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Introduction
Serge Lebovici L’Internet, vous avez dit ?
Sylvain Missonnier Sous le signe du lien numérique,

Les jeux vidéo
Michael Stora
Addiction au virtuel : le jeu vidéo
Michael Stora
La marche dans l’Image : une narration sensorielle
Sylvain Missonnier
Les jeux vidéo en question
Serge Tisseron
Jeux vidéos : la triple rupture
François Lespinasse, José Perez Un atelier thérapeutique « Jeux vidéo » en hôpital de jour pour jeunes enfants
Jean-François Vezina La ficelle virtuelle
L'internet dépendance, une nouvelle forme d'addiction ?
Dan Véléa Cyberaddiction et réalité virtuelle
François Marty
Addiction adolescente au virtuel
Le virtuel et la clinique
Metodi Koralov La communication en ligne et son influence sur l’estime de soi et le concept de soi chez les adolescents âgés de 15-17 ans
Sylvain Missonnier
Pour une psycho(patho)logie du virtuel quotidien
Sylvain Missonnier
La relation d’objet virtuel et la parentalité ingénue
Juliette Dieusaert
Un forum par Internet, pour des malades et familles touchés par l’ataxie de Friedreich :
enjeux, représentations et perspectives
Sylvain Missonnier
Préfaceà l'ouvrage Psychanalyse du Net de Michael Civin
Sylvain Missonnier Des consultations et des psychothérapies sur Internet ?
Sylvain Missonnier Dancing Babies
Sylvain Missonnier Le vieil homme, l'enfant et le travail du virtuel
Le congrès du Lasi « La présence de l'absence »
Publication des actes du congrès :
Le virtuel, la présence de l’absent
Travaux du séminaire de Paris X Nanterre de Psychologie clinique « La relation d'objet virtuel »
Argument
Mémoires de recherche
Bibliographie
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Sylvain Missonnier Le vieil homme, l'enfant et le travail du virtuel
Texte paru dans Spirale, 2000 N°14, « Les bébés de l'an 2000 », Érès.
Le 25 janvier 1999, collaborateurs et amis de Claude Lévi-Strauss se sont réunis au Collège de France autour du maître pour lui remettre un numéro spécial de la revue Critique qui lui est consacré. À cette occasion, du haut de ses quatre vingts dix ans, il remercia son auditoire et confia :
"Dans ce grand âge que je ne pensais pas atteindre, et qui constitue une des plus curieuses surprises de mon existence, j'ai le sentiment d'être comme un hologramme brisé. Cet hologramme ne possède plus son unité entière et cependant, comme dans tout hologramme, chaque partie restante conserve une image et une représentation du tout.
Ainsi y a-il aujourd'hui pour moi un moi réel, qui n'est plus que le quart ou la moitié d'un homme, et un moi virtuel, qui conserve encore vive une idée du tout. Le moi virtuel dresse un projet de livre, commence à en organiser les chapitres, et dit au moi réel : "c'est à toi de continuer". Et le moi réel, qui ne peut plus, dit au moi virtuel : "c'est ton affaire. C'est toi seul qui vois la totalité." Ma vie se déroule à présent dans ce dialogue très étrange.
Je vous suis très reconnaissant d'avoir pour quelques instants, grâce à votre présence et votre amitié, fait cesser ce dialogue en permettant un moment à ces deux moi de coïncider de nouveau. Je sais bien que le moi réel continue de fondre jusqu'à la dissolution ultime, mais je vous suis reconnaissant de m'avoir tendu la main, me donnant ainsi le sentiment, pour un instant, qu'il en est autrement."[1]
L'évocation de ce dialogue du moi virtuel et du moi réel de Lévi-Strauss insuffle une profonde émotion. L'affirmation si explicite de cette double polarité au cour de l'être, suggère avec force combien l'hominisation s'enracine tout au long de la vie dans cette féconde tension.
