![]() |
||
|
|
![]() |
4. Quelques réflexions à propos de cette expérience |
|
|
Article suivant : Conclusion Article précédent : 3. Les résultats de la réflexion : un RSM Sud 78 opérationnel et expérimental Ce projet, comme les nombreux débats quil a suscités le prouvent, ouvre un champ très large de discussions et de réflexions. Nous voudrions, dans cet article, questionner sur certains points la discipline psychiatrique elle même. La place des autres acteurs de santé participant au réseau, au premier rang desquels se trouvent les médecins généralistes, qui ont été dès lorigine dans ce projet et en ont considérablement influencé le cours, fera, sans doute, à leur initiative, lobjet dautres publications. Cet article représente un point sur létat des réflexions des auteurs. Il est évident que celui ci évoluera comme il a évolué tout au long de cette expérience. Car, comme le souligne A. Lopez (7) la concertation ( ) est faite pour circonscrire les désaccords irréductibles, et au mieux pour déboucher sur des propositions dépassant les scénarios initialement envisagés par les uns et par les autres. Dans cet esprit, nous espérons que ces réflexions ouvriront un débat plus large permettant à lensemble des acteurs de santé, adhérents ou non au réseau, spécialistes ou non spécialistes, de sexprimer sur ce projet. Cest dans cette perspective que Carnet Psy se propose de consacrer un deuxième numéro à cette expérience, afin que puissent sy exprimer lensemble des partenaires de la santé mentale qui le souhaiteront. 1. Réseaux de soins et discipline psychiatriqueLe terme de réseau, est aujourdhui considéré comme vide de contenu tant il est vrai quil autorise diverses acceptions qui sont autant de façons, pour le corps médical et les institutions, de décliner leurs pratiques : réseau de correspondants que les médecins ont, de tous temps, développés, collaborations entre partenaires de soins différents, réseaux à visée de planification sanitaire et de maîtrise des coûts prônant la collaboration entre établissements sur une même discipline . Les professionnels de santé et les partenaires du champ social sont les seuls à pouvoir proposer un contenu médical et social au concept de réseau en santé mentale garantissant la plus grande efficacité et la meilleure qualité des soins dont ils sont, en première intention, responsables. De plus en plus, des lignes de partage sont posées à lintérieur du concept flou de réseau pour tenter den préciser le contenu. Ainsi, J. Houver (4) écrit : Lun des enjeux de la psychiatrie contemporaine est de différencier et de promouvoir deux types de réseaux ( ) :
Les réseaux secondaires ont des objectifs avant tout organisationnels, de planification entre les acteurs concernés par la santé mentale. Il sagit de développer des stratégies, des complémentarités, une concertation, une collaboration, une coordination, la conception doutils nouveaux, linformation, le partenariat (4). Le Réseau Santé Mentale Sud Yvelines se fixe comme objectif dassurer les missions dun réseau de soins secondaire. Cet objectif est ambitieux. Il implique une nouvelle façon de penser lorganisation des soins en santé mentale, et constitue, à plusieurs titres, compte tenu de létat de cloisonnement de la discipline, une réelle révolution culturelle. Nous sommes convaincus que de telles évolutions ne sont possibles que par une implication forte de chacun des partenaires concernés et dans le respect, sinon la défense, des spécificités de chacun. Ces dernières sont, en effet, autant de lieux différents dexercice des diverses compétences acquises par la discipline au cours de son évolution. Lune des grandes différences entre réseau de soins primaire et réseau secondaire est la nature des acteurs de la discipline psychiatrique concernés par le projet. Dans un réseau de soins primaires en psychiatrie, tel que peut les développer la politique de secteur, les partenaires de soins sollicités sont issus de disciplines distinctes. Ils associent leurs différentes compétences pour assurer la meilleure prise en charge du patient. La spécificité de chacun est donc posée demblée. Ces réseaux, qui associent le médecin généraliste et les acteurs du champ social aux équipes gérant des secteurs