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Anne-Marie Sandler, Quelques réflexions de Londres sur Didier Anzieu

La disparition de Didier Anzieu laisse un grand vide dans le monde analytique. Sa pensée subtile et profonde, son intellect puissant et sa vaste culture lui ont permis d'occuper une place toute spéciale dans les cercles psychanalytiques du monde entier. Malheureusement il a fallu attendre jusqu'en 1984 pour qu'un de ses livres, Le Groupe et l'Inconscient soit traduit en anglais. Ce volume créa immédiatement beaucoup d'intérêt, peut-être en partie parce que le public anglais avait découvert, grâce aux publications de Foulkes et Bion, que le travail de groupe présentait de nouveaux horizons aux cliniciens. Les idées contenues dans le livre de Didier Anzieu connurent un grand succès et apportèrent une fraîcheur de pensée et une approche originale à ce domaine important.

En 1985, à l'occasion du Congrès International de Psychanalyse qui eut lieu à Hambourg, Didier Anzieu présenta un superbe exposé intitulé: La place de la langue et de la culture allemandes dans la découverte de la psychanalyse chez Freud entre 1895 et 1900. Ce travail très érudit eut un écho pendant et après ce Congrès. Beaucoup de collègues de l'étranger, en grande partie ceux que l'époque nazie avait chassés d'Europe, étaient très anxieux à l'idée d'assister à un congrès psychanalytique en Allemagne. De leur côté, les collègues allemands étaient également très inquiets de ne pas être reconnus et respectés.

L'exposé de Didier Anzieu su donner aux débats scientifiques exactement la note juste. En parlant de la culture et de la langue allemandes et en rappellant à tous les analystes présents qu'il est impossible d'ignorer, dans l'oeuvre de Freud, le fait que l'allemand était sa langue maternelle, il créa une base d'entente réciproque qui facilita beaucoup les échanges scientifiques et humains pendant ce congrès. En dehors du travail fin et précis qui avait inspiré cet exposé et en donna toute sa richesse analytique, la façon si simple et modeste de sa lecture permis à un grand nombre de participants de se sentir impliqués dans l'histoire de la psychanalyse et de sa découverte par Freud.

En 1986, L'Auto-Analyse de Freud fut le second ouvrage publié en anglais. Le premier volume publié en France en 1959 avait pour titre : L'Auto-Analyse, son rôle dans la découverte de la psychanalyse par Freud, sa fonction en psychanalyse. Didier Anzieu nous rappelle que le thème de ce livre lui avait été suggéré par son professeur Daniel Lagache. Malheureusement ce livre n'a jamais été traduit en anglais. C’est la seconde version publiée en France en 1975 sous le titre : L'Auto-Analyse de Freud et la Découverte de la Psychanalyse qui fut traduite dans les pays anglos-saxons. Ce livre fut fortement apprécié en Angleterre. Grâce à l'érudition extraordinaire de Didier Anzieu et à la clarté avec laquelle il décrivit la perception chez Freud de la crise culturelle en Europe, il devenait possible de commencer à comprendre Freud, à saisir l'ampleur de son accomplissement et la portée de son oeuvre pour la civilisation moderne.

Dès l'apparition de ce deuxième volume, Didier Anzieu fut reconnu dans les pays de langue anglaise. Cependant jusqu'à la fin des années 80, il était surtout connu en Angleterre comme intellectuel de grand niveau, agrégé de philosophie et professeur à la Sorbonne et à l'université de Strasbourg et de Paris.

Avec la publication du Moi-Peau, d’Une Peau pour Penser et des Enveloppes Psychiques, les lecteurs anglosaxons découvrirent en Didier Anzieu non seulement un homme érudit et cultivé, mais également un clinicien remarquable, d'une profonde sensibilité.

Avant de terminer ce bref hommage, j'aimerais encore décrire un souvenir qui m'est très précieux parce qu'il me semble illustrer la personnalité de Didier Anzieu ainsi que la dévotion d'Annie qui paraissait tellement naturelle que personne ne s'en étonnait. Didier Anzieu était déjà très atteint par sa maladie mais avait promis de participer aux débats d'une conférence organisée par la Fédération Européenne de Psychanalyse. Il semblait assez nerveux avant que son tour ne vienne et, malgré l'aide d'Annie, eut un peu de difficulté à atteindre l'estrade. Cependant une fois devant le podium, tout signe de maladie disparut et il régala son audience avec un texte, non seulement très travaillé, original et profond, mais avec plusieurs réparties brillantes et pleines d'humour. Son rôle et son exemple pendant cette conférence sont restés dans ma mémoire comme un modèle de courage et de dignité.

Anne-Marie Sandler, psychanalyste, Société Britannique de Psychanalyse.

 

 

 

 

 

 

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