Ici, la partition est tragique car l'ombre de la grande faucheuse domine. La trame n'en restitue pas moins la vivacité du combat entrepris par le fringuant vieillard contre la dissolution. Comme la flamme d'une lampe-tempête au milieu de la tourmente, brille dans ce duel, un scintillement d'éternité réunissant la créativité (virtuelle) et la fragilité (réelle) de l'humain.de passage.
La graine et l'arbre
Le 2 novembre 1997 disparaissait René Diatkine un grand passeur de la psychanalyse de l'enfant. Très récemment, alors que je lisais un de ces textes publié en 1985[2], je tombe en arrêt devant une des têtes de chapitres traitant de la période de grossesse : Les fantasmes des parents et l'enfant virtuel.
En pleine explosion de la réalité virtuelle inhérente au succès de l'image numérique, des jeux vidéo et du réseau Internet, l'utilisation de cet adjectif semblait d'une actualité brûlante et, surtout, au-delà du phénomènes de mode actuel, d'une grande pertinence sémantique.
Étymologiquement[3], virtuel est un emprunt (1503) au latin scolastique virtualis ; il signifie "qui n'est qu'en puissance". "En toute rigueur philosophique le virtuel ne s'oppose pas au réel mais à l'actuel"[4].
Ce point est capital. L'arbre ne réalise pas la graine ; la graine n'est pas un possible résolument prédéfini. L'arbre est l'actualisation de la graine qui, à partir des contraintes internes et environnementales, va inventer une solution au problème "devenir arbre".
Face à la graine, le botaniste ne peut prédire doctement les contours réels de l'arbre adulte. Il peut seulement anticiper avec modestie son "complexe problématique"[5] et en observer, en compagnie du poète, les formes successives.
Dans cette optique, le moi réel évoqué par Lévi-Strauss est bel et bien justement son moi inscrit dans la temporalité, son moi actuel de vieil homme. Il ne finalise pas Lévi-Strauss embryon, fotus, enfant ; il en est un des avatars tardifs. Son moi virtuel âgé, mais toujours source jaillissante de dynamisme et de projets, ne trouve plus dans le moi actuel un allié permanent. Toutefois, grâce au cercle étayant d'amis, Lévi-Strauss affirme retrouver « quelques instants » l'harmonie créative de cette alliance.
C'est dans cette dépendance à l'environnement que se situe la frontière commune entre l'aube et le crépuscule de la vie : la coïncidence du virtuel et de l'actuel chez le fotus/bébé et le vieillard est, dans les deux cas, aléatoire. Le virtuel et l'actuel de Lévi-Strauss s'harmonisent en bénéficiant de la contenance du cercle d'amis. La réussite de cette rencontre chez le fotus/bébé ne dépend t-elle pas, elle aussi, de la qualité de son entourage?
La petite graine et l'arbre de vie
À l'origine, il y a le virtuel. Avant sa conception, l'enfant existe « en puissance » pour ses futurs parents. Le magnétisme exercé par l'actualisation de cette virtualité est au cour du processus du « devenir parent »[6]. Il s'exprime aux différents âges de la vie, bien avant la concrétisation du projet d'enfant.
Quand elle se réalise harmonieusement, cette conception met en ouvre le double sens de son étymologie[7] : contenir l'enfant à venir en le représentant par la pensée et en le formant biologiquement.
De leur coté, l'embryon puis le fotus vont s'actualiser à travers la résolution du problème "devenir humain". Ils puisent leur énergie dans leurs propres ressources et celles de leur environnement. Aujourd'hui devenus patients, ils sont observés sous toutes les coutures. En lieu et place de l'énigmatique millénaire « enfant du dedans », l'oil cyclopéen du diagnostic anténatal surgit. La médecine y est parfois plus prédictive qu'anticipatrice!
Le virtuel placentaire
Comme le suggère le titre de Diatkine, la spécificité du fonctionnement prénatal parental est bien une forme emblématique du travail du virtuel : réaliser l'actualisation d'un potentiel créatif. L'enfant imaginé[8] de cette construction évolutive, c'est « l'enfant virtuel ». La finalité fonctionnelle de gestation de la contenance bio-psychique de ce processus invite à la métaphore d'un fonctionnement parental "placentaire".