psychiatriques, sont généralement initiés, guidés et animés par les équipes institutionnelles des établissements psychiatriques. En règle générale, un seul établissement est impliqué dans ce type de réseaux. Dans un réseau de soins secondaire, la difficulté essentielle vient de ce que plusieurs partenaires sollicités appartiennent à la même discipline et que plusieurs établissements prenant en charge la santé mentale sont impliqués. En ce sens, un réseau de soins secondaire est lun des outils les plus puissants de décloisonnement des acteurs de santé appartenant à la même discipline. En effet, il réunit lensemble des spécialistes de la discipline dune zone géographique donnée, dans une réflexion au cur même de lactivité de chacun et pas seulement dans une discussion autour de la table. Les fractures entre psychiatrie de secteur, psychiatrie libérale, psychiatrie hospitalo-universitaire dune part, entre psychiatrie publique et psychiatrie privée dautre part, trouvent ici matière à sexprimer. En outre, la crainte de sengager dans une expérience dont lobjectif final nest clairement perçu par aucun des partenaires puisquil est amené à se préciser avec le développement même du réseau, et limportance du changement prévisible, expliquent les réticences, voire quelques unes des oppositions qui se sont exprimées chez certains des partenaires sollicités. Ces contradictions ont eu le mérite douvrir un débat qui a permis au réseau de trouver une première configuration. Il importe que de tels débats puissent continuer à nourrir le développement de ce projet. Cependant, et à lopposé de ces positions contradictoires permettant de dialectiser et denrichir la problématique du réseau, les oppositions à ce projet ne peuvent se comprendre que dans une logique idéologique où chacun tend à ériger sa spécificité en dogme de fonctionnement, voire en définition de la discipline psychiatrique. Ainsi, la possibilité de construire un réseau de soins en santé mentale se heurte aux particularités des modes dexercice qui, lorsquils ne sont pas vus comme autant de spécificités à préserver, sexpriment dans la crainte que lun des partenaires impose sa vision de la psychiatrie au détriment des autres. Dans la logique de réseau secondaire, au contraire, la revendication de la spécificité des différentes pratiques peut sentendre de façon positive, et non comme une façon concurrente de " faire la psychiatrie ". Le fondement même dune pratique en réseau de type secondaire part de ce postulat que la psychiatrie, qui a pour objet le vaste champ de la santé mentale, ne peut être faite aujourdhui que par et avec lensemble des partenaires de cette discipline qui ont tous une spécificité de pratique. Ces spécificités font la richesse de la discipline et méritent dêtre clairement explicitées pour offrir à la population, dans une logique de complémentarité, la diversité des réponses possibles. Cet obstacle à la constitution dun réseau secondaire en santé mentale, lié aux cloisonnements persistants dans la discipline psychiatrique, explique le déroulement de lexpérience du RSM Sud 78, et influence la configuration que doit se donner un tel projet. Concernant le déroulement de lexpérience : demblée, il est apparu fondamental dobtenir un accord entre partenaires de la même discipline comme préalable à toute possibilité de constituer un réseau de soins secondaires. Si, selon notre pratique habituelle, nous avons, dès lorigine, souligné limportance dintroduire dans cette réflexion les partenaires du champ social et les usagers, il a été évident à certains dentre nous quil fallait au préalable sassurer dun réel décloisonnement entre psychiatres (les relations avec les médecins généralistes ne pouvant se définir comme cloisonnées par rapport à la psychiatrie, et ne faisant pas lobjet de cette réflexion) afin de poser les conditions de faisabilité du réseau et le préalable à lintroduction, dans les meilleures conditions possibles, des autres partenaires de soins en santé mentale. Concernant la configuration que peut se donner un réseau secondaire de soins en santé mentale : afin quun tel réseau soit viable, il impose que lensemble des partenaires de la même discipline y participent, ou du moins que la forme prise par ce réseau