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Entretien de Pierre Fédida et Roland Gori sur le SIUERPP par Dominique Cupa

Pouvez-vous me dire ce qu'est le SIUERPP ?

P. Fedida

Pour moi, le SIUERPP (Séminaire-Inter Universitaire Européen de Recherche en Psychopathologie et Psychanalyse) est d'abord une réunion régulière d'enseignants-chercheurs dont l'ambition est de réfléchir ensemble à une prospective des objets et des modèles en psychanalyse et en psychopathologie. Il faut donc partager une communauté de valeurs, initiée depuis une trentaine d'années par l'enseignement de la psychanalyse à l'Université. La nécessité de ce "séminaire" s'est imposée parce que la tentation individualiste de chacun tournait le dos à la nécessité actuelle d'un travail en équipes et d'échanges constants en réseaux. Nous n'en sommes qu'au début et la tâche immédiate est celle de l'organisation pratique. Au cours de ces toute-dernières années, nous nous sommes aperçus que si nous ne faisions rien, la psychanalyse et la psychopathologie étaient bel et bien menacées de disparaître de l'université.

Et toi Roland qu'en penses-tu ? et d'abord quelles sont les origines du SIUERPP ?

Les origines du SIUERPP sont surdéterminées bien évidemment. L'initiative en revient à Pierre Fédida qui, sous son autorité, a invité un certain nombre de collègues psychanalystes enseignant la psychopathologie à l'Université dans les départements de psychologie à se regrouper pour réfléchir ensemble à développer nos capacités de recherche et d'enseignement, comme à soutenir les équipes de recherche en psychopathologie par leur insertion dans un réseau scientifique. Notre amitié nous avait permis au Conseil National des Universités (CNU), comme à Paris 7 et à Aix-Marseille 1, de travailler ensemble à plusieurs reprises à réfléchir à optimaliser les conditions de réalisation des recherches et des enseignements de Psychopathologie à l'Université, à définir davantage et à préciser les critères spécifiques d'évaluation scientifique des équipes et des enseignants-chercheurs en Psychopathologie et Psychanalyse lorsque nous nous trouvions invités à de telles missions, à préciser et à définir davantage les critères d'évaluation des thèses et des HDR, à favoriser un développement non anarchique de nos supports de publication, leur reconnaissance communautaire, sans céder sur les exigences de notre spécificité analytique comme sur celles de l'Université. L'amitié et le dévouement d'André Sirota, de Mareike Wolf et de bien d'autres collègues que nous ne pouvons tous citer a fait le reste.

Le SIUERPP est donc une instance collégiale qui rassemble près d'une centaine d'enseignants-chercheurs européens en psychopathologie clinique et en psychanalyse. La plupart des collègues du SIUERPP ont des fonctions de directions de recherches et enseignent dans le cadre de la psychologie (16e section du CNU en France). Cette instance se réunit régulièrement depuis plus de deux ans. Elle a organisé des journées doctorales (à Nice, à Bordeaux et la prochaine aura lieu à Aix le 30 novembre 2002) et un colloque (en juillet dernier à Paris 7). Les collègues universitaires du SIUERPP représentent la grande majorité des enseignants-chercheurs de Psychologie clinique, de psychopathologie et de psychanalyse en France, et sans nul doute partagent les mêmes valeurs avec leurs collègues psychologues cliniciens oeuvrant dans les divers champs professionnels. Le SIUERPP a été créé avec l'objectif de soutenir le développement de la psychanalyse et de la psychopathologie dans les champs de recherches et d'enseignements qui en appellent le concours. De ce fait cette instance se dote des moyens et des conditions à même :

  1. d'une part, de créer et de garantir les conditions d'une réflexion épistémologique et éthique sur l'utilisation du paradigme de la psychanalyse dans les recherches et les enseignements de psychologie et de psychopathologie clinique
  2. d'autre part, de faire connaître et de promouvoir les critères pertinents et distinctifs de cette épistémologie et de cette éthique auprès des autres collègues des autres sous-disciplines de la psychologie et des autres disciplines du champ de la santé, des étudiants et du public. A cette fin, le SIUERPP a constitué un observatoire de la recherche en France et bientôt en Europe pour la psychopathologie et la psychanalyse. Notre action a déjà eu un retentissement assez important sur les doctorants de nos équipes de recherche qui ont échangé, débattu de leurs travaux et ont commencé à travailler en "lançant" une association Junior (AEJCPP, association Européenne des Jeunes Chercheurs en Psychopathologie et Psychanalyse).

