![]() |
||
|
|
![]() |
Daniel Bailly et Jean-Luc Venisse, Dépendance et conduites de dépendance |
|
|
Éditions Masson, 1994. Ce livre expose 21 interventions parmi celles qui furent présentées au second Congrès International sur les Addictions à Lille les 25 et 26 mars 1993. Le premier (1990) paru en 1991 traitait des nouvelles addictions. Lintérêt du terme addiction est de permettre une approche globale de différents types de patients -sans pour autant devenir un fourre-tout-, de repérer loriginalité des conduites de dépendance dans leur dimension commune, dans leurs particularités propres et délaborer alors des stratégies de prise en charge et de prévention adaptées : ceci, annoncent les organisateurs, sera le thème du troisième congrès. Ces 21 interventions sont réparties en cinq parties :
Addiction vient du latin ad dicere : dire à dans le sens dattribuer quelquun à quelquun dautre en esclavage ; lalcoolique est dit à -dépendant- lalcool, le toxicomane à la drogue, le joueur au jeu... Cette urgence du besoin et cette incapacité à être satisfait na pas forcément besoin de support pour engendrer ce type de comportement (cf Fenichel : les toxicomanes sans drogue, la boulimie par exemple). Ces habitudes morbides (Freud), produits de remplacement, assouvissant un besoin primitif, produisent un effet anesthésique; la mise en acte de façon répétitive traduit la tension interne quelle soulage. La répétition de ces comportements peut pervertir certaines particularités du corps biologique dès quelle laisse une empreinte au niveau anatomo-physiologique dans le développement de la dépendance comportementale (récompense du cerveau, centre de plaisir). Le comportement addictif va de pair avec une disposition addictive correspondant à des traits de personnalité décrits chez des sujets soit état-limites, soit présentant une fragilité narcissique, immaturité, incapacité à être seul, autonome, à établir des relations durables; pauvreté imaginaire et fragilité dun sentiment didentité peuvent être la cause de cette recherche de sensations fortes, dans un passage à lacte dont limpulsivité traduit lintolérance à lennui. Ces conduites de dépendance peuvent induire des troubles psychopathologiques dont la nature paraît découler des modifications du comportement quelles produisent chez le sujet. Ces comportements qui définissent un mode particulier de relation aux objets, aux personnes,- relation contraignante représentant un défi à la raison-, évoluent en fonction des sujets; parfois vers lappauvrissement de la vie affective, relationnelle et sociale, parfois vers son contraire : il devient alors un moteur de cette vie sociale, laddiction au travail, qui se manifeste dans laprès-coup, lors du sevrage brutal quest la mise à la retraite des travailleurs impénitents. Labord particulier que ce congrès a consacré à un sujet si souvent traité de toutes les manières qui soient, procure loccasion de porter un regard nouveau sur quelque chose que tout un chacun croit connaître, simplement parce quil en entend parler très souvent. Chacune de ces interventions donne envie de prendre connaissance des autres dans la mesure où elles dépendent les unes des autres, et dans ce cas, pour le meilleur et pour le pire. Sophie Brusset
© Carnet Psy. Tous droits réservés. |