autorise lintégration future de lensemble de ces partenaires. Dans ce dernier cas de figure, où la réticence dun des partenaires serait telle quil soppose à y participer demblée, le réseau doit se donner les moyens non seulement damorcer la réflexion mais de se doter de règles suffisamment souples pour que lintroduction ultérieure dautres partenaires soit possible et que le réseau puisse se reconfigurer avec lui. Lessentiel, pour un tel projet, est de préserver les possibilités de fonctionner, à terme, comme un réseau secondaire. Il faut également rappeler que les oppositions entre partenaires psychiatres, qui constituent lobstacle essentiel à la constitution dun réseau de type secondaire, ont des conséquences non négligeables sur le positionnement même des autres acteurs de la santé mentale. En effet, en labsence de consensus sur la spécificité de la psychiatrie par les spécialistes eux-mêmes, il est légitime que les autres acteurs sarrogent le droit de définir le champ et lobjet même de la santé mentale et sattribuent, en référence à cette définition, une spécificité dexercice que la psychiatrie pourrait revendiquer. Nous évoquerons ultérieurement ce point. 2. Réseaux de soins et politique de secteur psychiatriqueSi nous avons choisi de poser la question des rapports entre politique de secteur et politique de réseau, cest que cette psychiatrie est la seule à pouvoir revendiquer une politique en réseaux. En effet, celle-ci ne concerne pour lheure, que très indirectement la psychiatrie hospitalo - universitaire qui, en dehors de son réseau de correspondants externes ( le plus souvent médecins libéraux spécialistes et non spécialistes), na jamais prétendu mener une politique de réseau et ne concerne pas les psychiatres libéraux, restés soucieux de préserver leur pratique individuelle. Nous souhaiterions pourtant argumenter lidée que, si la politique de secteur est une politique en réseau, elle suit, aujourdhui, les principes des réseaux de proximité ou réseaux primaires et, que, du fait du développement quelle a donné à la psychiatrie sectorielle, elle ne peut que rencontrer de grandes difficultés à initier une politique de réseau secondaire. Nous ne reviendrons pas sur lhistorique du développement de la santé mentale en France et du rôle majeur jouée par la politique de secteur sur lévolution de ce système. De nombreux écrits ont rendus compte de cette évolution. Nous pouvons renvoyer le lecteur à un article de M. Reynaud, A.M. Gallot et L. Lefèvre (9) sur la politique de santé mentale en France qui en rappelle les points essentiels pour dresser un état des lieux de la politique de santé mentale actuelle. Nous voudrions insister sur le fait que la politique de secteur actuelle sest considérablement éloignée des objectifs initiaux que se fixait la politique de secteur des années 70, qui rejoignaient clairement les principes des réseaux secondaires. En effet, la politique de secteur a été, en son temps, révolutionnaire par le processus de désinstitutionnalisation quelle a initié. Elle a permis dassurer le suivi des patients hors des murs de lasile et de lintroduire dans la cité. Ce mouvement sest accompagné de la nécessaire collaboration des équipes de secteur avec les représentants de la ville : structures sociales et collectivités territoriales. Si cette politique a pu poursuivre, en son temps, un projet de type réseau secondaire de soins en santé mentale, cest que la nature du paysage de la psychiatrie de lépoque était presque exclusivement celle de la psychiatrie de secteur. Par la suite, le développement de cette politique sectorielle sest poursuivi de manière autonome, indépendamment des changements dans le paysage de loffre de soins qui samorçaient (en particulier par laugmentation du nombre de psychiatres libéraux) et de louverture de la psychiatrie à des pathologies différentes ou à des activités spécifiques ne nécessitant pas un suivi sectoriel impliquant lensemble des outils thérapeutiques du secteur. Ainsi, les secteurs nassurent plus aujourdhui les missions de réseaux secondaires de prévention, de diagnostic et de continuité des soins pour tous les malades appartenant à leur zone géographique. Ils conservent cependant une exclusivité en matière de réseaux