Nos références théorico-cliniques sont plurielles et "ouvertes". Le succès du SIUERPP, tient au climat de confiance, de respect et d'amitié dans lequel se déroulent nos journées de travail. Les comportements sectaires ou individualistes nous ont coûté très chers dans le passé et ont permis à d'autres de tirer profit de nos divisions.

Il nous faut poursuivre le travail accompli depuis 30 ans :

  1. témoigner de notre aptitude à réviser les conditions d'un travail psychanalytique en réponse à de nouvelles demandes de société ou à des situations cliniques extrêmes, c'est-à-dire à nous "ajuster", dans tous les sens du mot "juste", à nous renouveler sans "trahir" l'essence de la psychanalyse.
  2. parvenir à reconnaître et à faire reconnaître notre spécificité au sein même de la communauté universitaire, de ses usages, de ses coutumes et de ses exigences. Bref, parvenir à ne céder ni sur les exigences de l'Université, ni sur celles de la psychanalyse. Etre sans concessions, cela suppose beaucoup d'"amitié" (au sens derridien) avec les psychanalystes et les universitaires. Et puis du travail, beaucoup de travail pour nous et pour ceux qui nous suivront.

Il y a une menace de " disparition de la psychanalyse à l'Université " d'après Pierre Fédida, qu'en penses-tu?

Cela me paraît évident, le SIUERPP s'est également constitué pour parer à cette menace qui n'est pas une résistance à la psychanalyse comme une autre mais une résistance qui participe d'un processus de destitution de la parole et de l'humain, un processus de "déshumain" comme dirait peut-être Pierre Fédida. La neurobiologie s'est transformée en neurozoologie puisque, comme on le sait bios renvoyait pour les Anciens au vivant porteur d'un sens et zoos au vivant animalisé, déshumanisé. Il y a dans notre culture une menace considérable de renouer avec les vieux démons "réductionnistes" de la "physiologie mentale" du XIXe siècle et l'éviction de l'apport freudien mais pas seulement, de l'accueil dans la culture des valeurs éthiques et ontologiques de la souffrance et du soin. Il faut relire les textes de Foucault en particulier ses leçons au Collège de France "Les anormaux" pour prendre la mesure des menaces actuelles de ce "totalitarisme rampant" du scientisme qui est à la science ce que la superstition est à la religion! Mais laissons de côté pour l'heure cette critique des discours idéologiques actuels que plusieurs d'entre nous ont déjà réalisée. Et puis il conviendrait aussi pour ne pas sombrer dans la mélancolie défaitiste de se rappeler cette phrase d'Höderlin si souvent citée par Heidegger : "Là où croît le danger naît aussi ce qui sauve". Le Centre d'Etudes du Vivant créé par Pierre Fédida, de nombreuses autres initiatives, celles que plusieurs d'entre nous favorisons en Province montrent cette nécessité éthique d'un dialogue avec les "médecins et les savants" (pour reprendre l'expression de Freud).

À l'Université, plus précisément en psychopathologie, le risque provient de l'homogénéisation et de la secondarisation (au sens de l'enseignement du second degré) des enseignements et du risque que font courir des instances (voire des individus) promptes à transformer la formation des psychopathologues en apprentissage technique (qui est une dégradation de la transmission des pratiques) et scolaire (bachotage imposé par des faiseurs de manuels). La place des stages cliniques, des élaborations théorico-cliniques de l'expérience qu'elle requiert, se trouve réduite à une portion congrue au profit de l'enseignement "magistral", bien souvent "livresque", et à une évaluation très standardisée des connaissances. Les modèles actuels d'évaluation des enseignements comme des recherches sont appauvrissants. Cette mode idéologique risque de compromettre, à terme, la place de la psychopathologie et de la psychanalyse à l'Université dans la formation des praticiens du soin et de l'éducation. Allons-nous former des médecins non-cliniciens façonnés par la prévalence du site du laboratoire sur le site hospitalier et des psychologues cliniciens sans pratique ?

