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Patrick Ben Soussan, Parents et bébés séparés |
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Éditions Syros, 1996.Patrick Ben Soussan, avec la passion d'un artiste, nous livre ici un remarquable ouvrage, conçu comme une symphonie ou un ballet, parce qu'il mêle, se répondant, se correspondant, au sens baudelairien du terme, des textes originaux et émouvants. Autour du thème de la séparation, ou plus exactement des séparations parents/bébé. La naissance, césure ou continuité, n'en est pas moins une rencontre, celle du bébé avec ses parents. Lorsque cette séparation devient rupture, lorsque cet espace, l'écart nécessaire à la construction de la pensée et de l'individuation devient faille, le travail des professionnels est alors d'en diminuer, d'en atténuer l'impact sur tous les acteurs, parents, bébé, équipes soignantes. Le bébé séparé peut être accueilli en crèche, chez une assistante maternelle, il est parfois hospitalisé en réanimation, en néonatologie, en pédiatrie ou bien encore placé en pouponnière, en institution. De tous ces lieux, des professionnels mais aussi des parents, des enfants placés devenus des hommes, nous parlent. L'attention portée au bébé séparé est faite d'une très fine observation, dans une empathie avec l'enfant qui n'est pas une substitution parentale; attention vigilante, importance capitale du regard qui devient enveloppe psychique après la naissance, " Notre regard est pour le bébé ce que notre écoute est pour l'adulte" écrit Myriam David en introduisant ces textes. Danielle Rapoport nous rappelle la normalité de la notion de séparation, puisqu'elle fonde le développement de l'enfant, de l'enfant que nous avons été, nous renvoyant ainsi à ce à quoi nous avons tous dû renoncer. Amnésie infantile qui nous fait répéter en tant qu'adultes "dans nos pratiques la nuit des temps de notre espèce humaine et de la construction de notre histoire individuelle, dans leur mécanisme de défense, d'agression comme de séparation, de consolation et d'amour." Avoir conscience de ces mécanismes inconscients de répétition conduit à considérer l'autre comme sujet et non plus comme surface projective des nos propres désirs inconscients, ambivalents et parfois destructeurs.En cela " la psychanalyse peut faire ici oeuvre de libération". Nous sommes tous faits de cette dichotomie créatrice qui nous fait constamment osciller entre ce que Sylvain Missonnier nomme Diabolos et Individuum, c'est à dire entre ce qui " renvoie à l'action de désunir, de séparer en instituant l'amour la haine ou l'envie" et ce qui " s'affirme comme ce qu'on ne peut couper, qui est indivisible." Dans les services de maternité, Diabolos et Individuum s'offrent à nos yeux. Parents et professionnels y sont confrontés, et ce d'autant plus qu'il existe une double séparation, quand bébé et mère sont pour un temps "hors de portée de leur champ sensoriels respectifs". Je ne peux citer ici tous les textes et témoignages - très émouvants - de ce recueil : accueil à la crèche, observation en salle d'attente de PMI, fonctionnement de la pouponière de Sucy-en-Brie, décision judiciaire, naissance sous X. Tous ces textes sont empreints de cette émotion et réflexion jointes qui sont la marque d'une véritable écriture . La qualité littéraire de ce livre, parfaitement lisible tout en étant précis et analytique, la rigueur de son analyse et la diversité des situations étudiées en font un précieux outil pour tous les professionnels engagés dans la périnatalité mais c'est également un ouvrage passionnant qui peut être lu par tous. L'expérience « esthétique sensorielle et affective » que représente la naissance et qui nous est ici contée, est aussi une expérience de toute la vie et c'est bien cet « opéra fabuleux » rimbaldien que cite Patrick Ben Soussan, qui ne s'interrompt qu'à la mort, lorsque Diabolos et Individuum se rejoignent : Elle est retrouvée! Sylvie Gosme-Séguret
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