primaires, en gardant de lobjectif initial de la politique de secteur, létablissement de liens avec dautres partenaires de soins : famille, services sociaux, secteurs de lhébergement, du logement, du travail, des généralistes (6) que souhaite favoriser le Réseau de Santé Mentale Sud Yvelines. Un cloisonnement sest ainsi peu à peu constitué entre une politique de santé publique centrée sur la politique de secteur, et une psychiatrie libérale, exonérée de linstitution psychiatrique et revendiquée par les usagers. Le changement de position de la société par rapport à la psychiatrie a contribué à cette fracture et les usagers eux-mêmes font aujourdhui une différence entre la psychiatrie libérale ou en Hôpital Général, moins stigmatisantes, et la psychiatrie de secteur . La participation des secteurs à un réseau de type secondaire signifie que le secteur prend désormais en compte quil ne peut exercer le monopole de la prévention, du diagnostic, et de la prise en charge de lensemble de la population, et quil est prêt à définir sa place spécifique, en complémentarité avec les autres partenaires. Cest pourquoi, certains secteurs ont compris lenjeu de cette nouvelle organisation des soins et sappliquent à inscrire leur fonctionnement de réseau de proximité comme une spécificité essentielle dans le cadre de réseaux secondaires de soins. Une prochaine publication traitera de cette complémentarité. 3. Spécificité du psychiatre et autres acteurs de santéUn des problèmes fréquemment soulignés de la discipline psychiatrique est de ne pas pouvoir définir clairement sa spécificité. Pourtant, comme le souligne Lazarus, repris par Guimon (1), les psychiatres doivent souligner les particularités de leur profession qui rendent leurs contributions incontestables. Nous tenterons de donner une définition simple et intelligible par tous les acteurs de la santé, professionnels et administratifs, de cette spécificité. Le mérite, nous semble-t-il, de cette définition, est son intelligibilité et sa valeur opératoire. Nous reconnaissons le caractère réductionniste de limage mais préférons nous y exposer en espérant que sa valeur opérationnelle permettra de poser dans des termes compréhensibles par tous la difficile question de la place des psychiatres dans le système de soins psychiatriques. Le psychiatre est le seul professionnel en matière de santé mentale à maîtriser une double lecture des troubles ou des situations psychopathologiques quil est en charge de traiter : la lecture médicale, qui lui permet de savoir quand et comment prescrire un traitement médicamenteux, et la lecture psychopathologique (psychodynamique) qui lui permet dinscrire les troubles, leur sens et leur fonction dans lhistoire individuelle du sujet et dans son environnement, et ainsi dévaluer limpact psychologique des mesures adoptées. Lexemple de Madame D. nous permettra de figurer cette double lecture. Ce cas fictif et grossier ne tient pas compte de la réalité professionnelle de cette patiente. Il cherche simplement à souligner ce que peut être une problématique interne au sujet en action, ici caricaturée et épurée, telle quelle peut sexprimer dans une situation professionnelle dont la réalité est ici exclue doù le caractère fictif du récit. Le but nest pas doffrir une analyse psychopathologique mais de tenter de rendre sensible, de manière volontairement simpliste, au lecteur non averti, non spécialiste, le niveau de lecture qui sous-tend la lecture psychopathologique en soulignant que cette lecture diffère résolument dune lecture psychologique de sens commun. Madame D., âgée de 40 ans, consulte son médecin généraliste pour un état dépressif dont elle présente tous les symptômes. Les raisons avancées par elle pour expliquer cet épisode sont professionnelles. Son patron a à son égard une attitude tyrannique, laccable de travail et ne tient pas compte des difficultés actuelles que son état dépressif engendre, bien au contraire. Le médecin généraliste constate létat dépressif, entend les conditions de survenue de lépisode, et propose à Madame D. un traitement antidépresseur et un arrêt de travail tout en lui conseillant de chercher un autre emploi. Un mois plus tard, les symptômes dépressifs se sont amendés, mais Madame