Le travail que nous avons commencé à faire au SIUERPP s'inscrit dans cette nécessité de ne pas réduire la souffrance humaine à un "désordre" (Disorders du DSM), à un déficit moléculaire, à une tare génétique, mais de prendre en considération ses valeurs ontologiques et éthiques. C'est-à-dire de devoir inscrire la psychopathologie dans cette "connaissance tragique" nietzschéenne, dans ce "pathei-mathos" d'Eschyle, faute de quoi ce n'est pas seulement la psychanalyse qui serait menacée de disparition mais toute une culture de l'humain.

Pierre, pourquoi avez-vous évoqué une menace de disparition de la psychanalyse à l'Université ?

J'ai évoqué cette menace parce que les conditions d'application des critères scientifico-académiques contraignent souvent l'exercice d'un enseignement de la psychanalyse à l'Université. Mais ne perdons pas de vue que, dans l'ensemble, les étudiants viennent nombreux et avec grand intérêt vers cet enseignement ainsi que vers la recherche en psychopathologie et psychanalyse. N'oublions pas non plus qu'un grand respect existe de la part de nos collègues scientifiques: dans l'ensemble, ils soutiennent la psychanalyse à l'université bien qu'ils ne comprennent pas toujours - et je le conçois! - les enjeux de nos débats et de nos polémiques.

Je crois donc qu'il faut sortir d'un catastrophisme qui annonce régulièrement des risques de disparition. Il ne faut pas aller dans le sens des sensibilités anti-scientifiques.

Par contre, il nous faut renforcer le travail en équipes et apprendre à évaluer la prospective des changements. Quels seront nos objets à venir? Comment aussi renforcer la lecture critique de nos héritages.

Bref, j'encourage mes jeunes collègues à tirer mieux profit de leur expérience psychanalytique et clinique et de leur appartenance à l'Université.

Pierre, qu'entendez-vous par " enseignement de la psychanalyse à l'Université "? Au sein du SIUERPP nous avons des conceptions différentes, ce qui montre notre ouverture. Vous savez que pour moi et d'autres, il s'agit de proposer à nos étudiants un enseignement de psychopathologie psychanalytique. Nous réservons le terme " enseignement de la psychanalyse " pour les Instituts ou Associations de psychanalyse craignant en particulier que l'étudiant formé à l'Université se prenne pour un psychanalyste sans pour autant avoir suivi une analyse personnelle et fait des cures sous supervision. Je tiens à rappeler qu'en 1922, Freud définit ainsi la psychanalyse : " La psychanalyse est le nom : d'un procédé pour l'investigation de processus mentaux à peu près inaccessibles autrement, d'une méthode fondée sur cette investigation pour le traitement des désordres névrotiques, d'une série de conceptions psychologiques acquises par ce moyen et s'accroissant ensemble pour former progressivement une nouvelle discipline scientifique. " A l'Université nous n'enseignons que la métapsychologie comme dit M. Bertrand.

Je reste fidèle à l'entreprise que nous avons engagée en 197O avec Jean Laplanche .On sait le rayonnement qu'a eu cette expérience en France et à l'étranger. C'était pour nous d'abord et avant tout la lecture des textes psychanalytiques (Freud d'abord mais pas exclusivement) auprès des étudiants. Cet enseignement fait par des psychanalystes (universitaires ou non) exigeait des mises en perspective historiques, une pensée épistémologique et critique, une prise de témoignage sur les pratiques cliniques et techniques. Je soutiendrais encore aujourd'hui cette approche extrêmement formatrice - à l'opposé de tout dogmatisme et de l'esprit d'endoctrinement. En dehors des textes, les enseignements magistraux ont intérêt à traiter de grandes questions qui concernent aussi bien la psychologie que les sciences du vivant et la médecine.

Mais je veux rappeler que si j'ai toujours défendu l'enseignement de la psychopathologie (générale, clinique et fondamentale) c'est parce que c'est dans ce champ que l'on voit le mieux la spécificité de l'approche psychanalytique et des possibilités de confrontation féconde avec d'autres approches (phénoménologique, pharmacologique, biologique). La psychopathologie doit rester le point de départ d'un enseignement formateur pour les cliniciens (psychologues et psychiatres).

Je veux ajouter que la chance immense de la psychanalyse à l'Université, c'est celle de rendre possibles des collaborations entre analystes appartenant à diverses écoles. C'est aussi de se développer au contact des diverses spécialités tant littéraires et philosophiques, anthropologiques, historiques que scientifiques et médicales. Dans l'histoire du mouvement psychanalytique, on doit tenir compte de cette chance exceptionnelle.

