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A.S. Kaufman, K.ABC. Pratique et fondements théoriques |
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Éditions La Pensée sauvage, 1995. Cet ouvrage est un collectif qui réunit des articles de A. et N. Kaufman, les auteurs du test, ainsi que de chercheurs, de praticiens et duniversitaires. Son objectif est dapporter quelques réponses aux questions que la venue dun test nouveau ne manquent pas de susciter. Vite adopté et intégré dans les pratiques professionnels en Europe, il nen a pas été de même en France. Probablement, comme le dit R. Voyazopoulos que dans notre pays, les années 80 marquaient seulement la fin du rejet des techniques et des méthodes standardisées et scientifiquement fondées dans les pratiques dévaluation des personnes. Limportant travail dadaptation de lépreuve à la population française a été entrepris par les Éditions du Centre de Psychologie appliquée qui put recueillir grâce aux psychologues scolaires de lAssociation Française des Psychologues Scolaires des données issues de 1200 examens denfants pour létalonnage principal et plus de 300 passations complémentaires pour les études de populations dites spécifiques. Le K.ABC (Kaufman & Kaufman, 1983 version américaine, 1993 version française) est un test mesurant lintelligence et les connaissances des enfants âgés de 2 ans 1/2 à 12 ans 1/2. Son originalité est la rupture avec la traditionnelle opposition verbal-non-verbal des échelles de Weschsler et de prendre explicitement comme point de départ un modèle théorique des processus cognitifs, la dichotomie séquentiel/simultané et ainsi de mettre laccent plus sur le processus que sur le contenu. Cest ainsi que lintelligence est définie comme un niveau de fonctionnement des processus mentaux, concept sappuyant à la fois sur la neuro-psychologie et la psychologie cognitive. La dichotomie séquentiel/simultané a été identifiée indépendamment par Luria (1965) comme par ses disciples (Das, Kirby, Jarman, 1975, 1979), par des chercheurs en spécialisation cérébrale (Bogen, 1969; Sperry, 1968) et par Neisser (1967). Elle est représentée dans le K. ABC. par le fait quil comporte deux échelles dintelligence distinctes. La troisième échelle dintelligence globale est lEchelle des Processus Mentaux Composites, combinaison des Echelles Séquentielle et Simultanée. LEchelle des Processus Séquentiels mesure la capacité dun enfant à résoudre des problèmes en traitant mentalement les stimuli selon un ordre sériel, par exemple dans la reproduction dune série de données de mouvements de mains effectuée par le psychologue. LEchelle de Processus Simultanés mesure la capacité à résoudre des problèmes nécessitant lorganisation et lintégration de nombreux stimuli de manière parallèle ou simultanée comme identifier un dessin (fait de taches dencre) incomplet, résoudre des analogies visuelles abstraites. Le K.ABC sappuie comme le mentionne A. Kaufman, le moins possible sur le langage, les informations et les compétences acquises. Ces échelles font appel à la notion dintelligence fluide définie par Cattell et Horn (Horn et Cattell,1966) cest-à-dire comme un fonctionnement souple et adaptable face à des problèmes liés à des situations nouvelles. Un avantage considérable du K.ABC permet dévaluer lintelligence des enfants présentant des handicaps auditifs,des troubles de la parole ou du langage ou non francophone. Les tâches qui la composent peuvent être indiquées par gestes et les réponses se situer uniquement dans le registre moteur. En revanche, lEchelle verbale du WISC-R permet une bonne évaluation des enfants handicapés visuels qui seraient pénalisés au K. ABC à cause de limportance des stimuli visuels. Par ailleurs il comporte une échelle de connaissances possédant une excellente validité prédictive sur les performances futures de lenfant. En effet, le coefficient de validité prédictive est supérieur à celui des échelles classiques. Cette échelle ne pronostique pas passivement mais décrit le niveau actuel et le style préféré de fonctionnement mental dun