D. reste anxieuse et refuse obstinément de reprendre son travail, imposant au médecin généraliste le renouvellement de ses arrêts de travail. Devant labsence dévolution, le médecin propose à Madame D., qui accepte, une consultation spécialisée, afin de sassurer de labsence de signes dépressifs et de la pertinence du traitement proposé. Le psychiatre consulté confirme labsence actuelle détat dépressif. Après un entretien long et rendu difficile par la réticence de la patiente à parler delle, le psychiatre constate que dans la relation vécue avec son patron, de nature sado-masochiste, se rejoue un scénario fantasmatique infantile quil ny a pas lieu, ici, de décrire. Il nest, dès lors, pas impossible dadmettre que Madame D. puisse induire chez son patron une telle attitude tyrannique selon un processus de répétition sétant déjà exprimé tout au long de sa vie professionnelle. La position de victime adoptée par cette patiente se trouve entérinée par le médecin généraliste, bien malgré lui, du fait de la nécessité de larrêt de travail engendrée par létat dépressif. Celui-ci na comme seule alternative que daccompagner sa patiente dans son rôle de victime en prolongeant les arrêts de travail ou de se comporter lui aussi comme un tyran en les lui refusant. Cette lecture permet au psychiatre de recentrer la problématique de la patiente et de lui conseiller de reprendre son travail et de ne pas en changer dans limmédiat tout en lui proposant un travail psychologique autour de cette question de la répétition. Ce cas, très rapidement et grossièrement décrit, illustre la double lecture du psychiatre. Outre quil confirme labsence de dépression et permet de vérifier le bon usage des antidépresseurs prescrits par le médecin généraliste (lecture médicale des troubles) il permet dexpliquer la persistance des troubles chez la patiente et, en recentrant ceux-ci sur une problématique interne (lecture psychodynamique), il peut expliquer limpasse dans laquelle celle-ci se trouve et place le médecin généraliste, malgré lui. Enfin, il permet de proposer dautres alternatives dans la prise en charge de la patiente et déclairer les décisions thérapeutiques à prendre. De la même manière dans son exercice, le psychiatre est le seul acteur de santé à pouvoir proposer à la fois une relation psychothérapique et une intervention biologique spécifique. Même lorsque lactivité du psychiatre soriente plutôt vers une pratique psychothérapique, cette double formation lui permet dassurer une prise en charge très spécifique à la discipline. Cette double lecture marque la spécificité du psychiatre et permet de le distinguer clairement :
Cette image de la bicéphalité du psychiatre permet de faire quelques remarques :
Est-il légitime, en effet, de priver une part non négligeable des usagers dune prise en charge psychothérapique dont ils pourraient bénéficier ? On connaît les difficultés que rencontre une telle proposition. Lune dentre elles est celle de la prescription par le médecin dun tel suivi. En réalité, comme nous avons tenté de le montrer, et en létat actuel de la qualification des partenaires de soins, une telle prescription ne pourrait être faite que par le spécialiste. 4. La démographie psychiatriqueLa progression démographique des psychiatres est une donnée essentielle pour lavenir de la discipline, que nous navons pas encore abordée. Le projet de réseau nentérine pas, comme certains ont pu le croire, la baisse de la démographie psychiatrique. Il ne se propose pas de poser un cadre de fonctionnement dans lequel une réduction des effectifs pourrait sinscrire. Il pourrait être facile de priver cette expérience dune réflexion sur ce point, étant acquis que ce projet est expérimental, et implique donc, pour son déroulement de seulement trois années, un nombre de psychiatres tel quil est fixé aujourdhui. De ce seul point de vue dailleurs, il serait de nature à défendre au moins la stabilité du nombre des psychiatres puisque les conclusions qui en seront tirées, le seront dans un état donné de la démographie psychiatrique plus favorable à ce que lavenir prévoit pour la discipline. La zone géographique concernée par le projet est en effet dotée dun nombre de psychiatres sinscrivant dans la moyenne nationale