Et toi Roland quel est ton idée ?

Pour répondre à cette question je reprendrais volontiers la logique du discours de Freud dans son article de 1919, si souvent cité, "Doit-on enseigner la psychanalyse à l'Université?" Cet article a été publié en langue hongroise, à la veille de la création de la première chaire de psychanalyse et de la nomination de Ferenczi comme professeur de psychanalyse à Budapest. Freud situe la question de l'opportunité de l'enseignement de la psychanalyse dans les universités de deux points de vue, celui de la psychanalyse et celui de l'Université. Je procèderai de même en réactualisant à ma manière les réponses qu'on peut apporter.

Du point de vue de la psychanalyse. La plupart des groupes et sociétés de psychanalystes (et non de psychanalyse comme on se plait parfois à le dire) considèrent que la formation du psychanalyste peut tout à fait et sans préjudice se passer de l'Université. Quand bien même on s'éloigne des slogans qui opposaient le discours universitaire au discours analytique cette position a tendance à se maintenir et ce, malgré quelques initiatives consistant à explorer les possibilités d'articuler la recherche psychanalytique à l'intérieur des sociétés et les recherches universitaires. C'est déjà un progrès, sauf bien évidemment si l'opération de rapprochement par la recherche et dans la recherche entre les deux positions épistémiques devaient conduire à accoupler les figures les plus grotesques de chacune en produisant les chimères d'une métapsychologie informée par les cognitivismes et la neurozoologie des comportements.

Mais je crois qu'au-delà de la recherche du point de vue de la psychanalyse l'enseignement de la psychanalyse à l'Université peut être l'occasion de faire l'expérience de la laïcité du discours psychanalytique : à distance des pré-jugés et des pré-supposés des groupes et des communautés, du secteur réservé du transfert" (C. Stein), les psychanalystes peuvent confronter leurs expériences cliniques, théoriques et de recherches.

Et puis on ne peut pas non plus passer sous silence les "services" (pour reprendre le terme de Didier Anzieu dans une autre direction) que la psychologie et les sciences humaines ont rendu à la psychanalyse pour la diffuser dans la culture et la transmettre au sein des pratiques de soin et d'éducation. Mais plus essentiellement, selon moi, l'enseignement à l'Université par un psychanalyste participe encore et malgré parfois la "barbarie" institutionnelle actuelle, de sa pratique, de sa pratique de la psychanalyse en le plaçant face à un public "laïc" dans une position d'analysant. C'est d'ailleurs en quoi un enseignement de la psychanalyse par un psychanalyste pourrait se différencier des enseignements de la psychanalyse effectués par d'autres(philosophes,psychologues).

Du point de vue de l'Université. Le propos de Freud reste toujours d'actualité : l'enseignement de la psychanalyse à l'Université concerne "la formation des médecins et des savants", auxquels on peut ajouter les psychologues. Freud propose la distinction bien connue des enseignements sur la psychanalyse et des enseignements de - en provenance de - la psychanalyse. A l'évidence les disciplines littéraires, historiques, philosophiques, artistiques et biologiques peuvent se satisfaire de ce type d'enseignement sur la psychanalyse. Par contre en ce qui concerne la formation universitaire des praticiens de la santé et de l'éducation les bénéfices qu'ils pourraient tirer de l'enseignement de la psychanalyse ne sauraient se déduire d'autre chose que d'un enseignement en provenance de la psychanalyse. C'est-à-dire que pour ces praticiens l'enseignement de la psychanalyse doit fournir les occasions propices à éprouver la psychanalyse conçue comme mise en acte d'une méthode dans une pratique. A l'évidence cela veut dire que l'Université doit trouver des occasions d'analyser, par exemple, les effets des rencontres cliniques des praticiens en formation sur leur manière de répondre à la demande du patient. Cela peut concerner tout aussi bien les psychologues, les psychiatres que les médecins ou les soignants.

Roland, que veux-tu dire lorsque tu avances : " L'enseignement à l'Université par un psychanalyste participe encore de sa pratique, de sa pratique de la psychanalyse en le plaçant face à un public "laïc" dans une position d'analysant. " ?