Le fotus ne serait, dit-on, qu'une incarnation du narcissisme parental. Pour ma part, je considère que ce tableau n'est qu'un point de départ. À tord, de nombreux cliniciens ont cru valide ce paradigme pour toute la durée de la gestation à partir de leur seule expérience du psychopathologique. Or, l'observation de sujets « non cliniques », démontre aisément combien le travail du virtuel aboutit progressivement, en fin de grossesse, à une authentique anticipation de l'altérité objectale de l'enfant à venir.
Il n'en est pas moins vrai que cette renégociation de soi met l'apprenti parent à rude épreuve lors de cette gestation biopsychique. Les jeunes impétrants, construisant le nid, traversent une intense réviviscence de leurs conflits de séparation des plus archaïques aux plus élaborés. Dans une transparence enrichissante et dynamique ou subie et déstabilisante, se réactualise le « complexe problématique » de leur lignée, de leur biographie et de leur couple.
Non sans cynisme, cette réédition met en exergue la créativité et la vulnérabilité des métamorphoses du segment périnatal de la parentalité. Si des grains de sable traumatiques ou des fantômes sont ravivés à cette occasion, la conception sera en péril et la cohésion du virtuel parental et de l'enfant actuel, en danger.
Les identifications projectives parentales[9] pré et postnatales sont certainement très représentatives de la tonalité contenante ou déstructurante du virtuel parental.
Vertu et danger de la « virtualisation » médicale
Face aux (ré)actualisations de la période de grossesse, le suivi médical joue aujourd'hui un rôle clef de « virtualisation » qui mérite d'être exploré.
Cette virtualisation est « une mutation d'identité, un déplacement du centre de gravité ontologique de l'objet considéré : au lieu de se définir principalement par son actualité (une "solution"), l'entité trouve désormais sa consistance essentielle dans un champ problématique."[10]
La virtualisation est avec le langage, la science, les techniques et les institutions sociales constitutive de l'hominisation. Elle n'est en elle même ni bonne ni mauvaise. Crise maturative finalisée par une quête de sens, elle permet de quitter l'ici et maintenant au profit d'un questionnement sur les contraintes et les finalités de nos actes. Elle tire sa fécondité de sa tension interrogative et, sa validité, de son éthique. "Mouvement inverse de l'actualisation"[11], la virtualisation sera toxique si elle inhibe durablement l'élan créateur et favorable si elle le conduit, à ne pas répéter aveuglément les refrains actuels.
Avec l'échographie obstétricale, le suivi médical prénatal projette une virtualisation diagnostique sur l'enfant virtuel parental. Même en l'absence d'anomalie fotale suspectée ou avérée, cet alliage peut être organisateur ou, a contrario, délétère pour le processus de parentalité[12].
Quand l'enfant virtuel parental trouve dans l'échographie une confirmation et un support à son anticipation objectale, la maturation de la parentalité s'actualise ; la proposition de virtualisation médicale, -c'est à dire de problématisation de la parentalité- est transitoire, tempérée, psychiquement comestible et, in fine dynamique pour la cohésion entre le virtuel parental et l'enfant actuel.
Quand l'échographie contredit l'enfant virtuel, alimente un malentendu[13], elle induit un mouvement persistant de virtualisation paralysante pour la parentalité. Selon la structure psychique des parents, l'impact de la contradiction est d'une violence traumatique variable pour la famille. La dysharmonie entre le virtuel parental et l'actuel infantile risque de donner à l'enfant conçu un statut ontologique d'hologramme brisé.
Dans le cadre échographique, comme pour tout le suivi de la grossesse, si la virtualisation diagnostique est propice à une négociation entre l'enfant virtuel parental et les objectifs médicaux, elle favorisera l'instauration d'une ritualisation partagée. La conquête commune de cette cohésion peut trouver dans la question du consentement éclairé[14] un tremplin prometteur si elle ne se limite pas à un huit clos entre professionnels élaborant un bouclier juridique.
En l'absence de négociation, la virtualisation échographique parasitera violemment la rencontre de l'enfant, des parents et des soignants.