enfant. En ce sens, lintervention éducationnelle précise de type rémédiation cognitive est envisageable dans le but de modifier la prédiction de mauvaise réussite restructurant lapproche cognitive en fonction du processus séquentiel ou simultané privilégié par le sujet. A propos de la question des différences entre le WISC-R et le K. ABC, les travaux de Lemmel, Meljac et Gillet indiquent que le WISC-R capte mieux le fonctionnement daspects plutôt en rapport avec des capacités dadaptation et des acquis généraux et se trouve être pertinent pour répondre aux demandes dorientation tandis que le K.ABC teste un type de fonctionnement cognitif exigeant une forte mobilisation au cours dapprentissages nouveaux et aiderait à mieux comprendre des échecs inattendus ce qui permettrait ainsi de préciser le programme de rémédiation. Louvrage présente ensuite des implications théoriques et cliniques du K. ABC ainsi que des investigations auprès de populations pathologiques ou particulières. Ces travaux intègrent nettement le test dans la démarche clinique. Pour B. Jumel, il peut apporter de nouveaux points de vue en psychopathologie de lenfant. La lecture fondamentale du K.ABC en termes de processus mentaux séquentiels et simultanés demande à être articulée avec les épreuves de personnalité. Le TAT est employé conjointement pour saisir comment lorganisation temporelle est introduite dans lélaboration du récit TAT. Deux cas illustrent cette approche. Le premier où Simultané>Séquentiel permet de montrer limportance des mécanismes disolation, de séparation, de juxtaposition dans lactivité de pensée et la relation interpersonnelle. Dans le second cas où Séquentiel>Simultané, lexploration réalisée au TAT montre que le sujet peut réaliser un travail qui le fait passer de la juxtaposition à la temporalité. Il savère que lopposition Séquentiel/ Simultané nest pas catégorique. La nature du matériel (neutre ou activateur daffects) intervient sur leur mobilisation. D. Petot présente la contribution du K.ABC à lévaluation des troubles cognitifs chez les enfants anxieux et/ou dépressifs (troubles anxieux et dépressifs mixtes). La modélisation du fonctionnement cognitif en termes de processus séquentiels et processus simultanés peut-elle apporter de nouveaux éclairages? Les troubles psychopathologiques entraînent-ils des déficits ou des altérations électifs de lun ou lautre des processus? Les résultats du groupe détude aux différentes échelles sont notablement plus faibles que chez la population de référence. Il napparaît pas de conséquence visible du trouble en terme de dominance de lun ou de lautre des processus mais laccent est mis sur lattention et la concentration, lexcitabilité et limpulsivité dont les aléas risquent de conduire ces enfants à des troubles des apprentissages. Devant la relative complexité de lanalyse des résultats du K.ABC, G. Lemel propose une feuille de dépouillement qui suit fidèlement la démarche de Kaufman qui intègre des éléments dobservation clinique. Cest un outil pratique structuré proposé aux cliniciens. Lobjectif global est lintégration du K.ABC dans une évaluation globale du sujet et linsertion de lépreuve dans une compréhension multidimensionnelle du fonctionnement psychologique de lenfant. On se reportera aussi utilement aux articles de J. Raffier et N. Fasani dun enfant migrant rencontrant dimportantes difficultés scolaires de R. Pry et A.G. Guillain sur lévaluation des compétences socio-cognitives du K.ABC à lexamen de lenfant autiste, de B. Douet et C. Brabant sur lapplication à lenfant sourd, de M.T. Denardi et B. Douet sur les rapports entre la production de lenfant à lépreuve de Rorschach et au sub-tets de Reconnaissance de Formes du K.ABC, de M.Tribhou sur les troubles de lattention et de la concentration dans les processus mentaux séquentiels. Cet ouvrage est un complément indispensable de lapplication et linterpréattion du K.ABC qui devient véritablement un instrument clinique hautement élaboré.
Hervé Bénony, professeur de Psychologie
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