormais à communiquer à ses lecteurs les renseignements sensibles en santé mentale présents sur les réseaux. Vos annonces, suggestions, commentaires par courrier, fax ou E-mail seront les bienvenus sur ce sujet au même titre que pour les autres médias déjà présents dans nos pages. Information, échanges, partage des connaissances, présence internationale : une autre philosophie avec InternetVous vous demandez sans doute : à quoi peut bien servir Internet ? S'agit-il d'un nouveau produit de consommation lancé de façon très médiatique ou d'un véritable outil qui va modifier profondément notre réalité et peut-être le rôle que nous pouvons y jouer ? L'un n'empêche pas l'autre. Mais la deuxième proposition rend sans doute le mieux compte de la mutation extrêmement importante dans laquelle nous sommes entrés (elle est comparée par les spécialistes à celles introduites par l'imprimerie ou le téléphone) et nous voudrions montrer comment elle peut être très positive. Pour beaucoup d'entre nous, la représentation de la réalité reste construite selon la logique de « la carte des Chemins de fer français » : une capitale, un certain nombre de rayons qui se dirigent vers des « capitales régionales » qui, elles-mêmes, irriguent à leur tour. Une publicité récente de la SNCF souligne d'ailleurs l'extraordinaire transformation que représente la possibilité d'aller de Rennes à Lille sans passer par Paris. Sur le même mode, hiérarchisé pyramidal, l'État organise à partir du pouvoir central, nomme et contrôle ses agents, qu'ils soient préfets ou, comme ce sera le cas bientôt, administrateurs du système de santé. Pas ou très peu de communication transversale autour d'une question commune. Cette structure, qui a longtemps été très efficace, montre aujourd'hui ses faiblesses. Si le pouvoir central s'écroule, comme ce fut le cas dans les pays de l'Est, toute l'organisation se dissout, comme un château de cartes qui s'effondre. Si la tour qui abrite le relais des télécommunications et de l'Information est prise, la réalité idéologique peut basculer en quelques instants. C'est sans doute en partie sur cette analyse que se sont constitués initialement le concept d'Internet et sa technologie, élaborés par les militaires américains. Il s'agissait alors de concevoir une organisation beaucoup plus souple et donc plus robuste de transfert et de traitement de l'information d'une part, d'organisation d'autre part, en cas de conflit majeur. Ensuite, le concept a été repris par les grands centres de recherche qui y ont découvert d'autres intérêts. Nous allons les présenter brièvement, en soulignant ce qui pourrait être leur pertinence dans notre domaine, celui des sciences humaines et particulièrement de celles qui contiennent le générique « Psy ». La réalité et les conditions du travail de la recherche se sont modifiés. Certes, nous sommes encore imprégnés d'une certaine mythologie où un chercheur isolé dans son laboratoire, meublé d'une simple paillasse ou d'un divan et d'un fauteuil-bureau découvre la cause en même temps qu'il la traite et adresse par quelques relais sa découverte à l'ensemble du monde médusé. Malheureusement cette grande satisfaction narcissique à laquelle nous pouvions rêver est devenue totalement illusoire, pour différentes raisons. Celles-ci tiennent, à la fois, à la résolution des problèmes les plus « simples » : un germe -> un antibiotique ; une conversion hystérique-> une remémoration, une interprétation, et à la prise de conscience de la complexité : les cas les plus simples sont aussi les plus rares. Chaque trouble implique toute une palette de causes et de connaissances qu'il devient pratiquement impossible de vouloir appréhender, manier et transmettre à l'échelle individuelle. La relative singularité de chaque cas et sa complexité impliquent une autre échelle de partage des connaissances, d'échanges et de critique approfondie si l'on veut aller plus loin que l'élaboration d'un modèle naïf qui tiendra surtout sa consistance de la force de persuasion et de la position sociale de son auteur. Et la question devient : comment se mettre en relation avec d'autres personnes qui se posent des problèmes semblables à un moment donné ? Comment mettre en commun des moyens qui resteraient insuffisants à l'échelle individuelle ? C'est là le grand intérêt du réseau. La Fédération Française de Psychiatrie, qui regroupe toutes les sociétés scientifiques nationales et qui va s'ouvrir progressivement à des associations correspondantes régionales, s'est ainsi donnée un grand objectif en se dotant d'un serveur « Psydoc-fr », avec le soutien de l'INSERM et sans doute prochainement d'autres partenaires : favoriser le décloisonnement de la recherche à ses différents niveaux d'élaboration, faciliter l'accès à l'information, soutenir une dynamique d'échanges et, par là même, aller vers une plus grande efficacité de l'incroyable quantité de travail intellectuel qui caractérise cette discipline et qui s'exprime notamment dans ses revues. Parallèlement, maintenir, valoriser et renforcer la présence de la « culture » française au niveau international. En résumé, il est peut-être possible que la cohérence ne s'identifie plus nécessairement à la stricte réduction ou à l'assertion pure, mais à une hétérogénéité et une multiplicité qui s'organise. http://psydoc-fr.broca.inserm.fr
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