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Jean-Michel Petot, Un bref aperçu de la carrière et de l’œuvre de Didier Anzieu

Didier Anzieu est mort à Paris le 25 novembre 1999. Il était né le 8 juillet 1923 à Melun, où il a passé son enfance et son adolescence et fait ses études secondaires. Il prépare ensuite le concours de l’école Normale Supérieure de la rue d’Ulm, qu’il réussit en 1944. Encore lycéen, il avait collaboré avec un ancien professeur du collège de Melun, Zacharie Tourneur, qui était alors en train de préparer la première édition paléographique des Pensées de Pascal, qui est à l’origine du renouvellement des études pascaliennes. C’est Didier Anzieu qui publiera en 1961 la forme définitive de cette édition que les spécialistes connaissent sous le nom d’édition Tourneur-Anzieu, et son tout premier article, publié en 1946, portait sur l’existentialisme de Pascal.

C’est en préparant l’agrégation de philosophie qu’Anzieu est devenu l’élève de Daniel Lagache, psychanalyste et introducteur en France de la psychologie clinique, qui l’encouragea à se spécialiser dans cette discipline et dirigea sa thèse. De 1951 à 1954, Didier Anzieu fut l’assistant de Lagache à la Sorbonne et, menant de front l’enseignement, la recherche et une activité de psychologue clinicien, il devenait un spécialiste réputé du psychodrame et des méthodes projectives, auxquelles il consacrait son premier article de psychologie, publié en 1952.

Parallèlement, il devenait psychanalyste. C’est en 1949 qu’il avait commencé sa formation psychanalytique à la Société Psychanalytique de Paris, en faisant une psychanalyse didactique avec Jacques Lacan. Bien que profondément mécontent de son premier psychanalyste, il devait, par fidélité à Lagache, auquel Lacan s’était alors associé, les suivre lors de la scission de 1953 et adhérer à la Société française de Psychanalyse. Il fut sans doute soulagé et libéré lorsque l’évolution de cette société conduisit à une nouvelle scission, qui permit en 1963 la création de l’Association Psychanalytique de France dont il fut l’un des fondateurs. Entre temps, il avait pu faire l’expérience d’une véritable psychanalyse, réparatrice et formatrice, avec Georges Favez.

Professeur de psychologie à Strasbourg de 1954 à 1963, Didier Anzieu fut élu en 1963 professeur à la Sorbonne, avec pour mission de fonder une annexe suburbaine. Il fut ainsi l’un des douze professeurs qui, à la rentrée universitaire de 1963, créèrent la faculté des lettres de Nanterre. Il a fondé la section, devenue ensuite département puis U.F.R. de sciences psychologiques et de sciences de l’éducation, l’a dirigée à travers les turbulences de mai 1968 et, grâce à son ouverture et à sa capacité d’écoute et de dialogue, il l’en a fait sortir sans dommage irréparable. Il a témoigné à chaud de ces événements dans un livre, Ces idées qui ont ébranlé la France (1968), publié sous le pseudonyme, transparent pour ses collègues et ses étudiants, d’Epistémon. Il a voulu que ce département ne soit pas étroitement spécialisé en psychologie clinique et en psychanalyse, mais soit très largement ouvert à toutes les sous-disciplines de la psychologie, et il sut y attirer des psychologues éminents comme René Zazzo, Jean Maisonneuve et Robert Francès. Cette ouverture d’esprit, cette curiosité intellectuelle le poussèrent, à différentes époques, à être l’un des premiers en France à s’intéresser au psychodrame, à la dynamique de groupes, aux tests projectifs, aux théories de l’école de Palo Alto ou aux découvertes de Bowlby sur l’attachement.

Après 1972, Didier Anzieu réduisit son implication dans la vie universitaire pour se consacrer entièrement à l’élaboration d’une œuvre psychanalytique d’une originalité et d’une richesse impressionnantes, dans laquelle on peut dégager trois préoccupations principales. C’est d’abord la psychanalyse des phénomènes de groupe, approfondie en étroite collaboration avec René Kaës et quelques autres psychanalystes dans plusieurs ouvrages collectifs, avant la publication en 1975 de la grande synthèse Le Groupe et l’inconscient. C’est ensuite la psychanalyse du génie créateur (titre d’un ouvrage collectif publié en 1974), qui donne lieu à deux grands ouvrages, L’auto-analyse de Freud et la découverte de la psychanalyse (1975) et Le Corps de l’œuvre (1981), sans compter de nombreux articles et livres comme Beckett et le psychanalyste (1992). C’est enfin la conceptualisation métapsychologique, qui débouche sur une conception très personnelle de l’origine du Moi et de la différenciation de l’appareil psychique qui s’énonce complètement dans le Moi-Peau (1985) et dans des ouvrages collectifs tels que Les Enveloppes psychiques (1987) ou, plus récemment, Les Contenants de pensée (1994).

Ce n’est pas seulement un grand universitaire, un grand psychanalyste et un grand théoricien qui vient de disparaître, c’est aussi un homme généreux qui aimait susciter et faciliter l’activité créatrice d’autrui : fondateur et directeur aux éditions Dunod de deux collections prestigieuses, il y a publié une bonne partie des livres de psychologie clinique et de psychanalyse qui ont compté en France au cours des trente dernières années.

Pr Jean-Michel Petot, professeur de psychologie cliniqueà l'université de Paris X-Nanterre.

 

 

 

 

 

 

 

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