L'histoire du mouvement psychanalytique comme l'actuel de notre pratique le montrent : on ne parle jamais impunément de psychanalyse et encore moins de pratiques psychanalytiques. On en parle presque toujours, analysants et analystes, en référence à nos résistances et à nos transferts. C'est-à-dire que nos enseignements comme nos travaux de recherche sont, par rapport aux séances de psychanalyse qui les induisent, dans un rapport analogue aux relations entre le rêve et les commentaires du rêve : ils en font partie. Seulement, comme nul d'entre nous n'a un rapport immédiat à son inconscient, il faut bien qu'après- coup nous trouvions l'occasion de poursuivre cette analyse " au-delà du temps des séances " (C. Stein). Celui qui enseigne à partir de sa clinique s'expose à son insu à devoir recueillir les traces de son expérience à partir de ce qu'il en dit. A ce titre, face à un public " laïc ", il se trouve en position d'analysant. Ça, on peut espérer qu'un psychanalyste le sait : il n'y a pas de maîtrise et d'accès direct à l'inconscient. Cette position éthique et méthodologique à la fois garantit une transmission authentiquement freudienne de la méthode : l'analyse est toujours analyse de celui qui dit et l'analyste, mieux qu'un autre, sait qu'il ne peut être que lui-même en ses paroles. Notre pratique clinique, au moins virtuellement, potentiellement, nous convoque à cette place éthique et méthodologique dans nos paroles d'enseignant. La psychanalyse n'est pas un vocabulaire, une conception du monde, une technique, c'est d'abord une méthode. Et une méthode qui traite (dans tous les sens du terme) les discours de souffrance. De cela, un enseignant-chercheur-psychanalyste peut témoigner dans l'acte de son enseignement.

La recherche en psychanalyse à l'Université comment vois-tu cela, sachant que nos étudiants, nos thésards ne sont pas encore psychanalystes ?

Je reste convaincu qu'une pratique sans recherche est aveugle et qu'une recherche sans pratique est vide.Alors la question majeure dans la recherche universitaire en psychopathologie et en psychanalyse c'est : comment articuler les exigences méthodologiques de la psychanalyse et les exigences institutionnelles et sociales de l'Université ? Le SIUERPP a, de mon point de vue, une priorité dans sa vocation à élaborer une véritable charte de la recherche. Comment le faire si ce n'est en partant de ce qui existe déjà et en mettant en relief les points critiques à l'interface psychanalyse-université. C'est la raison pour laquelle nous avons dressé un inventaire des travaux à mener et une cartographie des équipes de recherches. L'annuaire des membres du SIUERPP, établi par Mareike Wolf relayée depuis cette année par Alain Ducousso-Lacaze, constitue un bon observatoire des équipes de recherches, de leurs forces respectives, de leur composition, de leurs thèmes prioritaires. On pourra ainsi conseiller les futurs doctorants et les jeunes collègues soucieux d'entreprendre ou de poursuivre une recherche à partir de ce " guide de la recherche en psychopathologie et psychanalyse ".

Ensuite nous avons créé les commissions suivantes en fonction des priorités :

  • Jeunes Chercheurs et organisation des journées doctorales : Alain ABELHAUSER
  • Relation avec les professionnels du champ sanitaire et social : Michèle BERTRAND
  • Relations avec les sous-disciplines de la psychologie et les sciences affines : Christian HOFFMANN
  • Recherche universitaire et relation avec les équipes de recherche : Jean-Jacques RASSIAL
  • Publications et diffusion : Marie-Jean Sauret
  • Relations Internationales : Mareike WOLF-FEDIDA

L'avancée de leurs travaux est variable de l'une à l'autre. André Sirota, secrétaire général du SIUERPP, assure avec une exceptionnelle efficacité la coordination et la transmission de l'ensemble des activités du Séminaire. François Marty, trésorier, veille scrupuleusement au fonctionnement logistique de notre association.

Les priorités sont incontestablement de nous informer, de communiquer, de débattre, puis de faire connaître à l'extérieurnos positions comme nos questions. Puis-je, sans malice et insolence, rappeler que nous sommes parfois aussi nombreux sinon plus qu'une assemblée générale de psychologues votant pour ou contre la Fédération européenne de toutes les organisations de psychologues ?

Nous avons à nous déterminer à brève échéance sur un certain nombre de problèmes cruciaux : les supports de publication qualifiants en psychopathologie, les critères d'évaluation des thèses et des HDR, les critères d'évaluation, de composition et de regroupement des équipes de recherche, l'organisation des masters, le statut de psychothérapeute, etc.

