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Jacques Miermont, Écologie des liens

Éditions ESF, 1993.

Écologie des liens, ouvrage éco-etho-anthropo-ethnologique dans une collection intitulée “Communication et complexité”, voilà de quoi dérouter un éventuel lecteur, ou émoustiller un curieux !

Se définissant comme psychiatre-limite, l’auteur nourri de Sigmund Freud, René Thom et Gregory Bateson tente dans cet ouvrage de concilier les antagonismes que sont la psychanalyse et les neurosciences.

L’étude des liens inter-humains ne peut faire l’économie des formes pathologiques qui permettent d’entrevoir certaines propriétés sous-jacentes aux équilibres habituels. La clinique familiale révèle ainsi l’importance des contextes de vie des personnes et souligne l’influence du groupe familial sur celle-ci.

C’est à la lumière des dysfonctionnements mentaux, des formes variées que prend la folie (en ce qu’elle révèle les principes de fonctionnement dans un effet d’éxagération) que Jacques Miermont étudie ce qui fonde la création, l’élaboration, l’enchevêtrement des liens qui tissent les relations sociales, les liens entre l’âme et le corps, ces liens qui conditionnent les changements, permettent la transmission de la mémoire transgénérationnelle, qui gèrent la violence et établissent une communication entre les êtres tout en préservant leurs individualités. La psyché émerge d’une différenciation bio-sociologique au travers de l’éco-système familial et, réciproquement, les unités familiales et sociales s’individualisent au travers des fonctions mythiques qui donnent sens aux liens ainsi établis entre les personnes.

L’auteur guide le lecteur à travers les méandres des mythes, des rituels et de l’épistémé qui se présentent chacun sous trois formes -pragmatique, syntaxique et sémantique-, constituant le régime écologique des liens.

La pragmatique des mythes naît du récit des événements partagés à partir de l’expérience ritualisée et des effets que ce récit produit sur l’organisation familiale et sociale. La syntaxe des mythes correspond aux agencements qu’ils produisent dans la régulation des groupes humains ainsi qu’à l’étude taxonomique de ceux-ci, organisée en mythologies et idéologies. La sémantique des mythes compense les failles de la connaissance, cherche à donner un sens au monde, à la vie, à l’amour, aux liens tissés par la destinée.

La pragmatique des rituels s’exprime par l’expérience de la rencontre et les effets particuliers ainsi induits (différenciation, individuation psychique et collective, canalisation émotionnelle...). La syntaxe des rituels correspond aux grammaires des comportements et des langages et la sémantique des rituels naît de la réalisation, de l’inscription finalisée des liens dans le temps et l’espace, suscitant des zones de partage entre domaines mythiques et épistémiques.

La pragmatique de l’épistémé naît des comportements d’exploration, et de curiosité spontanés, des procédures expérimentales, des rituels spécialisés d’expérimentation et d’observation scientifique, des techniques et des technologies sociales; la syntaxe de l’épistémé concerne le découpage en différentes disciplines et aux articulations du savoir à l’intérieur et à l’extérieur de celle-ci; la sémantique correspond à l’élaboration conceptuelle et théorique et aux grands paradigmes qui balisent la recherche.

C’est un livre touffu, extrêmement documenté, un livre savant et cependant très abordable; la masse des informations est parfaitement gérée par l’auteur, le souci de clarté toujours présent. Soyons reconnaissants à Jacques Miermont d’accompagner ainsi, pas à pas le lecteur dans sa découverte d’un univers fort complexe, souvent abscons qu’on se surprend parfois, au fur et à mesure qu’on avance dans la lecture, à trouver passionnant.

Sophie Brusset

 

 

 

 

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