Le travail du virtuel
La virtualisation de la culture n'est pas une ennemie de l'humanité ; elle en est la cheville ouvrière. Certes, elle vient problématiser l'actuel et, à ce titre, s'accompagne d'inévitables mouvements d'humeurs et de résistances individuelles et collectives. Pourtant, il serait dommage de condamner le travail ancestral du virtuel au nom d'une virtualisation, aujourd'hui galopante et, il est vrai, souvent empiétante.
Pour nous, cliniciens du périnatal, la prise de conscience de notre implication dans le champ sociologique et psychologique du virtuel est essentielle : nous ne pouvons pas nous cantonner à une prise de position simpliste « pour » ou « contre ». Sataniser le virtuel, c'est renier notre aspiration symbolique, notre volonté de favoriser la mise en sens ; l'imposer avec un naïf prosélytisme, cache la méconnaissance de ses conditions d'existence et de ses dérives pathologiques.
Faire une revue de la littérature sur Internet, jouer aux jeux vidéo[15], établir un diagnostic à distance du patient lors d'une vidéoconférence, trouver sa dulcinée dans un « chat[16] », « rencontrer son bébé » à l'échographie. sont autant de traces d'une seule et même virtualisation qui modifie l'enveloppe culturelle de la relation d'objet. Il ne tient qu'à nous de relever avec originalité les défis éthique et clinique que ces métamorphoses impliquent.
Enfant roi du début du troisième millénaire, le virtuel sera-t-il notre despote, notre victime ou notre allié? Pour chaque enfant virtuel, la réponse des parents, des professionnels et de notre société à la maternité, temple moderne de la fécondité, sera typique et déterminante.
[1] Reconstitution de mémoire de R.P. Droit publiée dans Le Monde du 29 janvier 1999
[2] Introduction à la théorie psychanalytique de la psychopathologie de l'enfant et de l'adolescent in Lebovi S., Diatkine R., Soulé M., Traité de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent, Paris, Puf, t.2, 1985, 2édition 1995
[3] Rey A., Dictionnaire historique de la langue française, Dictionnaire Le Robert, 1994
[4] Levy P., Qu'est-ce que le virtuel ?, La Découverte/Poche, 1998
[5] Levy P., Qu'est-ce que le virtuel ?, La Découverte/Poche, 1998
[6] Missonnier S., Entre créativité et vulnérabilité : les métamorphoses de la parentalité, Psychiatrie Française, Vol. XXIX 3, septembre, 1998, p.95-111
[7] Rey A., Dictionnaire historique de la langue française, Paris, Le Robert, 1995
[8] Intitulé générique regroupant l'enfant imaginaire, fantasmatique et mythique tels que les décrit Serge Lebovici dans « Les Interactions fantasmatiques » in Revue de Medecine Psychosomatique, 1994, 37/38, 39-50
[9] Missonnier S., Dancing baby in Soulé M. et coll., Les neuf derniers mois avant l'an 2000, ESF, sous presse
[10] Levy P., Qu'est-ce que le virtuel ?, La Découverte/Poche, 1998
[11] Levy P., Qu'est-ce que le virtuel ?, La Découverte/Poche, 1998
[12] Missonnier S., L'échographie obstétricale : un lieu de prévention précoce des avatars de la parentalité ? in Mazet P., Lebovici, S., Psychiatrie périnatale , Puf, 1998
[13] Gourand L., Place de l'échographie dans le diagnostic prénatal in David D., Gosme-Seguret S., Le diagnostic prénatal, Paris ESF, 1996
[14] Soulé M., Gourand L., Missonnier S., Soubieux M.J., L'échographie et ses enjeux psychologiques (film vidéo + Cd-rom + livre Édition Eres), Collection multimédia "A l'aube de la Vie" dirigée par S. Lebovici et B. Golse, Tel : 01 40 26 11 60
[15] Dossier « Les jeux vidéo en question » in Carnet Psy, N°48, juin 1999
[16] Dialogue par écrit et en temps réel entre interlocuteurs reliés par Internet
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