Les doctorants et leur organisation

Nous avons beaucoup plus de doctorants que dans les autres sous-disciplines de la psychologie mais rien ne garantit que nous avons les moyens de bien les aider à mener à terme leurs travaux de DEA, de thèse ou d'HDR. Il faut oser le dire, nous avons à réfléchir avec nos doctorants à optimaliser les moyens dont nous disposons pour les accompagner dans leur formation de et à la recherche. Cela est d'autant plus important que nombre de nos doctorants sont par ailleurs des praticiens, et pour certains des praticiens chevronnés. C'est-à-dire une population étudiante plus âgée, plus expérimentée, plus exigeante aussi, davantage à distance de l'Université, qui ne peut pas être traitée de la même manière que les jeunes doctorants des autres disciplines. Les journées doctorales que nous organisons ont déjà pour vocation d'amener les doctorants à se rencontrer, à se connaître, à échanger et à débattre. Ces journées ont été un grand succès, tant par le nombre de participants (plus de 120 à Nice) que par la qualité des communications. C'est un début, il nous faut continuer le débat.

Les doctorants ont rapidement compris les enjeux épistémologiques et institutionnels des politiques de recherche en matière de psychopathologie et psychanalyse. Plus exposés que leurs aînés aux critères d'expertise de la recherche (CNU, Ministère, etc.), ils ont compris la nécessité d'inventer l'avenir en tirant les leçons du passé : " Rassemblons-nous à partir de ce qui nous divise et ne nous divisons plus à partir de ce qui nous rassemble. " Ils ont créé l'Association Européenne des Jeunes Chercheurs en Psychopathologie et Psychanalyse (AEJCPP) qui va devenir certainement membre associé du SIUERPP et poursuivre en synergie avec nous sa réflexion.

Nombreux sont aussi les membres de cette jeune association, l'AEJCPP, qui ont compris le rôle fondamental qu'ils peuvent jouer auprès des étudiants des masters (maîtrise et DESS) en les aidant à trouver des lieux de stages cliniques et en assurant auprès d'eux une fonction authentique de transmission de l'esprit de recherche en psychopathologie et psychanalyse. Nous méritons peut-être notre héritage puisque les fils en assurent déjà la transmission.

Mais cette transmission a une particularité dans notre domaine, particularité à nulle autre pareille, particularité qui fait tout à la fois notre force et notre faiblesse : nous l'avons apprise au cour d'une rencontre avec la souffrance, la nôtre comme celle d'autrui. Pierre Fédida parlait, il y a vingt ans déjà, de ce pathei mathos d'Eschyle, de cette connaissance par la souffrance - et j'ajouterai la passion - hors de laquelle la psychopathologie devient déficitaire, doublement déficitaire.


_________
Notre travail a été interrompu par la mort de P. Fédida. Il tenait beaucoup à cet entretien qui présente le SIUERPP qu'il a inventé et construit avec Roland Gori, Mareike Wolf, André Sirota et bien d'autres de ces amis qui, aujourd'hui, souffrent de sa disparition. Voici en forme de conclusion, le mail que R.Gori et A. Sirota ont adressé aux membres du SIUERPP, à Mareike Wolf son épouse et à ses enfants, au lendemain de sa mort :

Chers amis,
Nous connaissons tous maintenant la bien triste nouvelle :
notre ami Pierre Fédida vient de mourir.
C'est une immense perte pour nous, pour notre séminaire
qu'il avait fondé et présidé, pour l'Université, pour la psychanalyse
et pour la culture humaniste.
Pierre était un grand intellectuel, érudit, brillant et généreux.
Universitaire exceptionnel, ses conférences et ses recherches
donnaient à chacun d'entre nous le goût et l'envie de penser.
Pierre était un psychanalyste internationalement reconnu
et ouvert à la disputatio des théories et des pratiques.
C'était un homme de don dans tous les sens du terme
et nous lui devons beaucoup. Sa présence, sa voix, son style
et son affection ouvraient les chemins du coeur et de l'esprit.
Le dimanche 1er décembre à Aix-en-Provence,
nous réfléchirons tous ensemble aux manifestations en son hommage.
À Mareike et à ses enfants, nous adressons au nom du Séminaire nos condoléances et nos affectueuses pensées.

 

 

 

 

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