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Ce quon a pas toujours su se dire par refoulement mais aussi par pudeur, par respect du non-dit plus fort que toute parole ce quon na pas su se dire, il faut pourtant en formuler quelques mots les mots à Didier, les plus élémentaires qui viennent.
Notre longue, si longue et si constante amitié, depuis les jours de lhypocagne et de lEcole Normale ; déjà Annie était là, Nadine aussi. Didier ressortait par deux traits, qui nont cessé de saffirmer : son immense pouvoir et amour du travail, et sa capacité de joie, dans la vie et les relations amicales. Un humour toujours présent donnait, même aux calembours, la saveur dune connivence au second ou troisième degré
que ne fût-ce pas avec la psychanalyse...
Séparément mais parallèlement, nous avons suivi les voies menant à lanalyse ; cahotiquement aussi, car lépoque était mouvementée. Nous nous sommes retrouvés, jai retrouvé mon Anzieu certes théoricien et de quelle dimension ! mais aussi praticien, dévoué à ce que Freud nomme les âmes. Na-t-il pas fallu que cette passion le tienne pour quil ait poursuivi, jusquaux derniers jours, ses cures analytiques ?
Ceux qui lont connu dans les échanges cliniques savent sa rectitude de jugement, la finesse de son écoute, son bon sens sans complaisance, allant droit à la vérité. Pour faire ce sacré métier, du bon sens il en faut, mais joserais dire un bon sens un peu fou, outrancier. Côtoyer loutrance, se mesurer à linsoutenable, Didier la osé. Dans sa pratique, jen suis sûr. Mais aussi dans cette véritable cohabitation avec Beckett et Bacon, qui fait une part fascinante de son uvre. Certains se souviendront dune soirée de lAPF où Didier a déclamé, en aboyant des bing et des bang, quelques pages dun Anzieu-Beckett hallucinant. Sans doute lui fallait-il cet humour, lui fallait-il cet acharnement au travail, lui fallait-il ce côtoiement et apprivoisement du gouffre pour traverser lépreuve que nous savons. Mais, à propos de ce voisinage du gouffre, jallais omettre ce que certains ignorent peut-être : la familiarité de Didier avec Pascal, dont il a établi (avec Zacharie Tourneur), la grande édition qui fait date.
Derrière ce masque rigide et pathétique que nous lui avons connu, la lumière de lesprit ! On était certain que continuaient à y brûler lhumour, lattention authentique et lucide, la colère aussi, parfois. A côté de Pascal, Bacon, Beckett, dautres compagnons le suivaient dans sa route. Comment ne pas dire à Annie, sur si chère à qui va toute mon affection. Sans rien laisser dune activité psychanalytique brillante, elle a su être ce compagnon, non pas seulement dans lattention quotidienne, mais dans son monde intérieur.
Créer/Détruire. Détruire/Créer.
Cest lheure où sous la voûte sombre,
Comme un flambeau qui sort du gouffre
Vénus luit.
Et jai dit : doù vient lastre ?
Où va le chien ? O Nuit !
Jean Laplanche, psychanalyste, APF
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