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Comme tout un chacun, jai souvent vu Didier Anzieu intervenir dans des colloques, je lai souvent entendu faire des cours ou des conférences et surtout je lai beaucoup lu au travers de son uvre immense. Mais personnellement -hélas !- je lai peu rencontré seul à seul, sans tiers (public, étudiants ou texte écrit). A deux reprises seulement. La première fois chez lui, la deuxième dans ce qui allait devenir mon service à lhôpital Saint-Vincent de Paul. Chez lui parce quil faisait partie des trois personnes que javais rencontrées pour être admis en formation à lAssociation Psychanalytique de France (APF). A Saint-Vincent de Paul, parce quil avait aimablement accepté de venir faire une présentation, un soir, et quà cette occasion javais alors eu la chance dun échange de quelques instants avec lui. Plusieurs années ont séparé ces deux moments dont je me dis aujourdhui quils représentent un privilège pour ma mémoire en mayant donné accès à un aspect de Didier Anzieu qui se démarquait quelque peu du personnage groupal. Quelques grammes de privé dans un monde de public, en quelque sorte !
Deux ponctuations fort vivantes qui me laissent le souvenir dun homme infiniment humain qui savait, par son écoute et en quelques mots, trouver et créer la vraiment juste distance et faire découvrir à son interlocuteur ce quau fond celui-ci était venu réellement lui dire. Il y a là certainement, quelques notes de transfert (latéral) mais pourquoi le nier, pourquoi sen plaindre ? Je ne saurai jamais sil avait été ou non favorable à mon admission en tant quélève à lAPF, je ne saurai jamais ce quil avait pensé de notre brève rencontre à Saint-Vincent de Paul. Je sais seulement quà chaque fois, il avait eu pour moi un effet très révélateur par sa présence nimbée de courtoisie (de tendresse ?), de justesse et de fermeté. Didier Anzieu était déjà malade en ces deux circonstances, tout occupé à se contenir dans un Moi-muscle qui le trahissait et se dérobait. Mais sa pensée était formidablement là, éclatante et lumineuse, si profonde et si sobre à la fois.
Le temps passant, ces deux rencontres fonctionnent désormais pour moi comme deux rêves mais deux rêves qui ne sévanouiraient pas au réveil. Lors de la mort de Georges Favez en 1981, François Gantheret avait écrit dans les Documents et débats de lAPF : La mort installe de la mort dans lesprit du vivant : ne plus bouger pour ne pas saffronter à la mort du souvenir.
Il en va autrement pour moi aujourdhui à propos de Didier Anzieu : le réveil nabolit pas le rêve. Peut-être parce que du rêve au réveil, ici, il y a il, Didier Anzieu auquel sans en avoir été le proche, lintime ou lanalysant, pourtant moi comme dautres nous devons tant.
Pr Bernard Golse, psychiatre, psychanalyste à l'hôpital St-Vincent de Paul.
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