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Pierre-André Michel, C’est en juillet 1966

Les lignes qui suivent sont extraites d’une présentation que Didier Anzieu avait rédigée en février 1977 à la demande de son éditeur, pour retracer l’historique des collections qu’il créa et anima avec René Kaës aux éditions Dunod. Elles font écho à d’autres extraits, archives de l’éditeur. Ces documents seront rassemblés dans la nouvelle édition des Voies de la Psyché. Hommage à Didier Anzieu.

Présentation des collections Inconscient et culture et Psychismes par Didier Anzieu.

C’est en juillet 1966 que je rendis visite pour la première fois à M. Dunod, dans l’immeuble de la rue Bonaparte. Je venais lui proposer d’éditer un Traité de psychologie clinique dont Mme Juliette Favez-Boutonnier et moi assumerions la co-direction (…). Ce traité était ambitieux : après avoir provoqué une réunion avec les meilleurs spécialistes parisiens et provinciaux, ma collègue et moi élaborâmes un projet en quinze volumes sur lequel M. Dunod voulut bien, en février 1967, nous faire parvenir son accord écrit. Mais nous avions vu trop grand, les collaborateurs intéressés n’y pouvaient suffire, nous nous sentîmes écrasés par l’ampleur des tâches et nous renonçâmes (…).

Au printemps 1971, je reçus la visite de Jean Lissargues qui était alors un des principaux collaborateur de M. Dunod. Sa maison était désireuse de se développer du côté des sciences humaines ; la collection Organisation et Sciences humaines dirigée par mon ami Jean-Claude Filloux donnait de bons résultats ; on se souvenait du projet de Traité de psychologie clinique ; il me sollicitait de créer et de diriger une collection d’ouvrages de bonne vulgarisation faisant le point des grandes questions de la psychologie scientifique. Je déclinais l’offre mais en effectuant une contre-proposition, ou plutôt deux : celle d’une collection d’ouvrages de haut niveau scientifique, dans les domaines de la psychologie clinique et de la psychanalyse ; celle d’une revue consacrée aux applications nouvelles de la psychanalyse aux groupes et à la vie sociale. Je ne retrouve jamais sans un certain amusement les titres désuets que je proposais alors : Bibliothèque d’anthropologie clinique et psychanalytique pour la collection ; Archives de psychanalyse appliquée puis Œdipe anthropologue pour la revue. Un intitulé plus bref, plus évocateur, Interpréter, dut être abandonné quand nous apprîmes qu’une autre maison d’édition lançait une collection appelée Interprétation et nous entretînmes quelques temps des idées parallèles, comme Symboliser ou L’écoute psychanalytique. Une dynamique irréversible était enclenchée (…). En octobre 1970, René Kaës et moi-même, avions élaboré en commun un projet de “thèses du CEFFRAP sur le travail psychanalytique dans les groupes”, projet aussitôt enrichi par Angélo Bejarano et André Missenard, puis discuté et complété au cours d’une réunion de tous les coéquipiers actifs du CEFFRAP. Nous avions sous presses un numéro spécial : Groupes : interprétation psychanalytique de la revue Perspectives psychiatriques, destiné à tester notre capacité d’alimenter une revue et d’intéresser un public. René Kaës s’associa dès le départ à la réalisation de ce projet de revue, projet qui devint, grâce aux avis judicieux de Jean Lissargues, d’abord celui d’une série à parution non périodique de cahiers de travaux sur l’inconscient et la culture, puis, d’une collection d’ouvrages collectifs centrés chacun autour d’un thème, sous le titre final, plus ramassé et plus efficace, d’Inconscient et Culture.

Pendant l’été et l’automne 1971, les quatre auteurs des thèses du CEFFRAP, auxquels s’était joint J.B. Pontalis, rédigèrent Le travail psychanalytique dans les groupes, qui parut en 1972. Geneviève Testemale et Paulette Dubuisson réunissaient depuis plusieurs mois autour d’elles un groupe de recherches sur le psychodrame. Il aboutit également à un livre, qui vit le jour un peu plus tard dans la même année. Les deux ouvrages s’épuisèrent assez vite et furent réédités. Depuis, toujours sous la direction de René Kaës et de moi-même, deux volumes ont paru en moyenne par an (…). Toutes ces publications, d’environ 200 p., sont collectives, parce qu’elles sont le fruit d’une élaboration en groupe et pour signifier la nécessité, selon nous inéluctable dans la vie sociale actuelle, du travail psychanalytique à plusieurs.

L’heureuse progression de la collection Inconscient et Culture conduisit Guy Dampierre, devenu directeur d’édition dans le groupe Bordas-Dunod-Gauthier-Villars, à réenvisager avec moi le projet d’une collection d’ouvrages individuels, d’environ 300 p., ouverte aux chercheurs français confirmés, qui avait été mise en suspens jusqu’à la réalisation effective de la fusion entre les trois maisons. Le titre de Bibliothèque fut abandonné au profit de l’actuel Psychismes, qui évoque mieux la diversité à la fois des fonctionnements personnels et des méthodes d’approche de la vie mentale. Cette seconde collection, dirigée uniquement par moi-même, a donné le jour à son premier ouvrage en 1974 (J. Bergeret, La personnalité normale et pathologique) et à son second en 1975, (Didier Anzieu, Le groupe et l’inconscient). Ces ouvrages, plus gros, plus coûteux, mais clairs en même temps que savants, documentés, nouveaux, intellectuellement stimulants, connurent un succès supérieur aux prévisions. Là aussi le feu vert fut accordé et, entre septembre 1976 et mars 1977, cinq titres nouveaux sont apparus aux vitrines des librairies (…).

Didier Anzieu, février 1977.

 

 

 

 

 

 

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