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Avec cet intitulé, il apparaîtra que les trois éléments qui le composent sont intimement mêlés : Didier Anzieu a été au cur des travaux psychanalytiques sur les petits groupes, en France, et le CEFFRAP a eu sa place dans cette démarche en tant que groupe, dans son fonctionnement dynamique et dans sa relation avec Didier Anzieu.
Jévoquerai ici quelques aspects de cette histoire aux trois composantes.
Le CEFFRAP (Cercle détudes Françaises pour la Formation et la Recherche Active en Psychologie) qui a été fondé en 1962 par D. Anzieu entouré de quelques-uns, a eu une préhistoire de nature psychosociologique. Cette discipline sétait beaucoup développée aux USA pendant la période de la guerre 39-45. Les français étaient dans laprès-guerre curieux de sen informer et éventuellement den pratiquer les méthodes.
En tant que Maître-assistant à la Sorbonne, il avait été invité en 1956 à conduire pour la première fois un petit groupe au sein dun séminaire de psychosociologie. Cest le caractère dynamique des phénomènes psychiques qui sy développait qui fut alors pour D. Anzieu, ressenti comme attrayant et novateur.
Aussi, autour de lui se réunirent quelques collègues pour organiser une pratique de la psychosociologie et louvrir à ceux quelle pouvait intéresser. Furent alors proposées à des participants de diverses origines, des sessions de sensibilisation et de formation aux phénomènes psychiques de groupe, de groupes de diagnostic, des expériences de conduites de réunion, des séances de psychodrame de groupe, où pouvaient être découverts sous leur forme dynamique, les phénomènes de leadership, la résistance au changement, de bouc émissaire, etc
Dans le CEFFRAP, nombreux étaient ceux qui avaient lexpérience personnelle de la psychanalyse, et quelques-uns sengageaient dans sa pratique, J-B. Pontalis et D. Anzieu notamment. Ceux-là sassocièrent rapidement au désir détendre aux petits groupes léclairage de la psychanalyse. Didier était, comme il le fut toujours, animé par un grand désir dexploration despaces nouveaux, délaboration de techniques diverses et de théorisation. Nul doute que ce désir fut partagé et entretenu par lascendant quil exerçait en fonction de sa personnalité, de sa culture, de ses antécédents de normalien agrégé. Et nous aussi investissions beaucoup lanalyse.
Le CEFFRAP fut donc un lieu où avec le temps la psychosociologie céda le pas à la psychanalyse. Après ce début psychosociologique la pensée psychanalytique des intervenants trouva insatisfaisante la compréhension initiale, car on percevait peu à peu le petit groupe comme un objet dinvestissement libidinal. Dans les petits groupes réunis à des fins de formation, les techniques de la psychosociologie furent abandonnées. Dans les séminaires notamment, les approches variées destinées à travailler les thèmes choisis se réduisirent peu à peu en nombre ; les séminaires furent sans thème, dans les séances de petit groupe, les règles se rapprochèrent de celles de la cure, et les moniteurseurent à écouter, élaborer, interpréter le matériel quils percevaient.
Des innovations prenaient place, souvent suggérées par D. Anzieu : des séances plénières, réunissant lensemble des participants à un séminaire et lensemble des moniteurs furent mises au programme quotidien. Le psychodrame peu à peu y prit une place importante ; parallèlement les moniteursdans ce cadre renouvelé exerçaient là une fonction danalyste.
Cela, évidemment, à travers des difficultés, des obstacles, des conflits. Ceux-ci étaient dune part liés aux problématiques du fonctionnement des petits groupes quil sagissait de travailler et de dépasser. Nous disposions pour cela de réunions de travail du CEFFRAP ; mais les conflits et les difficultés étaient évidemment aussi liés à notre propre fonctionnement groupal : à laffrontement inévitable aux autres et à Didier, et aux représentations / projections que nous en avions, et aux phénomènes psychiques collectifs que, en tant que groupe, nous devions rencontrer (les moments dépressifs, les phases persécutives, les fantasmes de séparation / rupture, etc
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Au demeurant nous avions à affronter le risque de transgression et les fantasmes dêtre rejetés de nos sociétés de psychanalyse, à partir de ce que nous faisions et qui était perçu comme exportation / application de la psychanalyse.
Peu à peu et au-delà de lélaboration difficile de nos problèmes de groupes et de ceux des groupes de nos participants une théorisation se fit : on put, entre autres, comprendre la dynamique existant entre deux analystes et leur groupe de participants. On découvrit que ce qui était préconscient / inconscient entre les analystes (et relatif au groupe) et qui nétait pas élaboré entre eux, devenait point de fixation pour les participants. La vie du groupe se bloquait aussi longtemps que lélaboration nétait pas faite entre les analystes.
Une autre parmi les découvertes essentielles fut celle des modalités de la régulation de nos relations à D. Anzieu et de la place particulière quil avait parmi nous.
Et au fil des jours lon publia. Après J-B. Pontalis définissant le petit groupe comme objet, cest-à-dire comme objet dinvestissement et après un numéro de la revue Perspectives psychiatriques (1971), le premier livre dune nouvelle collection co-dirigée par D. Anzieu et R. Kaes Inconscient et culture (Dunod), fut le travail psychanalytique dans les groupes. Sa construction fut loccasion entre les auteurs, dun travail commun dans un climat dinvestissement mutuel, chaleureux et efficace. La collection était lancée, dont René Kaes continue dassurer le développement.
En 1975, D. Anzieu publiait Le groupe et linconscient dont les rééditions montrent à la fois le succès et le renouvellement. On peut y suivre le départ encore marqué par des reliquats psychosociologiques, puis leur disparition progressive dans les éditions suivantes au bénéfice du fonctionnement inconscient des groupes et de ses déterminants ; limaginaire groupal y est au premier plan et les organisateurs fantasmatiques qui, dans le fonctionnement inconscient à luvre dans les groupes, en sont le moteur.
Le CEFFRAP fut, avec D. Anzieu, et au temps des explorations premières du fonctionnement des petits groupes, un lieu et une période de recherches communes, difficiles et heureuses. Pour lapproche et la théorisation du fonctionnement des petits groupes humains ce qui était notre objet détudes- cest la vie de notre petit groupe CEFFRAP qui fut linstrument. D. Anzieu, dans sa personne, sa créativité et sa détermination y fut au cur.
La possibilité que nous avons eue, avec lui, délaborer ce que nous vivions ensemble, au fil du temps et à travers les séminaires en particulier, reste une dimension essentielle. Nous en mesurons les prolongements dans notre fonctionnement et dans nos interventions, aujourdhui encore.
Cela qui a été aussi acquis avec lui, nous reste ; nous ne pouvons plus le perdre.
André Missenard, psychanalyste,
ancien Président du CEFFRAP,
ancien Président du 4e Groupe.
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