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Bernard Golse, Les abus sexuels : aspects cliniques

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Les projecteurs médiatiques se trouvent actuellement braqués avec insistance sur la question des abus sexuels auxquels se trouvent confrontés, hélàs, de trop nombreux enfants. Dans ce domaine, les choses -malheureusement mais inévitablement - prennent très vite un tour passionnel au point, par exemple, qu’il devient difficile de savoir si la fréquence de ces actes odieux s’accroit véritablement en cette fin de siècle ou s’il ne s’agit que d’un “effet d’optique” lié à une sortie de la loi du silence, au déliement des langues et à une meilleure efficacité des moyens d’information.

Peu importe d’ailleurs cette relativement vaine querelle épidémiologique!

Les abus sexuels existent indéniablement et même s’ils ont toujours existé, ils nous sollicitent en tant que soignants quant à la souffrance de l’enfant et quant aux risques qu’ils font courir, parfois à très long terme, à l’ensemble de son développement psycho-affectif ultérieur. Malgré tout, il faut bien voir que cette fascination actuelle pour la maltraitance sexuelle, l’inceste et la pédophilie a, qu’on le veuille ou non, valeur de symptôme.

Après cent ans de développement de la réflexion psychanalytique, nos sociétés continuent en effet à résister à la découverte de la sexualité infantile qui n’en finit pas, et qui n’en finira probablement jamais de faire scandale. Un nouveau type de résistance a vu le jour, cependant, sous la forme suivante : “Tout cela est bien connu, S.Freud en a parlé depuis longtemps, à quoi bon s’y attarder?”

Moyennant quoi, exit la sexualité infantile dans la pensée du plus grand nombre et dès lors se trouve ouverte la voie dangereuse du retour du refoulé. Que l’on ne se méprenne pas : loin de nous l’idée qu’il faille banaliser la gravité des abus sexuels et négliger le moins du monde l’attention extrême que l’on se doit d’apporter aux enfants victimes de sévices sexuels. Toutes les études s’accordent aujourd’hui pour démontrer l’horreur de leur vécu et les dangers qu’ils encourent quant à leur devenir, par le biais d’une “paralysie psychique” (Ch.Bollas) menaçante qui s’instaure souvent à la suite d’une “confusion des langues” (S.Ferenczi) et d’une inversion de l’ordre du désir.

Ce sur quoi nous souhaitons donc insister, c’est sur la nécessité de prendre en compte la sexualité de l’enfant dans toutes ses dimensions en essayant de nous dégager de nos propres refoulements qui ne peuvent nous amener qu’à privilégier certains tableaux cliniques évidemment dramatiques mais dont l’approche ainsi biaisée ne vise en fait qu’à mieux dénier la dimension fondamentalement sexuelle de la croissance et de la maturation psychiques de l’enfant. Notre vision de l’enfance ne peut alors que s’en trouver tronquée, amputée, de même que notre approche thérapeutique de la maltraitance psychique et physique dont, bien évidemment, les sévices sexuels font intrinsèquement partie.

Il est clair que l’enfant n’a rien à y gagner.

C’est dans cet esprit que ce dossier a été conçu, dossier qui espère refléter notre approche fondamentalement trans-disciplinaire de cette question difficile à laquelle nous avons à répondre dans le cadre de l’hôpital Saint-Vincent de Paul qui, depuis quelques années, a été déclaré Centre de référence pour l’accueil des jeunes enfants présumés victimes de sévices sexuels. Didier David, pédopsychiatre-psychanalyste qui coordonne cette action et qui a bien voulu assumer la responsabilité de la rédaction de ce dossier, a rédigé le billet d’humeur. Franck Zigante, interne dans notre service et qui a consacré sa thèse à une réflexion sur notre pratique dans ce champ, a bien voulu se charger d’une présentation de la revue Child Abuse and Neglect ainsi que d’un panorama de l’évolution historique des idées en matière de reconnaissance des abus sexuels des enfants. Anne-Marie Cazanave-Robert et Claudie Millot, psychologues et psychothérapeutes à Saint-Vincent de Paul, ont choisi de présenter le dispositif d’accueil qui a été mis en place dans notre hôpital et de tirer les premières leçons d’une expérience encore récente mais tout autant passionnante que délicate. Thomas Gay de son côté, après une présentation du service national téléphonique pour l’enfance maltraitée, nous a fait part de son expérience personnelle dans ce domaine. Nous avons demandé enfin au Professeur Philippe Mazet, en raison de sa grande expérience dans ce domaine, de nous faire part de ses réflexions quant à l’articulation serrée qui existe entre maltraitance physique et maltraitance psychique chez les enfants.

Loin d’avoir l’ambition de se présenter comme un modèle, nous espérons seulement, beaucoup plus modestement, que notre témoignage pourra aider d’autres équipes à s’engager de manière créative et mesurée dans ce domaine clinique douloureux dont les enjeux à court, moyen et long terme représentent un véritable problème de santé publique ainsi qu’un réel défi pour l’organisation de nos sociétés.

Espérons qu’en cette fin de vingtième siècle, la question des sevices sexuels sur enfants ne nous amène pas à nous résigner à ce que l’enfance ne soit plus que la dernière de nos utopies !

Pr Bernard Golse

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