et supérieure à beaucoup de régions de France. Mais, au delà, ce projet pose, nous semble-t-il, le problème de la démographie psychiatrique dans les seuls termes susceptibles de permettre de trouver une solution répondant aux besoins des patients auxquels seule notre discipline peut répondre, si du moins, comme le pense lensemble de la communauté psychiatrique, notre spécificité est incontestable. En incitant les psychiatres à expliciter leurs spécificités, non réductibles à une autre pratique et impossibles à déléguer à dautres partenaires de soins, à collaborer dans un projet de soins psychiatriques dont les termes sont définis de manière consensuelle, à évaluer limportance de leur exercice et de leur activité et leur contribution incontestable dans une organisation des soins en santé mentale, en acceptant en somme de rendre publique et compréhensible leur place dans ce système, un tel projet peut offrir des arguments susceptibles de légitimer les besoins de notre discipline en matière de démographie. Comme le souligne V. Kovess (5) Les données doivent servir de bases sur lesquelles les planificateurs sappuieront lorsquils prendront des décisions. Trop souvent encore des décisions sont prises sans tenir compte de données chiffrées ( ); il faut cependant savoir les interpréter et les extrapoler. Dans cette perspective, les professionnels de santé doivent accepter dintervenir dans ce processus dévaluation, tant pour réfléchir sur le type de données quil leur semble légitime de recueillir, que sur linterprétation à en faire. 5. Information au sein dun réseau de soinsCette réflexion sinspire largement des échanges qui ont eu lieu dans le groupe de travail Information, informatique et éthique. Une idée largement véhiculée dans le cadre des réseaux de soins est que le dossier médical unique serait le seul témoin véritable dune organisation en réseau, et que linformatique serait le support idéal pour assurer un tel échange dinformations entre partenaires. Si cette évidence peut se discuter dans le cadre des réseaux de proximité, elle est clairement inadéquate dans le cadre des réseaux de soins secondaires. Il est essentiel, pour aborder ce problème, de bien distinguer ce qui est de linformation à propos du patient, de linformation nécessaire pour évaluer lactivité dun réseau, et enfin, des informations utiles aux partenaires du réseau dans lexercice de leur pratique. Les trois questions sont souvent volontiers et abusivement liées et traitées selon un modèle centré par le support (modèle informatique) plutôt que par le patient (modèle médical). Suivant ce modèle informatique, il existerait un lieu de dépôt de linformation (le dossier médical unique) , centre du réseau. Chacun des partenaires pourrait ainsi consulter ce dossier selon ses besoins dans la prise en charge, éventuellement définis préalablement (chaque entrée étant sécurisée). Dans un tel modèle est oublié le fait quun usager ne devient un patient que parce quil entre dans un circuit de soins et que le médecin est la porte dentrée obligatoire de ce circuit. Ainsi, ce modèle qui prend comme unité de base le patient, nest pas en adéquation avec la pratique des soins. Seul le couple formé du patient et de son médecin peut être tenu pour lunité de base. Accepter ce préalable conduit à réviser le système de transmission des informations au sein dun réseau de soins. La question ainsi posée rejoint la question du référent de ce couple, qui devient le dépositaire de linformation. Le référent est celui, médecin généraliste ou psychiatre, qui assure la coordination des soins dun patient et est au cur de son suivi. Dans le modèle informatique, la question est : quelles informations doivent figurer dans ce dossier unique ?, comment sassurer que chacun des partenaires na accès quaux informations le concernant ? et le problème est celui de la confidentialité et de lanonymat des informations véhiculées dans le réseau. Ces questions, difficilement solubles pour lheure, ne sont pas celles qui importent aux praticiens, en charge du patient, et donc, au fonctionnement dun réseau de soins. Nous pouvons distinguer, dans une logique médicale du réseau, trois types de questions différentes :
© Carnet Psy. Tous droits réservés. |