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Simone Decobert, Présence de Didier Anzieu

Lorsque j’ai eu la chance de rencontrer Didier Anzieu en 1948, c’était lors de sa prise de contact avec le tout nouveau Centre Psycho-Pédagogique de l’Académie de Paris, au Lycée Claude Bernard.

D. Anzieu qui avait 25 ans et terminait de brillantes études, Ecole Normale Supérieure et Agrégation de Philosophie, était un proche du Pr D. Lagache qui l’adressait à une équipe novatrice : celle de la première consultation en France, instaurée pour aider les enfants d’intelligence normale, perturbés par des difficultés affectives, dans leur adaptation scolaire, familiale ou sociale. Ce furent le Dr A. Berge, le Pr G. Mauco, le Pr J. Boutonnier, tous psychanalystes confirmés, pionniers de l’introduction de la Psychanalyse appliquée à l’enfant. Ils furent d’emblée séduits par la vivacité et l’amplitude des capacités de D. Anzieu à devenir un praticien et un chercheur dans le mouvement de l’extension de la Psychanalyse.

On oublie aujourd’hui quelle importante novation a constitué la création du premier Centre Psycho-Pédagogique par des psychanalystes décidés à appliquer ce que leurs collègues suisses ou londoniens utilisaient depuis de nombreuses années : le traitement des difficultés psychologiques de l’enfant. Cette entreprise impliquait une information du public et des éducateurs ainsi que l’instauration d’une ouverture pour le rapprochement des enseignants et des psychohérapeutes.

D. Anzieu était précisément la preuve vivante de l’élan enthousiaste réunissant la transmission, la compréhension “des profondeurs”, la philosophie et la recherche. A cette époque, tout en effectuant son analyse personnelle auprès de J. Lacan (de 1949 à 1953) il fut assistant du Pr D. Lagache, puis professeur à la Faculté de Strasbourg (1955-1964) en même temps que thérapeute promoteur du Psychodrame et théoricien de la Psychanalyse et de ses extensions.

Quotidiennement, dans son activité à Cl. Bernard, avec humour et simplicité, il nous entraînait discrètement à le suivre dans les associations culturelles et les recherches qui étaient son mode d’être, par exemple à nous engager sur l’invention avec lui de la fonction de psychologue. S’il nous accompagnait dans un séminaire privé sur les “Techniques Projectives” c’était pour nous rendre attentifs à leur richesse clinique mais aussi à la prospective de création d’un diplôme universitaire les officialisant. N’oublions pas que nous étions à l’époque où il participa avec les Professeurs D. Lagache et J. Boutonnier à la création de la licence et du doctorat de Psychologie – en tant que séparés de Philosophie – puis à l’élaboration du statut de psychologue clinicien. Le tout au travers d’une époque troublée de l’histoire de la Psychanalyse en France, celle de la scission de la Société de Psychanalyse et des avatars survenus aux créations nouvelles, avatars au milieu desquels D. Anzieu sut conserver son sang froid et sa ligne de conduite.

Dès cette époque D. Anzieu avait la préoccupation de créer des équipes et un Centre de Formation en Psychologie. Ce fut le CEFFRAP puis tous les travaux sur l’approche psychanalytique du groupe, sur la spécificité du fonctionnement de l’inconscient groupal et sur la groupalité interne du psychisme individuel.

Mais le travail effectué pour l’instauration du Psychodrame, et la remarquable thèse d’Université qui en est résultée restera caractéristique de l’enseignement permanent diffusé par D. Anzieu : profondeur des apports culturels et techniques novation dans la théorisation, le tout dans la discrétion ou l’humour, sans aucun accent professoral imposé.

En effet, outre le plaisir partagé de pratiquer en commun “le jeu du théâtre impromptu” et de comprendre ce qu’est “assumer un rôle”, D. Anzieu proposait de définir les caractéristiques psychanalytiques du Psychodrame et il le fit largement au-delà de ses premières références lacaniennes.

Du créateur J.-L. Moreno, il étudiait le cursus passionné et original, mais aussi les références : théorie de la spontanéité (avec ses limitations) en citant Bergson, théorie de la catharsis (mettant en continuité Aristote, Freud et Moreno !) théories de la communication dans les groupes annonçant ses travaux futurs originaux sur la groupalité. On se souviendra des références à ce qu’il décrit comme “la préhistoire du psychodrame” depuis Aristophane avec “Les Guêpes” jusqu’à Stanislawski avec “l’état créateur par la concentration de l’âge chez l’acteur” en passant par Marivaux, Diderot, Goethe et Artaud. Certains membres de l’équipe de Cl. Bernard devenus ses élèves à l’Université, ont choisi parmi ces divers thèmes les sujets de leurs recherches et de leurs thèses.

Psychanalyste puissant et orthodoxe, D. Anzieu fut de tous temps parallèlement un écrivain au cœur même de l’analyste et un découvreur polyvalent dans les domaines tout proches de la création, des contes, de la philosophie, de la société. Sa façon de laisser transparaître ses rappels discrets mais didactiques à ses maîtres dans les échanges professionnels ou amicaux nous a toujours incités à travailler nous-mêmes les sources qu’ils citait en nous convainquant du caractère indispensable de leur rencontre.

Lui-même avait un grand respect pour ses maîtres qu’il évoquait en disant volontiers “Mes pères”. Ainsi à propos de la leçon inaugurale du Pr Lagache à laquelle nous assistions tous, D. Anzieu écrivit “Sa leçon inaugurale à la chaire de Psychologie Générale en Sorbonne, sur l’unité de la Psychologie, a été pendant toute ma vie un modèle pour mon enseignement, un cadre pour ma pensée, une directive pour la formation professionnelle”.

Nous sommes heureux de retrouver là les sentiments et l’atmosphère qu’il nous a fait partager à cette époque exaltante de la mise en place de la Psychanalyse de l’Enfant, de l’influence exercée par la Psychanalyse sur la réorganisation de la Psychiatrie et de toutes les ouvertures de recherche vers la compréhension de la Dynamique des Groupes.

Simone Decobert, psychanalyste SPP, médecin-directeur du CMPP Claparède.

 

 

 

 

 

 

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